Entre pratiques anticoncurrentielles, optimisation fiscale, conditions de travail discutables et tendance à profiter de la crise sanitaire, le géant Amazon dérange. Il est la cible d'une manifestation ce vendredi au Kirchberg.

Devons-nous désormais culpabiliser dès lors qu'on passe une commande sur Amazon?

À l'heure des restrictions et des boutiques fermées en France ou en Belgique, cette pratique pourrait devenir aussi mal perçue par l'opinion que prendre l'avion dix fois par an ou ne pas trier ses ordures.

Au Luxembourg, qui abrite le siège d'Amazon Europe où travaillent près de 3.000 personnes, on n'a pas constaté cette hostilité à l'égard du géant du e-commerce. Il faut rappeler que les commerçants luxembourgeois n'ont pas connu les mêmes contraintes que leurs homologues français ou belges et ont pu rester ouverts malgré la deuxième vague. Amazon est par ailleurs considéré comme un "gros employeur" au Grand-Duché et continue même d'y recruter.

Pourtant, ce vendredi 27 novembre, une mobilisation contre Amazon et le "Black Friday" a eu lieu devant les locaux d'Amazon Services Europe. Cette manifestation placée sous le slogan "Make Amazon Pay" a été organisée à l'initiative de plusieurs organisations, parmi lesquelles ATTAC Luxembourg, Collectif Tax Justice Luxembourg, Déi Lénk Luxembourg ou Rise for Climate Luxembourg.

Manifestation au Kirchberg vendredi 27 novembre 2020 / © RTL

En France, ces dernières semaines, Amazon est devenu l'ennemi public numéro un. Une pétition a même vu le jour, derrière le hashtag #NoëlSansAmazon, dans laquelle des élus de gauche et écologistes, des personnalités du monde de la culture et des associations s'engagent à ne pas recourir à la plateforme Amazon pendant la période de Noël.

Le directeur général d'Amazon France, Frédéric Duval, a même dû aller au front et écumer les studios de radios ou de télévisions ces derniers jours pour défendre son entreprise. La branche française de la société a d'ailleurs accepté de décaler le fameux "Black Friday" au 4 décembre.

VILAIN PETIT GAFA

Malgré tout, la société est loin d'être exemplaire, et pas seulement parce qu'elle profite naturellement du confinement sur le plan commercial.

Le 10 novembre dernier, la Commission européenne a informé Amazon qu'elle estime, à titre préliminaire, que cette entreprise a enfreint les règles de l'UE en matière de pratiques anticoncurrentielles en faussant la concurrence sur les marchés de détail en ligne. La Commission reproche à Amazon d'utiliser systématiquement les données commerciales non publiques des vendeurs indépendants actifs sur sa place de marché au bénéfice de sa propre activité de vente au détail, qui est en concurrence directe avec celle de ces vendeurs tiers.

La Commission a également ouvert une seconde enquête formelle en matière de pratiques anticoncurrentielles au sujet du possible traitement préférentiel des offres de détail d'Amazon et de celles des vendeurs de sa place de marché qui utilisent les services logistiques et de livraison d'Amazon.

Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive chargée de la politique de concurrence, s'est exprimée en ces termes: «Nous devons veiller à ce que les plateformes jouant un double rôle et détenant un pouvoir de marché, comme Amazon, ne faussent pas la concurrence. [...] Les conditions de concurrence sur la plateforme d'Amazon doivent également être équitables. [...] Avec l'essor du commerce électronique, et Amazon comme principale plateforme dans ce domaine, il est important que tous les vendeurs bénéficient d'un accès équitable et non faussé aux consommateurs en ligne.»

Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la politique de concurrence / © JOHANNA GERON / POOL / AFP

Par ailleurs, Amazon fait l'objet de nombreuses critiques sur le terrain de la fiscalité, en particulier en France. La fameuse "taxe Gafa", qui vise à faire contribuer davantage les géants américains aux impôts sur les sociétés, est un cheval de bataille du ministre français de l'Économie. Bruno le Maire a décrit Amazon, Google, Apple et Facebook comme des "ennemis de l'État".

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DES EMPLOIS, CERTES, MAIS QUELS EMPLOIS?

Enfin, Amazon n'a pas très bonne réputation sur la question des conditions de travail.  Environ 2.500 salariés allemands du géant américain se sont mis en grève ce jeudi 26 novembre à l'occasion des soldes du "Black Friday" pour demander de meilleures conditions de travail, à l'appel du syndicat Ver.di qui a salué un "succès".

Débuté dans la nuit de mercredi à jeudi, le mouvement devait se prolonger jusqu'à samedi, avec pour objectif de perturber ce vendredi l'opération de soldes "Black Friday".

Le syndicat Ver.di estimait jeudi à "environ 2.500" le nombre de grévistes dans toute l'Allemagne.

Ce climat de défiance à l'encontre du géant américain n'a pour l'instant pas d'incidence sur son rayonnement, mais d'ici à ce qu'apparaisse sur la scène médiatique une "Greta Thunberg de l'e-commerce", il n'y a peut-être qu'un pas...

AMAZON SE DÉFEND

Face à cette vague déferlante de "bad buzz", le siège luxembourgeois de la société a tenu à réagir. Voici le communiqué que la société a fait parvenir à RTL 5minutes, en réaction aux protestations évoquées plus haut:

"Il s’agit d’une série d’affirmations trompeuses provenant de groupes mal informés ou poursuivant leurs intérêts personnels et qui utilisent le nom d’Amazon pour promouvoir leurs propres causes. Amazon a une solide expérience en matière de soutien à nos employés, nos clients et nos communautés, notamment en fournissant des conditions de travail sûres, des salaires compétitifs et des avantages sociaux importants, en s’engageant à lutter contre le changement climatique grâce au Climate Pledge qui vise l’objectif  « zéro carbone » d'ici 2040 ainsi qu’en payant des milliards d'euros d'impôts dans le monde."

Quant aux procédures initiées par la Commission européenne, là encore Amazon a un axe de défense: "Nous sommes en désaccord avec les affirmations préliminaires de la Commission Européenne et nous ferons tout notre possible pour nous assurer qu’elle ait une parfaite compréhension des faitsAmazon représente moins de 1 % du marché mondial du commerce de détail, et il y a des détaillants plus importants dans chacun des pays où nous sommes présents."