Quand il s'agit de mobilité, le monde ferait bien de s'inspirer du Luxembourg. Après notre série "Luxembourg, prends-en de la graine", place à notre série "Luxembourg pionnier".

En 2020, le Luxembourg est devenu le premier pays du monde à rendre l'ensemble de ses transports publics gratuit pour tous. Une mesure qui a attiré l'attention de la presse du monde entier et qui a soulevé la question de la faisabilité d'un tel projet dans d'autres pays européens. 

Car la mobilité gratuite a un prix. En effet, pour la mettre en place le gouvernement luxembourgeois a dû faire une croix sur un budget de 41 millions d'euros. Un montant qui correspond aux recettes annuelles venant de la vente des billets de train, de bus et de tram. 

"Compte tenu des sommes investies dans d'autres domaines tels que les infrastructures, ce montant est plutôt faible et permet au Luxembourg de mettre en œuvre la mesure plus facilement que dans d'autres pays" explique le site des transports publics luxembourgeois. 

C'est un des facteurs qui a permis au Grand-Duché de franchir le cap. Et si le Luxembourg reste actuellement le seul pays au monde à avoir introduit la mobilité gratuite, l'idée n'est pourtant pas nouvelle. Des villes telles que Talinn (Estonie), Dunkerque, Aubagne (France), Hasselt (Belgique) ou encore Templin (Allemagne) l'avaient déjà introduite avant et en avaient tiré des conclusions très positives.

On sait par exemple que la gratuité a réussi à convaincre de nombreux automobilistes de passer à une mobilité plus douce, que les transports ne sont pas devenus moins sûrs et qu’elle a contribué à réduire les émissions de carbone malgré un impact décrit comme "limité".

Des constats qui serviront de référence aux instances luxembourgeoises lorsque l’heure du bilan aura sonné. En effet, le pays ne pourra tirer qu’un constat faussé des bienfaits de la gratuité au vu des circonstances : pandémie, confinement puis peur de la contamination dans les transports publics.

"Le confinement nous a plongé dans le néant", affirme le ministre de la Mobilité, François Bausch qui nous a confié que les mois d’avril, mai et juin seront "à oublier" en termes de fréquentation des transports publics. "Et ça va continuer", ajoute-t-il. Et le ministre a probablement raison si l’on considère les chiffres récents des infections au Luxembourg. Mais cela ne l’empêche pas d’être optimiste : "Je m’attends à une augmentation massive (des fréquentations) après la crise."

François Bausch promet "un premier grand saut"de la mobilité luxembourgeois dès le mois de décembre 2023. "La transformation de la Gare centrale sera achevée, la ligne des chemins de fer à Bettembourg sera terminée, la gare d'Howald sera finalisée, certains P+R seront achevés et la liaison du tram entre Findel et la Cloche d'Or sera finie", explique-t-il.

Un premier "saut" qui sera suivi par un autre d’après le ministre. D’ici 2030, il s’attend à ce que le Luxembourg devienne "un modèle de l’organisation de la mobilité". Il compte notamment sur l'aboutissement de projets tels que le tram rapide entre Esch et Luxembourg pour qu'un changement de comportement s'amorce au Grand-Duché.

Pour le ministre, la gratuité des transports publics n’est qu’une étape d’une "transformation" qui a été entamée "il y a sept ans" au Grand-Duché. Effectivement, le Luxembourg a investi massivement dans ses transports publics ces dernières années.

RTL

Le tram rapide et le couloir multimodal qui doit longer l'A4 / © Ministère de la Mobilité

Rien que pour 2021, 547 millions d'euros sont prévus pour des investissements dans le domaine de la mobilité et du climat. Un investissement qui s'inscrit dans la stratégie globale du gouvernement qui avait annoncé en mars que 3,2 milliards d'euros allait être dédiés à l'accroissement du réseau ferroviaire jusqu'en 2027.

"On a lancé une nouvelle dynamique qui va apporter un changement de comportement", affirme François Bausch qui est convaincu que "le Luxembourg aura un autre visage en 2030". Le ministre s’attend à ce que les nouvelles infrastructures entraînent une amélioration de l’espace urbain à la Gare et à Esch mais pas seulement.

François Bausch explique qu’en reliant "les nerfs économiques du pays (Esch et Luxembourg)" à l’aide du couloir multimodal, l’attractivité économique du pays va augmenter. Il prédit également un "impact écologique important" lié aux alternatives qui existeront à la voiture particulière lorsque tous les chantiers du ministère seront achevés.

Et s’il va falloir attendre quelques années avant que tous ces projets soient menés à terme, une première étape importante a d'ores et déjà été franchie en décembre avec l’arrivée du tram à la gare centrale. De quoi permettre aux adeptes de la mobilité luxembourgeoise de se projeter en imaginant ce que deviendra le circuit luxembourgeois à l’horizon 2030.

Couplée à une stratégie d’investissement ambitieuse, la gratuité des transports publics a fait du Luxembourg une référence en matière de mobilité. Un modèle "transposable aux grandes villes telles que Paris, Berlin ou encore Lyon" d’après François Bausch qui est d’avis "qu’il faut continuer dans cette direction". Et vous?

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