De nombreux malades sont aujourd'hui hospitalisés au Luxembourg dans des services Covid. RTL 5minutes s'est rendu au CHL pour mieux comprendre le travail des soignants confrontés à la gestion de l'épidémie.

Depuis plusieurs semaines, le Luxembourg conserve un niveau élevé d'hospitalisations. Bien que les capacités du pays n'aient pas été dépassées, les services de santé ont connu un regain d'activité notable après l'accalmie de cet été. Au Centre Hospitalier de Luxembourg, les services de l'hôpital ont été réorganisés afin de séparer les patients Covid de ceux souffrant d'une autre pathologie.

RTL 5minutes a notamment pu découvrir le fonctionnement de l'unité U20 - le service des maladies infectieuses - pour échanger avec les soignants en première ligne contre le virus. L'accès y est formellement interdit aux personnes extérieures et hormis quelques cas exceptionnels, les visites de proches sont impossibles.

Le protocole pour y pénétrer est très strict: il faut laisser ses vêtements à l'extérieur et enfiler une tenue d'infirmier, des sabots, une blouse, une charlotte, un masque FFP2 (ceux dont le niveau de protection le plus élevé) ainsi que des lunettes anti-projection. Les désinfections sont multiples et le processus de sortie est tout aussi contraignant, puisqu'il s'agit de ne pas faire sortir le virus. Chaque sortie implique de réaliser des gestes précis et d'enlever l'ensemble des vêtements de protection. "Avec cette tenue, mieux vaut ne pas avoir trop souvent envie d'aller aux toilettes" nous glisse-t-on.

"Pour nous, c'est devenu une habitude"
explique posément Catarina Fernandes, infirmière en chef responsable du service des maladies infectieuses. "Il y a des protocoles standards d'hygiène, notamment notre technique d'habillage/déshabillage. Le quotidien va rester identique pour la prise en charge du patient, hormis le fait qu'on est dans un service fermé avec des accès contrôlés pour contenir le virus."

C'est d'ailleurs son service qui a accueilli le tout premier patient testé positif au coronavirus en février. Neuf mois plus tard, c'est dans ce même service "relativement rempli" qu'elle fait en sorte de prendre soin des malades. Le matin du jeudi 3 décembre, le CHL accueillait 55 patients hospitalisés à cause du virus, dont dix en réanimation.

ELLE SORT DE SA RETRAITE POUR REVENIR AIDER

Mi-novembre, le service U20 a reçu des renforts. Notamment celui d'Elisabeth Lebailly, une ancienne sage-femme du CHL sortie de sa retraite pour rejoindre la réserve sanitaire et prêter main-forte à ses anciens collègues. "C'était normal. Quand on fait ce métier là, instinctivement, on va revenir. Quand je suis arrivée, j'ai été très impressionnée par les collègues qui travaillent masqués et protégés depuis si longtemps." Désormais, son travail consiste à prendre part à la logistique du service pour faciliter le travail des médecins et infirmiers. Et en temps de crise, toute aide est bonne à prendre.

Souriante et motivée lors de notre échange, elle nous a rapidement confié que cette crise n'était pas comme les autres. "Même si ça fait 40 ans que je suis dans le métier, je suis impressionnée par cette crise Covid. L'autre jour, la cheffe de service m'a dit "il va y avoir un décès dans cette chambre-ci, dans cette chambre-là..." Il y en avait cinq dans le service... Ce n'est quand même pas fréquent d'avoir autant de décès en si peu de temps."

Mais entre la crise du printemps et celle de l'automne, le service a acquis de nouvelles compétences et de nouveaux savoirs pour mieux gérer l'épidémie. "Je ne veux pas dire que c'est mieux géré, je pense qu'on a appris" confirme Frédéric Mennel, directeur de pôle en médecine interne aux maladies systémiques. "La première vague était une phase de sécurisation de l'hôpital. La 2e, on a appris. On a pu utiliser le temps entre les deux vagues pour nous réorganiser et identifier nos besoins. On a revu toute l'organisation de l'unité et des interfaces de l'hôpital."

Cette amélioration de l'organisation durant l'été était indispensable pour la prise en charge des patients: avec la multiplication des cas positifs, les soignants s'attendaient à accueillir davantage de malades cet automne. "On a des périodes où on frôle un taux d’occupation de 100%" annonce Catarina Fernandes. Depuis quelques jours, le nombre de patients accueillis est heureusement "en train de baisser doucement" mais les employés du service ne veulent "pas baisser leur garde". "Ça fait une semaine que c'est un peu plus calme" confirme Sandrine Meurou, aide-soignante. "C'est vrai que nous ne sommes pas loin des fêtes... Je ne sais pas, j'espère que ça va s'arranger."