Compréhensifs d'un côté, déçus de l'autre, les restaurateurs luxembourgeois accueillent avec amertume la décision gouvernementale et doutent d'une réouverture le 15 décembre.

Dernière soirée d'ouverture pour les cafés et restaurants du Luxembourg, contraints par les nouvelles restrictions entrées en vigueur ce jeudi, de fermer les rideaux pour 20 jours. Juste avant que ne tombe le clap de fin, mercredi soir, les tables étaient bondées dans la capitale, mais aussi à Esch-sur-Alzette ou à Moutfort.

Depuis que le Premier ministre, Xavier Bettel, avait annoncé la couleur lundi, "honnêtement, on s'y attendait", glisse Florence Lallemant, gérante du restaurant "La Boucherie". Installée Place d'Armes en plein cœur de la capitale, la maison a fait le plein, mercredi soir, tout comme de nombreux restaurants dans le pays.

Déjà touchés de plein fouet par le premier confinement, les gérants de café et de bonnes tables, n'ont pas eu plus de choix cette fois: "Il faut accepter la situation. Le gouvernement sait les décisions qu’il faut prendre. On voit bien que les chiffres du covid ont augmenté", estime Renato Favaro, le chef étoilé du restaurant "Cômo", à Esch-sur-Alzette.

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© Domingos Oliveira

Forcément "on est un peu déçu de s'arrêter sur cette belle lancée", avoue Cyril Molard, le chef de l'étoilée "Ma langue sourit" à Moutfort qui "n'est pas tout à fait d'accord" avec la décision. Elle pénalise une fois de plus le secteur horeca alors même que "ça va être une folie dans les commerces avec le Black Friday".

João Ramos, gérant du Chiggeri, un resto dans la Ville-Haute à Luxembourg ne cache pas sa grande déception: "On a tout fait pour ne pas fermer en remplissant toutes les exigences sanitaires et on ne veut pas fermer ! On trouve ça très triste et on ne sait pas combien de temps cette situation va encore durer".

"C'est injuste!" aux yeux de Florence Lallemant qui - comme tous ses confrères - a "énormément investi" en plexiglas, en gel hydroalcoolique et autres masques. Elle vit ce deuxième couperet comme une épreuve: "C'est très dur, car on ne sait pas si on va tenir. Mon mari et moi-même sommes indépendants et la franchise ne nous aide pas du tout".

Une période plutôt faste même si nombre de confrères, qui étaient habitués à faire plus de couverts à midi que le soir, ont crucialement ressenti l'absence des frontaliers qui télétravaillent.

PLATS A EMPORTER... QUAND C'EST POSSIBLE

La loi permet toutefois de continuer à servir les clients mais pas à directement à table. "On va proposer des plats à emporter, comme au printemps lors du premier confinement. On est bien organisé et j’ai la chance de pouvoir compter sur une super équipe. Certains vont prendre une semaine de vacances, d’autres seront au chômage partiel. Je sais qu’en cas de besoin, je peux les appeler le matin pour venir me donner un coup de main durant quelques heures", assure Renato Favaro.

Cyril Molard ne choisit pas l'option pour des raisons économiques, car pour "valoriser les salaires, il faut déjà faire beaucoup de plats à emporter. Le seul que nous ferons est prévu pour le 23 décembre: un joli menu de Noël qui représentera bien notre maison".

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Le plat à emporter est hors de question pour "La Boucherie" car "c'est très compliqué quand on sert  de la bonne viande et puis ce n'est pas rentable", a déjà testé Florence Lallemant. Comme à Moutfort où les 15 salariés resteront chez eux, ses 17 employés sont désormais en chômage partiel.

BEAUME AU CŒUR ET CRÈVE-CŒUR

Renato Favaro préfère toutefois voir le verre à moitié plein: "On était déjà content de pouvoir continuer notre activité, contrairement à nos pays voisins comme la France, où les restaurants sont fermés au moins jusqu’au 20 janvier". 

La gérante de "La Boucherie" dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas: "Je suis sceptique sur la date de réouveture fixée au 15 décembre". Vingt jours à tenir, théoriquement, durant lesquels "on va réfléchir sur la suite, l'avenir, les menus, l'amélioration de l'outil de travail", temporise Cyril Molard.

Tous les restaurateurs le savent, 2020 "restera de toute façon une année très difficile", comme le résume Renato Favaro. Et tous ont le même secret pour continuer à y croire malgré les difficultés à répétition: "Les clients fidèles, c'est ce qui fait plaisir", glisse Florence avant d'éteindre la lumière.

"L'enthousiasme des clients qui ont envie de venir nous donne de l'espoir", confesse volontiers Cyril Molard. La fermeture imposée par la situation pandémique est d'autant plus un crève-cœur pour le chef doublement étoilé que tous les services étaient complets jusqu'à Noël.