Au Luxembourg, le conseil supérieur des maladies infectieuses considère désormais que les femmes enceintes sont "vulnérables" face au virus. Pourquoi ce changement récent, et avec quelles conséquences?

C'est une modification récente qui est passée un peu inaperçue: "La semaine dernière, il y a eu une nouvelle consigne du Conseil supérieur des maladies infectieuses, qui recommande désormais d'inclure toutes les femmes enceintes dans la catégorie des personnes vulnérables" à la Covid-19, confirme à RTL 5minutes Pit Duschinger, président de la Société luxembourgeoise de gynécologie et d'obstétrique.

Pourtant, on savait déjà, avant même l'apparition de la Covid-19, que les femmes enceintes sont en général plus vulnérables aux complications infectieuses et aux pathologies respiratoires.

Alors pourquoi avoir autant attendu pour considérer les femmes enceintes comme "vulnérables"? Dans son avis mis à jour en septembre dernier, le Conseil rappelle qu'au début de l'épidémie de coronavirus, "l’absence de données scientifiques solides" et la "rapidité avec laquelle l'infection a progressé" avait plongé les experts dans l'incertitude.

Mais les temps ont changé, poursuit-il: "À ce jour, même si plusieurs publications disponibles concernant les infections au SARS-CoV-2 chez la femme enceinte ne semblent pas indiquer des taux d’infection plus élevés, ni de risque majoré de complications chez la femme enceinte par rapport à la population générale, quelques études [...] montrent un risque accru d’admission aux soins intensifs (sans risque accru de mortalité)".

Bref, pas de quoi paniquer, mais en vertu de ces nouvelles connaissances, le Conseil estime qu'"inclure les femmes enceintes dans la catégorie des personnes vulnérables à la COVID-19 permet de minimiser leur risque d’infection pendant la grossesse".

QU'EST-CE QUE CELA VA CHANGER, CONCRÈTEMENT?

Le Conseil émet trois recommandations:

  • Minimiser le risque d’infection pendant la grossesse (application stricte des gestes barrières et éviction des situations à risque élevé d’infection)
  • Assurer un suivi obstétrical rapproché en cas d’infection à la Covid-19,
  • Optimiser la prise en charge lors de l’accouchement en termes de contrôle d’infection (y compris néonatal).

Pour autant, les femmes enceintes doivent-elles forcément, du fait de cette modification, rester à la maison pour éviter de s'exposer au coronavirus? Bien sûr que non, rassure Pit Duschinger, qui explique qu'il est inutile de se précipiter chez son gynécologue pour cela: "Cela ferait de longues discussions pour décider de ce qu'elles doivent faire ou non, notamment vis-à-vis de leur travail, alors que le gynécologue ne connait pas les circonstances exactes et les risques de ce travail".

Donc, poursuit-il, des discussions ont eu lieu avec le Ministère de la Santé, "qui nous a recommandé d'orienter d'abord les femmes enceintes auprès de leur employeur, qui, je tiens à le rappeler, a une obligation de protéger ses employés", y compris face aux risques de la Covid-19. Et si l'employeur ne veut ou ne peut prendre la décision, "il pourra envoyer son employée à la médecine du travail qui prendra la décision" de la dispenser de travail si besoin.

Bien sûr, le gynécologue, comme d'autres médecins, reste habilité à dispenser la femme enceinte de travail si la situation le justifie.

QUEL RISQUE POUR LE BÉBÉ?

Autre sujet d'inquiétude des futurs parents, le risque d'infection de l'enfant pendant la grossesse.

Dans son avis, le Conseil affirme que les effets de la Covid-19 pendant la grossesse sur l'enfant à naître "ne sont pas encore complètement compris, surtout en ce qui concerne les infections pendant le premier trimestre, la plupart de données concernant des infections pendant le deuxième et troisième trimestre de grossesse. À ce jour, il n’y a pas d’effet tératogène décrit et le potentiel tératogène semble peu probable par analogie aux infections aux autres coronavirus. Quelques naissances prématurées ou avec des retards de croissance intra-utérine ont été observés, mais leur lien avec la COVID-19 reste indéterminé et sans preuve d’un risque accru par rapport aux grossesses sans COVID-19".

Bref, une fois encore, c’est avec plus de recul et le cumul d’observations que les conclusions deviendront plus solides, conclut le Conseil.