Un jour, c'est l'été, le lendemain c'est l'hiver: le secteur agricole luxembourgeois, lui aussi, perd le nord et ne peut que subir cette drôle de météo. Entretien avec un maraîcher et un vigneron.

On le répète chaque année: en avril, ne te découvre pas d'un fil. Après des températures dépassant les 20°C il y a quelques jours, voilà que le mercure nous replonge en hiver, avec supplément neige en prime.

Un timing plutôt foireux pour les restaurateurs qui rouvrent leurs terrasses au Luxembourg. Mais ils ne sont pas les seuls à faire la grimace: le secteur agricole, lui aussi, est en sueur avec ces chauds-froids intempestifs...

C'est le cas de Niki Kirsch, figure importante du secteur maraîcher au Luxembourg. Avec son fils Claude qui a repris l'exploitation, il cultive dans la capitale et sous 3.000 m2 de serres tout ce que le pays peut produire comme légumes, mais aussi 55 variétés de plantes aromatiques. "On a débuté nos cultures vers fin février, début mars. Donc c'est sûr qu'en ce moment, la météo ne nous aide pas. Normalement, début avril on n'a pas de froid comme ça. Ça nous coûte beaucoup en mazout pour chauffer les serres à 15°C, surtout quand la température descend en dessous de 0°C la nuit".

Résultat, "Malgré le P17 (NDLR: une toile qui laisse entrer la chaleur et la conserve), les plantes sont dans le stress à cause de ces écarts de température".

Le sort s'acharne décidément sur un secteur déjà fragilisé par la crise sanitaire: "On est fournisseur pour les restaurants, donc vous imaginez que leur fermeture est un coup dur. C'est devenu vraiment compliqué pour tout le monde en ce moment" déplore-t-il.

"POUR L'INSTANT IL N'Y A PAS DE RISQUES POUR LA VIGNE"

Il est un autre secteur agricole qui redoute le gel: la vigne. Yves Sunnen, cinquième génération du domaine Sunnen-Hoffmann (à Remerschen), en garde un souvenir cuisant: "En 2019, on a eu 50% de pertes à cause du gel tardif. Il avait déjà fait chaud en mars, et en avril on était monté jusqu'à près de 25°C, donc les feuilles étaient déjà sorties de 1 à 2 cm." Le 4 ou 5 mai suivant, catastrophe: des températures descendent en dessous de 0°C la nuit. Ajoutez à cela l'impitoyable morsure du soleil le jour suivant, et vous avez la moitié des vignes ravagées.

Faut-il donc s'inquiéter du refroidissement des derniers jours? "Pour l'instant ça va, car les bourgeons ne sont pas encore sortis, et dans ce cas là il n'y a pas de risque car la vigne peut tenir jusqu'à -10°C, voir -15°C" rassure-t-il.

Des bougies au chevet des vignes
Des bougies au chevet des vignes

On lui demande s'il envisagerait de mettre des bougies dans les vignes, comme certains vignerons font en cas de gel (voir vidéo ci-dessus): "Alors oui les bougies ça marche, mais il faut 400 bougies par hectare. Nous on a 10 hectares, donc vous imaginez" rit-il. "Et puis on ne sait jamais où le gel va tomber, on a eu des dégâts localisés parfois."

En tout cas il constate "que les températures grimpent de plus en plus tôt dans l'année, donc les bourgeons sont aussi plus précoces. Cela augmente les risques avec le gel qui peut revenir jusqu'aux Saints de Glace (NDLR: entre le 11 et 13 mai)."

Pareil pour les vendanges: "On les débute de plus en plus tôt, début septembre, alors qu'avant c'était plutôt à la fin du mois."  Heureusement, cela ne gâche pas la récolte pour autant: pour le domaine d'Yves (qui est d'ailleurs le 1er domaine viticole à s'être converti en bio au Luxembourg, en 2001), "le cru 2020 a été une bonne année". Au moins une bonne nouvelle durant une année 2020 qui laissera surtout un goût amer...