L'avocat d'un prisonnier a adressé une lettre à la directrice du Centre pénitentiaire de Luxembourg. Père d'une petite fille, le détenu demande l'amélioration des droits de visite après une longue séparation due aux conditions sanitaires.

Déjà le 18 août, l'ASBL "Eran, eraus... an elo?" alertait sur les conditions d'application du droit de visite au Centre pénitentiaire de Luxembourg. L'association rappelait qu'avec la pandémie "non seulement les heures de visite ont été drastiquement réduites, mais aussi les Visites Hors Surveillance ont été complètement gelées". Une situation qui fait craindre aux observateurs "un impact énorme sur la santé mentale des détenus ainsi que sur leurs familles".

En écho à ses observations, la lettre d'un avocat adressée à Joke Van Der Stricht, directrice du Centre pénitentiaire de Luxembourg est parvenue à la rédaction. Dans cette réclamation, Maître Frédéric Mioli exprime les doléances d'un client détenu dans la prison. À propos des visites, il souligne: "Ces conditions ne sont pas compatibles avec le respect de la dignité de mon client et de ses visiteurs."

SÉPARÉ DE SA FILLE PENDANT 15 MOIS

Les conditions incriminées sont détaillées dans le courrier: "Actuellement les visites familiales de mon client se déroulent dans la salle commune au vu et au su de tous. À cela s’ajoute que durant la visite les agents pénitentiaires exercent une ostensible surveillance ce qui réduit à néant tout espoir d’un tant soit peu d’intimité.", décrit l'avocat. Il ajoute, "la durée de la visite permise à mon client pour voir sa famille est seulement d’une demi-heure."

Situation expliquée, en partie, par les conditions sanitaires et que certains jugeront normales s'agissant de la vie carcérale. Mais pour Maître Mioli, il n'est pas question de plaider seulement pour le confort du détenu, "mon client est le père d’une petite fille actuellement âgée de 31 mois. Cette petite fille doit avoir la possibilité d’entretenir un minimum de relation avec son père et mon client doit se voir permettre la possibilité de tisser un réel lien paternel avec sa fille". Surtout que le confinement les a séparés "durant une quinzaine de mois".

Créer des liens familiaux malgré les murs est essentiel pour les enfants comme pour les détenus. "Le Contrôleur externe est d’avis que les visites familiales (avec des membres de la famille, partenaires de vie ou enfants), mais aussi les visites intimes constituent un élément primordial à la préservation des liens sociaux et par là, à une réinsertion réussie", rappelle un rapport de l'Ombudsman, Contrôle Externe des Lieux Privatifs de Liberté, "transmis aux autorités concernées" en janvier 2020.

ESPÉRER UN PEU DE RELACHEMENT

Contactée, Claudia Monti, Médiatrice et Contrôleur externe de l'Ombudsman, réaffirme l'importance des contacts avec les proches. "Un détenu sans visite n'est pas équilibré" explique-t-elle. Un sujet pour lequel deux détenus ont contacté l'organisme début août et sur lequel elle reste "attentive" après les problèmes liés au covid.

Les autorités pénitentiaires ont alors dû s'adapter rapidement l'année dernière, ce que salut Claudia Monti qui se dit aussi "admirative devant les détenus qui ont fait preuve de patience et de retenu". Le retour à la normale pour les visites au CPL est cependant long à se mettre en place.

"Il faut faire le nécessaire pour éviter un cluster qui serait un gros problème en prison", justifie Claudia Monti, surtout que les autorités portent la responsabilité de la santé des détenus. C'est pour cette raison que le CovidCheck est imposé aux visiteurs. C'est aussi l'une des raisons invoquées par l'Administration pénitentiaire auprès de la Contrôleur externe pour justifier l'impossibilité de Visite Hors Surveillance, "les gardiens doivent s'assurer que les détenus et leurs visiteurs gardent leurs masques".

"Nous attendons de voir ce que ça donne" explique Claudia Monti à qui l'on a "assuré vouloir faire au mieux". Elle rappelle aussi que l'Ombudsman souhaite, dès les conditions sanitaires compatibles, l'application de la loi du 20 juillet 2018 qui doit permettre des visites sans surveillance. Droit qui n'est pas toujours pleinement donné aux détenus et qui est important pour leur réintégration dans la société.

RTL

Photo d'illustration / © Mehdi Fedouach / AFP

De son côté, l'Administration pénitentiaire confirme que les "VHS ne sont pas possibles actuellement" du fait du contrôle sanitaire. Les lieux sont aussi jugés inadaptés par les décisionnaires. La loi de 2018 devrait donc s'appliquer pleinement seulement avec l'ouverture d'un second centre pénitencier "début 2023". L'Administration assure "essayer de donner le plus de liberté possible, car on sait que les liens familiaux sont importants."

Maître Frédéric Mioli n'a "pas encore de réponses" aux doléances de son client. Il a constaté "que depuis la crise sanitaire les droits de visite sont problématiques et que cela crée beaucoup de tensions". L'avocat est conscient que chacun doit faire des efforts, mais "au vu de la durée et de la mise en place du CovidCheck, on peut espérer un peu de relâchement" remarque-t-il.

Actuellement, aucun des plus de 550 détenus du CPL n'est positif au Covid. Seuls 10 nouveaux arrivants sont en quarantaine le temps de passer deux tests PCR en 6 jours.