31 députés ont voté pour, 29 contre. L'assouplissement des mesures anti-covid dont restent écartés restaurants et bars, entreront en vigueur dès lundi 11 janvier.

La neuvième loi Covid a été adoptée ce vendredi et aura pour conséquence, dès lundi, un assouplissement global puisque de nombreux sites rouvrent (commerces non essentiels, cinémas, salles de sport, etc.) mais avec des restrictions qui restent très strictes. Notamment pour la pratique de sport et l'accès à la culture.

Après 3h30 de discussion tendue, le vote du projet de loi 7743 montre à quel point la gestion politique de la pandémie a créé deux camps. Les 31 députés de la majorité (DP, LSAP, Déi Gréng) ont voté pour tandis que les 29 députés de l'opposition (CSV, ADR, déi Lénk, Piraten) ont voté contre.

Au-delà d'un texte "en demi teinte" qui doit permettre de "retrouver un morceau de normalité", selon l'expression utilisée par son rapporteur Mars di Bartolomeo (LSAP), tous les partis de l'opposition ont stigmatisé le manque de cohérence de la politique gouvernementale entre les nouvelles mesures et celles proposées juste après Noël.

INCOHÉRENCES ET VA-ET-VIENTS ENTAMENT  LA CONFIANCE DES CITOYENS

Cela "conduit les citoyens à perdre toujours plus confiance en la politique", a martelé à la tribune Jeff Engelen (ADR). Et à "des mesures incompréhensibles pour toujours plus de gens", a expliqué Max Baum (déi Lénk).

"Faire de la politique en temps de crise c'est appeler un chat un chat, pour éveiller la confiance. C'est primordial", lance Claude Wiseler (CSV) à l'intention de la ministre de la Santé, Paulette Lenert (LSAP). Il rappelle qu'elle a dit cette semaine que "janvier serait un mois très critique et que nous ne sommes pas encore dans une zone de confort. Et là le gouvernement présente un texte où toutes les mesures prises il y à quatorze jours sont retirées. Vous dites que c'est trop tôt, mais vous le faites quand-même!"

Claude Wiseler (CSV) / © RTL

Vu les mises en garde de toutes parts (Conseil d'Etat, Conseil supérieur des maladies infectieuses, CCDH, etc.) mais aussi vu le manque de recul sur les effets des mesures entrées en vigueur le 26 décembre et toutes les questions que posent les retards de vaccination et de mutation du coronavirus, "le texte en vigueur aurait dû durer au moins 14 jours de plus", selon le porte-parole du principal parti d'opposition.

"CE N'EST PAS COMME CHEZ ASTÉRIX"

Pour le chef de fraction du DP, Gilles Baum, "il y a 3 écoles. Celle qui dit qu'il faut tout rouvrir. Mais ce chemin anéantirait tous les efforts faits jusqu'ici. La 2e dit le contraire, c'est-à-dire qu'il faut tout laisser fermer: écoles, crèches, commerces, etc. Mais dans ce scénario notre économie prendrait un gros coup supplémentaire et on ne peut pas se le permettre. Et enfin la 3e école, à laquelle appartient la coalition, qui sait que tous les efforts faits ont apporté quelque chose et qu'il reste un long chemin à parcourir. Le chemin vers la normalité nous le faisons à petits pas".

Georges Engel (LSAP) / © RTL

S'en est suivie une joute politique entre partisans de la majorité et de l'opposition autour de la façon de diriger le pays et de communiquer en pleine pandémie. "D'un côté on dit que les chiffres ne sont pas encore bons mais on déconfine... mais n'allez juste pas au restaurant. Ça donne l'impression que le gouvernement ne sait pas ce qu'il fait", souligne Sven Clement des Piraten. Il parle d'une ligne politique incohérente faite de "bric et de broc".

"Ce n'est pas comme chez Astérix, il n'y a pas de potion magique!", rétorque Georges Engel (LSAP). Avant d'expliquer que "personne ne sait s'il a tout juste ou ne fait pas une série d'erreurs malgré tout". Mais fait est que, selon son point de vue, "à chaque fois que des mesures ont été prises elles ont été efficaces et l'évolution était la bonne."

SE SERRER LES COUDES POUR Y ARRIVER

Le message des deux principaux protagonistes, le Premier ministre Xavier Bettel (DP) et de la ministre de la Santé Paulette Lenert (LSAP) était le même: s'unir face à la crise, au lieu de se diviser et de diviser les Luxembourgeois. "On n'y arrivera que si on tient ensemble", essaye de persuader Xavier Bettel. Avant de glisser: "J'aimerais qu'on ne tombe pas dans le pessimisme et qu'on ne dise pas aux gens que tout est noir. Les chiffres sont bons".

Xavier Bettel: "Croyez-moi, personne de la majorité ne trouve un aspect positif dans la fermeture de l'Horeca. Aucune restriction n'est prise de bon cœur. Chaque jour où en enlève de la liberté au citoyens n'est pas un bon jour". / © RTL

Le leitmotiv du gouvernement est simple: comment proposer les meilleures mesures avec une grande flexibilité. "Prendre des nouvelles mesures ce n'est pas un exercice facile et ne le sera jamais", sait bien Paulette Lenert qui demande aussi qu'on se serre les coudes.

Elle plaide pour le "régime de grande prudence" que représente ces nouvelles mesures et dit clairement qu'elle "n'a pas de regret pour le coup d'accélérateur" donné juste avant les fêtes de fin d'année pour contenir l'évolution de la pandémie.

La ministre de la Santé répond plus aux coups de boutoir du coronavirus qu'aux attaques politiques. Elle souligne qu'aujourd'hui "on sait que le plus de gens se contaminent à la maison, en petit cercle" et que "manger (à la même table) est une activité à risque pendant une pandémie". Tout comme les visites au domicile. Et elle explique aussi que le couvre-feu a "pour but de réduire certaines activités après une certaine heure". Elle conclut: "Tout cela a un sens, une ligne".