Au Luxembourg, la météo du début de l'été 2021 a été pleine de surprises. Des températures fraîches et de fortes précipitations, jusqu'à d'importantes inondations, ont perturbé le mois de juillet. Pas toujours agréable pour les activités humaines, mais qu'en est-il pour la nature? Pour les arbres, les poissons et les nappes souterraines qui sont de plus en plus soumis aux sécheresses?

Températures en dessous de la moyenne et pluies régulières, la météo du mois de juillet 2021 n'est pas celle souhaitée par bons nombres de personnes pendant l'été. Les intempéries auront même battu des records de précipitations et malheureusement causé de graves inondations au Luxembourg.

TROUVER LE BON ÉQUILIBRE

Avant même les crues, Henri Hansen, employé de l'Administration de la gestion de l'eau, analysait la situation climatique du début de l'été comme "inhabituel, avec des températures basses". "Aujourd'hui, nous sommes plus sur une situation d'automne et d'hiver", précise t-il. Habituellement, les pluies d'été sont plus souvent fortes, mais brèves et localisées. Cette année, elles ont été généralisées et ont duré plusieurs jours.

Contacté pour parler des avantages pour l'environnement que peut avoir cette situation, Henri Hansen a développé plusieurs points importants. Après les événements, il en a ajouté un autre, moins bénéfique, mais qui montrent le lien qui lie l'homme à son environnement. "Avec les torrents qui se déversent, la nature prend un sacré coup. Les grandes énergies qui arrachent les arbres détruisent aussi le lit des rivières et emportent les poissons."

Quand les éléments se déchaînent, chaque être vivant en subit les conséquences par le bouleversement de son environnement. "Dans la nature, il faut trouver un bon équilibre", explique l'expert. Une phrase qui pousse à voir le bon côté des événements ; végétation, animaux, chacun trouvent des intérêts à la météo actuelle en évitant un stress lié aux sécheresses, plus courantes ces dernières années.

UNE BOUFFÉE D'OXYGÈNE POUR LES POISSONS

En été, une bonne pluviométrie et des températures clémentes sont bénéfiques pour la vie aquatique. Quand les cours d'eaux, les lacs ou étangs sont trop chauds et trop bas, les animaux qui y vivent manquent d'air. Plus exactement, le taux d'oxygène dans l'eau s'amenuise quand la température de celle-ci grimpe.

Nécessaire aux êtres vivants, l'oxygène est présent dans l'eau sous forme de molécules de dioxygène. Elles proviennent d'une absorption directe de l'atmosphère, facilitée par les remous causés par les courants, la pluie et les cascades, ou elles sont les déchets de la photosynthèse des plantes. Le taux d’oxygène dissous dans l'eau varie selon plusieurs critères, dont la température.

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Photo d'illustration / © Deniz Fuchidzhiev / Unsplash

"Quand l'eau est chaude, l'oxygène dissous diminue. Les poissons en souffrent", indique Henri Hansen. Le moindre degré de plus est conséquent, car la saturation en oxygène diminue alors rapidement. De plus quand le soleil tape fort, les niveaux des rivières et ruisseaux baissent ce qui ne favorise pas le débit de l'eau et donc l'absorption directe des molécules.

Les étés de plus en plus chauds et secs observés ces dernières années accentuent ces phénomènes. Un niveau d'oxygène trop bas conduit à un stress pour la vie aquatique, certains taux peuvent même rapidement entraîner la mort de gros poissons. "Cette année, avec ce temps, les niveaux des cours sont plus élevés pour les animaux et les températures sont basses" se réjouit Henri Hansen.

LA RECHARGE DES NAPPES PHRÉATIQUES

Très important, le bénéfice des précipitations actuelles pour les nappes phréatiques n'est pas immédiat. "Ce n'est pas les pluies d'aujourd'hui qui vont dans les nappes", explique Henri Hansen. Il décrit alors un processus qui selon les saisons amène à "une bonne recharge" des eaux souterraines.

Pour simplifier, en temps normal, les pluies de printemps, qui arrivent sur un sol déjà humide, sont essentiellement consommées par la végétation, et ce jusqu'au début de l'été. La saison la plus chaude est souvent la moins riche en précipitations. Quand l'été est sec, la végétation consomme toute l'eau et finit souvent par en manquer. Et même si des orages éclatent, les averses ruissellent sur les sols sans bien les pénétrer. À l'automne, la flore se met petit à petit en sommeil jusqu'à l'hiver, période de dormance pour les végétaux et de recharge pour les nappes.

Cette année, pour l'expert de la gestion de l'eau, "les pluies de juillet aideront à la bonne recharge de la nappe phréatique". En effet, combinées à des températures basses, elles alimentent les plantes et humidifient la terre qui constitue alors une réserve. Actuellement, "la végétation a tout ce qu'il faut" constate Henri Hansen.

Il ajoute, "s'il pleut aussi en août et septembre, les pluies d'automne n'auront pas besoin de mouiller les sols, permettant ainsi d'avoir une bonne recharge de la nappe cet automne". Lors des mois les plus arrosés, le maximum du précieux liquide pourra ainsi s'infiltrer facilement dans les couches les plus basses de la terre. Sous les racines, hors de portée de la soif arboricole, l'eau ira se stocker dans les nappes phréatiques.

PRÉSERVER LA CONSOMMATION HUMAINE

Autre bénéfice de la météo de cet été, la consommation d'eau par les habitants du Luxembourg est en baisse. "Avec la pluie et des températures sans pointes de chaleur à plus de 30°, les gens prennent moins de douches, ne remplissent pas de piscine gonflable et arrosent moins leur jardin", constate Henri Hansen. Et c'est un vrai gain pour les ressources hydriques. Surtout que 50% de l'eau potable est prélevées des nappes.

Le reste vient de sources, qui sont aussi à l'origine des cours d'eau. Donc moins de prélèvements pour la consommation humaine, c'est aussi plus d'eau pour le milieu aquatique. Cela entraîne un meilleur partage d'une même ressource. Conserver ces équilibres est l'une des missions de l'Administration de la gestion de l'eau du Luxembourg. L'AGE gère l'alimentation en eau potable, ce qui peut être une source de stress. Les infrastructures du pays et sa population puisent dans des réserves souterraines qui sont par nature limitées.

Pour toutes ses raisons, Henri Hansen pense "que cette météo inhabituelle, sans canicule, peut être bénéfique". On espère en tout cas que les désagréments subits soient compensés par une opportunité pour l'environnement de se recharger. Végétation, animaux et résidents pourraient au final y trouver leurs comptes.