La lutte contre le Covid continue, 400 soldats seront vaccinés d'abord, 200 personnes doivent être recrutées,... Le général Thull, "patron" de l'Armée luxembourgeoise dresse un état des lieux et dévoile ses projets dont le peloton de drones tactiques.

Que ce soit pour monter un hôpital de campagne au CHL, les centres de vaccination ou distribuer des masques, l'Armée a "mobilisé de 65 à 160 personnes" durant de longs mois en 2020 et a montré qu'elle était "prête à prêter main forte lorsqu'il y a un problème dans la population", pose d'emblée le général Steve Thull, Chef d'État-Major de l'Armée depuis septembre.

Comment se présente l'année 2021 pour les plus 1.000 hommes et femmes qui s'entraînent à Diekirch ? L’Armée continuera-t-elle à venir en aide à la population contre le coronavirus? Quels militaires seront vaccinés en premiers ? Le général Thull répond à nos cinq questions, sans sourciller.

L'ARMÉE RESTERA-T-ELLE MOBILISÉE POUR LUTTER CONTRE LE COVID EN 2021 ?

2021 sera aussi pour les soldats du Herrenberg "l'année des vaccinations", assure le général Thull. Il rappelle que ses hommes ont déjà prêté main forte pour la mise en place des centres de vaccination et ils seront appelés dans les semaines à venir à assurer des "travaux de logistiques comme l'accueil des personnes". Des soldats contrôleront les identités et formalités administratives avant les vaccinations.

Un "maximum de 40 personnes seront engagées quotidiennement aussi longtemps que durera la période de vaccination. D'après les chiffres je peux dire que ça va durer pratiquement toute l'année et ne vas pas se terminer d'ici quelques mois", assure le général Thull.

Même si elle a été "moins impactée" que le reste de la population selon le général, l'Armée luxembourgeoise n'a pas été épargnée par le Covid: "Aujourd'hui nous avons quatre cas actifs et trois cas en opération (extérieure) sur un peu plus que 1.000 personnes".

EST-IL DÉJÀ PRÉVU DE VACCINER LES MILITAIRES ? 

"Aujourd'hui j'ai l'information que l'Armée va avoir 400 vaccins à disposition. Pour le moment on est en train d'établir une priorisation", explique le général Thull. Il n'est pas encore en mesure de dire quand précisément démarreront les vaccinations au Herrenberg mais "ça va commencer environ avec la 3e vague" selon "les grandes priorités déterminées au niveau gouvernemental".

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Lundi soir, le Premier ministre Xavier Bettel et la ministre de la Santé, Paulette Lenert, ont annoncé que la stratégie nationale de vaccination allait entrer dans sa 2e phase. Après avoir une première phase réservée au personnel soignant et aux pensionnaires des maisons de soin, cette 2e phase permettra de vacciner les plus de 75 ans jusqu'aux plus de 65 ans, dans l'ordre décroissant.

L'Armée vaccinera "en premier lieu les personnes qui vont partir en mission et les personnes qui sont en contact direct avec ces personnes" mais aussi "ceux qui sont en train de réaliser l'instruction de base car c'est là où nous avons le plus de mouvement et qu'il faut protéger le plus les gens", assure Steve Thull.

COMBIEN D'HOMMES ET DE FEMMES DEVEZ-VOUS RECRUTER ?

"Depuis toujours", reconnaît le chef d'État-Major, "l'Armée a un problème d'effectif" et "compte très peu de femmes dans ses rangs", situation à laquelle il est déterminé à remédier. Comme dans la police, les besoins sont énormes. "Nous pouvons recruter plus de 200 personnes annuellement" et "ce n'est pas rien", sait bien le général Thull. Le challenge de l'Armée est de trouver chaque année "150 jeunes gens et 45 cadres", tout en comblant parallèlement "une dizaine de départs à la retraite".

