Dans un courrier d'avertissement, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères rappelle aux dirigeants des entités impliquées dans le scandale Pégasus les règles en cours au Luxembourg.

Le Président français, Emmanuel Macron, l'ex-Premier ministre belge, Charles Michel, ou encore le Roi du Maroc, Mohammed VI: 13 chefs d'Etat et de gouvernement en tout auraient été victimes d'espionnage de la part de services secrets étrangers, au moyen du logiciel ''Pégasus", élaboré par la société israélienne NSO.

Introduit dans un smartphone, "Pegasus" permet d'en récupérer les messages, photos, contacts et même d'écouter les appels de son propriétaire.

COURRIER D'"AVERTISSEMENT"

L'entreprise NSO dispose de deux filiales au Luxembourg et de pas moins de sept holdings. Le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, rappelle dans un courrier adressé aux dirigeants de ces entités les règles en cours au Grand-Duché.

Jean Asselborn, fait part de sa "grande préoccupation devant les faits d'espionnage allégués à l’encontre notamment de défenseurs des droits de l’homme, de journalistes ou de responsables politiques". Et prévient ces responsables que le Luxembourg "ne tolèrerait en aucun cas" que des exportations depuis le Grand-Duché contribuent à des violations des droits de l'homme dans des pays tiers.  "Le Luxembourg veillera à prendre les mesures nécessaires pour y remédier", avertit le ministre.

RTL

Il faut que les dirigeants du groupe NSO, dont le siège est à Tel Aviv en Israël, en soient conscients. Dans sa lettre, Jean Asselborn leur rappelle les bases légales pour vendre à l'étranger des produits liés à la défense. Pour ce faire, une licence est nécessaire au Luxembourg.

Mardi, au cours d'une conférence de presse sans lien direct avec le scandale, le ministre luxembourgeois avait déjà annoncé que NSO n'avait déposé aucune demande de licence d'exportation, ce qu'elle aurait dû faire si cela avait été le cas. C'est obligatoire au Luxembourg.

LA RÉPONSE DE NSO

Jean Asselborn rappelle qu’une licence est nécessaire pour vendre des produits software liés à la Défense à l’étranger. Le respect des droits de l’homme est aussi mis en évidence dans cette lettre.

Mardi, au cours d’une conférence de presse en lien avec les droits de l’homme, le chef de la diplomatie avait dit que le Grand-Duché interviendrait s’il devait s’avérer que les entités NSO au Luxembourg avaient contribué à des violations des droits de l’homme.

Selon le groupe NSO, le logiciel développé a été pensé pour la surveillance de terroristes et de criminels présumés. Le but ne serait pas d’espionner des responsables politiques.

9 ENTITÉS ENREGISTRÉES AU LUXEMBOURG

Dans un tableau de l'ONG Amnesty International, on voit clairement que neuf des 26 entités du groupe NSO, se trouvent au Grand-Duché.

L’une, appelée OSY Technologies et dirigée par Doron Arazi, a une adresse rue Edward Steichen au Kirchberg. Une autre, dénommée Q Cyber Technologies, avec à sa tête Yuval Somekh, est logée dans un immeuble de bureaux de l’Avenue John F. Kennedy, toujours au Kirchberg.

Le groupe NSO détient sept autres entités au Grand-Duché, dont Triangle Holdings SA, Square 2, Novalpina Capital Partners, Novalpina Capital Group, et trois sociétés portant le nom NorthPole.

Une société, à laquelle il est reproché d’avoir vendu un programme d’espionnage performant et donc dangereux à des clients pas tout à fait honnêtes, est donc basée en grande partie au Luxembourg. Le groupe n’aurait ici qu‘un back office, a affirmé le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères. L’entreprise n’aurait pas vendu de logiciels depuis le Grand-Duché.