La crise n'a pas fait plier le marché immobilier luxembourgeois. Bien au contraire! Échange avec un expert des prêts immobiliers sur le problème n°1 des résidents: le logement.

L'envolée des prix de l'immobilier, le coronavirus, les taux d'emprunt exceptionnellement bas... Dans un secteur aussi complexe que le marché de l'immobilier luxembourgeois, RTL 5minutes tente de vous aider à y voir plus clair. Nous avons échangé avec Vincent Quillé, managing director chez Nexfin, un courtier en prêt immobilier, pour évoquer le marché luxembourgeois et les conditions de prêt en 2020, après la crise sanitaire. Voici le premier volet de notre entretien.

Question: M. Quillé, constatez-vous que la crise sanitaire du printemps a fait évoluer la mentalité des acheteurs?

Réponse: "Chez Nexfin, nombre de nos clients sont des expatriés. Ils ont une certaine possibilité d'achat par rapport à d'autres résidents. Malgré la crise, notre clientèle est toujours là. Il est clair qu'il y a un avant et un après, notamment au niveau du comportement des clients. On sent que les clients ont plus de questions sur le marché en général, ce qui était moins le cas avant. Ils avaient confiance dans le marché à Luxembourg, mais en sortie de crise, nous avons eu beaucoup de questions: "Dois-je acheter maintenant? Est-ce qu'il vaut mieux attendre? C'est quoi votre ressenti?" On a eu beaucoup plus d'interrogations relatives au marché, peut-être plus que sur le financement. Malgré tout, les gens achètent. Le marché est là, les acheteurs sont là. On ne sent pas vraiment de réticence. Il y a un questionnement mais la décision est toujours là."

Q.: Il y a une plus grande crainte concernant les achats?

R.: "Il y a un questionnement mais l'engouement est toujours là. Du côté des banques, c'est sûr qu'il y a un peu plus de restrictions. Certaines vont clairement demander plus de fonds propres, elles vont faire plus attention au taux d'endettement... Les prix étant ce qu'ils sont, les dettes générées sont très importantes, avec des mensualités très élevées. On va donc se concentrer davantage sur la qualité ou l'ancienneté professionnelle, sur le risque de perte d'emploi... Ça va peser sur la décision d'octroi d'un prêt. Les banques font plus attention à la valeur des biens."

Q.: Les risques sont trop élevés?

R.: "Le risque bancaire, c'est le bien en lui-même, car les banques prennent une garantie sur ce bien. Si le bien est trop cher, elles vont refuser le financement ou demander aux clients de contribuer sur fonds propres. Toutefois, il ne faut pas oublier que les banques ne veulent pas mettre les gens en difficulté, elles ne vont pas hésiter à dire non si elles estiment que les revenus sont trop limités."

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Q.: Comment les acheteurs ont-ils réagi à la crise?

R.: "Chez Nexfin, je constate que nous avons moins de demandes de crédit pour des investissements locatifs. Ce n'est pas forcément étrange. Très souvent, ces investisseurs ne passent pas par des courtiers. Mais il y a un an, on avait encore de jeunes investisseurs qui, eux, consomment du courtage. Aujourd'hui, ils se positionnent moins car c'est très demandeur en "cash". Être un nouvel entrant sur le marché locatif, ce n'est pas simple.

Par contre, on a plus de "home sizing": ce sont des personnes qui ont 40 ans, qui avaient un appartement, ont fait une très belle plus-value et vont acheter une maison. Du fait de ce qu'il s'est passé, du confinement, on constate qu'ils veulent être bien chez eux. Ils vont se diriger vers d'autres biens. Plutôt que de se dire "Je veux vivre en ville, même si c'est dans un petit appartement, je veux être citadin", ils vont plutôt penser en termes de confort: "J'ai besoin d'être bien chez moi, je ne suis plus à l'abri d'être coincé chez moi, je veux un espace extérieur à moi"."

Q.: Est-ce la crise qui a amplifié cette volonté d'être "bien chez soi"?

R.: "Je trouve que c'est quelque chose qui s'est amplifié. Les gens le disent: "Je veux un jardin. Je veux une terrasse. Je veux avoir de la place chez moi." Il est clair que lorsqu'on vit en ville, on n'a pas ça. Il n'y a que quelques personnes qui peuvent se l'offrir."

La suite de notre entretien, consacrée aux difficultés rencontrées aujourd'hui lors de l'achat d'un logement, est à lire ici.

RTL

Vincent Quillé est "managing director" chez le courtier Nexfin. / © Nexfin