L'une de ses priorités est de féminiser ses troupes. Pour mieux prendre en compte les desiderata des femmes, le général a demandé que soit créé "un comité Femmes qui peut s'exprimer sur leurs besoins et aider le commandement à orienter les efforts dans la bonne direction. Car ce sont les femmes qui sentent le mieux ce qui ne va pas et qui pourrait être amélioré".

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Avec ce nouvel input, le général compte dès cette année orienter le fonctionnement interne de sorte à pouvoir "attirer plus de personnel féminin dans ses rangs". "Dans les mois à venir", tomberont les "premières propositions concrètes" (recrutement, nouvelles tenues, etc.) qui devraient permettre d'atteindre l'objectif: "passer de 30 à 60 femmes" en uniforme. Au total, l'Armée compte une centaine de femmes aujourd'hui mais 70% font partie du personnel civil. L'argument principal restant "le très grand panel d'emplois offerts au sein de l'Armée".

L'écueil principal demeure l'étape de l'instruction de base: seuls quatre jeunes recrues sur dix deviennent soldats. Un groupe de travail a planché sur l'allègement du programme de cette formation de base mais "surtout changer l'attitude des cadres vis-à-vis des jeunes recrues [...] parce que ceux qui s'engagent aujourd'hui n'ont pas ça dans les tripes en quelque sorte donc il faut y prêter attention pour éviter le choc culturel", résume le général Thull. L'instruction de base "nouvelle mouture" a démarré.

L'ARMÉE DE L'AIR EST-ELLE DEVENUE UNE RÉALITÉ ? 

En 2020, l'Armée luxembourgeoise a abandonné son projet d'acquisition d'hélicoptères mais s'est dotée pour 420 millions d'euros d'un avion A400M. Parler d'une "Armée de l'air est un grand mot", coupe directement le général, un brin amusé, qui préfère parler de "mini composante aérienne".

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Pour être opérationnel, l'avion a besoin de six pilotes luxembourgeois formés, six soutiers en charge de l'arrimage de tout le matériel transporté mais aussi "des officiers intégrés dans la composante aérienne pour superviser ce qui se passe et un sous-officier responsable de la gestion de cette unité. C'est ce qui est en train de se faire. De sorte que cette mini-composante aérienne compte aujourd'hui une douzaine de personnels".

L'avion militaire luxembourgeois, comme sept avions belges, sont stationnés sur la base militaire de Melsbroek près de Bruxelles, permet de "mener des missions avec nos partenaires belges dans le cadre plus large de l'EATC (European Air Transport Command), un commandement capable de recevoir toutes les demandes dans le domaine du transport aérien européen et qui permet une économie des moyens pour utiliser au maximum les capacités de l'avion", explique le général. Soulignant un "acte de solidarité" du Luxembourg au niveau européen mais également de l'OTAN.

AVEZ-VOUS DE NOUVEAUX PROJETS DE DRONES ?

L'Armée luxembourgeoise continue d'acquérir des drones. Jusqu'ici ces drones permettent de faire ce que le général qualifie de "reconnaissance dans la 3e dimension" pour compléter, depuis le ciel, les bonds en avant des véhicules au sol et envoyer "les informations recueillies vers l'échelon supérieur".

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Pour l'heure l'Armée "exploite une trentaine de drones catégorisés dans les microdrones et minidrones", mais, en coulisses, elle est en train de passer à l'échelon supérieur et mise sur les drones tactiques. L'objectif est claire, "injecter ces drones tactiques dans la VJTF 23 (Very High Join Task Force) une troupe d'intervention directe de l'OTAN", explique le général Thull.

Pour mettre à disposition de l'OTAN dès 2023 un peloton de drones tactiques luxembourgeois, "nous sommes en train de recueillir les premières informations sur le maniement de ces drones au Pays-Bas car c'est un projet bilatéral. Nous avons un officier détaché aux Pays-Bas. Et en 2022 on va intégrer au Luxembourg tout le savoir-faire acquis là-bas pour être fin prêt à aller en opération en 2023", pose le général Thull.