L'homme d'affaires Flavio Becca comparaît depuis mardi devant le tribunal correctionnel de Luxembourg pour abus de biens sociaux et détournement de fonds dans l'affaire dite "des montres de luxe".

Le parquet reproche au promoteur immobilier d'avoir utilisé ses entreprises pour acheter des montres de luxe, ce que conteste l'investisseur.
L'enquête a été lancée en 2010. Il s'agit concrètement de l'achat de près de 850 montres de luxe, d'une valeur globale de 18 millions d'euros. Une grande partie de ces montres ont été achetées entre 2004 et 2011 via 18 entreprises de Flavio Becca, alors que les activités commerciales de ces sociétés n'avaient rien à voir avec l'horlogerie de luxe, selon les magistrats.

Parmi ces montres figurent une centaine de Rolex, une centaine de Chopard et une trentaine de Patek Philippe. La plupart des fournisseurs, c'est-à-dire des bijouteries où ces pièces ont été achetées, étaient basés à l'étranger.

Mardi matin, Flavio Becca s'est brièvement exprimé en début d'audience. En passant par ses entreprises luxembourgeoises pour l'achat des montres, il aurait profité d'un certain avantage au niveau de la TVA. Ces montres de collection auraient été achetées comme investissement, afin de profiter d'une hausse de leur valeur dans quelques années.

Selon l'ex-enquêteur de la police judiciaire, Jean-Paul Bohler, le premier témoin dans cette affaire, le dossier a été lancé en 2010 suite à une dénonciation de l'Administration des contributions, parce que les montres avaient été en partie comptabilisées comme frais. Le fait qu'elles aient été classées en frais cadeaux dans trois entreprises, avait semé le doute à l'époque.

La police judiciaire avait été chargée de l'enquête début 2011. Six mois plus tard, en septembre, une première perquisition avait été menée au domicile de Flavio Becca. Selon le témoignage entendu mardi matin, ce retard s'explique par des rumeurs parues dans la presse selon lesquelles Flavio Becca était à l'époque impliqué dans l'équipe cycliste Leopard Trek. On aurait attendu la fin du Tour de France pour mener la perquisition afin de ne pas influencer la carrière sportive des frères Schleck.

Environ 600 montres avaient été découvertes lors de la perquisition de domicile. Il s'était avéré très compliqué de retracer l'origine de ces montres, selon l'ex-enquêteur.

Ces pièces d'horlogerie n'étaient plus dans leur boîtier d'origine. Les certificats garantissant l'authenticité des montres ne correspondaient pas toujours. Les factures étaient parfois très vagues: une montre achetée à Paris était, par exemple, mentionnée simplement comme "marchandise enlevée". De nombreuses bijouteries se sont montrées peu coopératives avec la justice, a précisé l'enquêteur, à présent retraité.

Près de 200 montres, qui n'avaient pas été retrouvées dans le coffre, avaient été auparavant distribuées dans la famille.

Pour la charge de détournement de fonds, Flavio Becca risque une peine de cinq ans d'emprisonnement et une amende de plus d'un million d'euros.

Ce procès a bien failli ne pas avoir lieu. En 2019, suite au dépassement du "délai raisonnable", retenu par la Convention européenne des Droits de l'homme, des magistrats avaient conclu en première instance que les délais de procédure avaient été dépassés. Mais en deuxième instance, les juges avaient finalement retenu les infractions.

Le procès, qui devrait durer six jours, reprendra mercredi à 15h00.