Au contact des victimes du Covid et des familles, les agents des pompes funèbres sont "assis dans la même barque que les ambulanciers" mais attendent toujours d'être vaccinés. Thierry Graul, leur porte-parole, raconte l'envers du décor.

Témoins de première ligne des morts suite aux clusters dans les maisons de soins mais aussi de la peine profonde des familles en quarantaine qui n'ont même pas pu assister à l'enterrement d'un proche durant la première vague, les croque-morts ont vécu un vrai chamboulement de leur travail depuis que sévit la pandémie.

"Le danger vient des fluides corporels des morts puisqu'ils sont directement chargés du virus", explique Thierry Graul, président de la Fédération des pompes funèbres interviewé ce mercredi sur RTL Radio. Dès le départ la centaine d'agents de pompes funèbres qu'emploient les 25 entreprises du secteur ont pu se protéger du Covid en enfilant des combinaisons de protection et masques auxquels ils ont eu accès grâce à leur assimilation aux professions du secteur de la Santé par l'Inspection sanitaire.

Mais aujourd'hui, alors que démarre la 4e phase de vaccination au Luxembourg, le président des pompes funèbres n'a "pas vraiment compris" l'avis du gouvernement de ne pas prioriser la vaccination des croques-morts. Une revendication qu'il maintient vu le risque réel auquel les employés des services funèbres continuent d'être exposés.

Lorsque les agents interviennent en maison de retraite "un maximum de précautions sont prises pour les protéger même si on nous dit que le patient n'est pas décédé du Covid", explique Thierry Graul. De façon pratique "nous montons directement à l'étage" pour chercher un corps car "la majorité des maisons de retraite n'ont pas de morgue".

POURQUOI PAS DANS LA MÊME BARQUE QUE LES AMBULANCIERS ?

Trois structures seulement assurent elles-mêmes la mise en bière "mais on remarque un certain relâchement dû à la fatigue. A mon avis ça commence à devenir un peu dangereux", estime Thierry Graul.

Les croque-morts sont potentiellement souvent exposés au risque de contagion ne serait-ce que parce "tous les jours des familles viennent vers nous" et qu'"il arrive que nous croisions des gens dans les étages et qu'ils s'adressent à nous".

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"Nous ne voulons pas priver qui que ce soit (de vaccins) mais nous sommes assis dans la même barque que les ambulanciers qui ont des contacts quotidiens avec des patients. Et puis nous avons des familles et des parents et c'est aussi un risque pour eux si nous étions infectés sans le savoir directement. C'est ce dont les employés ont peur", rapporte le président de la Fédération des pompes funèbres.

A vrai dire, les agents des pompes funèbres ne se sentent pas oubliés par le gouvernement mais ils ne saisissent pas pourquoi ils ne sont pas vaccinés prioritairement: "Nous ne comprenons pas vraiment pourquoi nous ne sommes pas dans la barque".

LORSQUE LA MORT EST TOUTE PROCHE

La plus grande difficulté avec le Covid est que les croque-morts ne peuvent pas proposer les services "qu'ils proposent d'ordinaire. On ne peut, par exemple, pas laver et habiller un patient Covid. Le danger est tout simplement trop grand", explique Thierry Graul.

Les morts du Covid ne sont pas obligatoirement incinérés, contrairement aux rumeurss qu'on peut entendre ci et là. "La seule indication concerne le virus Ébola qui impose l'incinération, mais dans les autres cas les gens peuvent naturellement choisir ce qu'il souhaite pour la personne décédée", tient à souligner le président de la fédération.

Thierry Graul assure que plus d'un an après le début de la pandémie, il arrive encore aujourd'hui que les patients Covid doivent mourir seuls et que des familles ne soient pas autorisée à entrer dans la structure pour le dernier adieu. En cas de cluster les maisons de retraite n'ont d'autre choix que de fermer leurs portes au public. "Certaines maisons appellent les familles et les autorisent à venir lorsque le patient est en train de mourir. Mais il faut savoir que ça se produit lorsque la mort est toute proche", raconte Thierry Graul.

La pandémie a aussi un impact financier pourt les pompes funèbres dû à la nécessité de s'équiper pour se protéger du virus. Les pompes funèbres s'équipent à leurs frais et "les prix ont explosé".