"Lorsque est arrivée la 2e vague, j'ai démissionné pour retourner à l'hôpital et être dans le vif du sujet", témoigne Kevin Nazzaro. Frontalier, il travaille depuis octobre dans l'Unité U20 du CHL au plus près des patients covid. Portrait.

C'est un "héros du quotidien" comme affiché sur son sweat shirt gris clair, dont le visage reconnaissant a fait le tour des médias luxembourgeois lundi. Et pour cause, Kevin Nazzaro, 28 ans, originaire de Herserange dans le Pays-Haut a formé avec sa cheffe du Service des maladies infectieuses du Centre hospitalier du Luxembourg (CHL), Catarina Fernandes, 40 ans,  le premier duo de soignants à se faire vacciner contre le Covid-19 au Luxembourg.

Ils sont les deux premiers volontaires au sein de l'Unité U20 du CHL, à avoir sauté sur l'occasion. Dans leurs foulées, 800 professionnels de la santé, personnel des établissements hospitaliers et ambulanciers se verront administrés lundi et mardi les premières doses du vaccin de BioNTech/Pfizer dans le premier Centre de vaccination ouvert au Hall Victor Hugo à Luxembourg-Limpertsberg.

"Je n'ai pas réfléchi, j'ai pris rendez-vous direct", raconte Kevin Nazarro en se remémorant l'invitation pour se faire vacciner contre le SARS-CoV-2. Pour lui, c'était tout à fait "naturel" car en tant qu'aide-soignant "on doit se protéger avant de protéger nos patients".

"UN VECTEUR DE LA FIN DE LA PANDÉMIE"

Kevin veut être "un vecteur de la fin de la pandémie" et s'il n'a pas tergiversé longtemps c'est aussi parce qu'il tient à protéger sa famille. Il avoue, avec un pincement au cœur, "avoir passé deux mois sans voir sa mère" avec toujours cette arrière-pensée d'être porteur sain du virus.

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Lors de la vaccination très médiatisée au Centre de vaccination du Hall Victor Hugo, lundi peu après midi. / © RTL

Il ne lit pas la vaccination comme une prise de risque et fait confiance aux autorités: "Je me dis que le gouvernement luxembourgeois et mon hôpital ne feraient pas vacciner le personnel s'il y avait le moindre risque". Kevin a aussi confiance car "ils ont fait des études et ont réutilisé les mêmes bases que pour le SRAS en 2002, c'était le même type de virus".

L'infirmier "comprend ceux qui doutent" mais sait aussi que "n'importe quel médicament peut avoir un effet secondaire". Il ne doute pas un instant que ces effets seront médiatisés aussitôt qu'ils surgiront mais veut souligner qu'"il y aura plein de gens qui n'auront pas d'effets secondaires et qui éviteront la propagation du virus... mais ce sera moins médiatique".

"JE ME SENTAIS UN PEU INUTILE"

Voilà trois mois que Kevin Nazzaro travaille au sein de l'U20 au CHL, la première unité à avoir accueilli en février un patient testé positif au coronavirus au Luxembourg. Après avoir passé cinq années à la clinique Saint-Joseph d'Arlon, l'infirmier est arrivé au Luxembourg il y a près d'un an et demi pour devenir responsable-adjoint d'une antenne du réseau d'aides et de soins à domicile Camille.

Quand a éclaté la pandémie à la face du monde, il avoue s'être "senti un peu inutile" et "dès le début de la guerre dans les hôpitaux je me suis dit: il faut que j'y retourne". C'est ce que Kevin a fait lorsqu'est "arrivée la 2e vague, j'ai démissionné pour retourner à l'hôpital et être dans le vif du sujet". Un vrai choix "pour venir en renfort" et "lutter" contre la pandémie aux chevet des patients les plus gravement impactés.

A l'affût d'une chute du niveau de respiration ou d'un signe de patient alité qui cherche de l'aide, Kevin Nazzaro assure être "au plus près des patients. On les rassure, on les met en confiance. Ce qui n'est pas évident actuellement car ils se trouvent dans une unité fermée et ne peuvent que sortir dans le couloir" et puis il y a tout cet attirail qui complique la donne, lunettes de protection, masque, combinaison. Alors que dans ce type de situation "chaque être humain a besoin de sentir plus de proximité" sait bien Kevin qui en connaît aussi le prix.

Comme prévu dans la stratégie nationale de vaccination, le personnel des structures d'hébergement pour personnes âgées et des réseaux d'aide et de soins et les personnes résidant dans ces structures seront rapidement vaccinés à leur tour. Mercredi 30 décembre 400 vaccinations sont déjà programmées au Hall Victor Hugo. Les 9.700 vaccins livrés samedi au Luxembourg permettront de vacciner 4.850 personnes. Kevin Nazarro devra se présenter pour sa deuxième piqûre dans 21 jours.

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