Le plomb est un métal très polluant, rappellent des députés déi Gréng. Mais il reste souvent utilisé pour des activités comme la chasse et la pêche, constate la ministre Dieschbourg.

Vous connaissez sûrement la devinette: entre un kilo de plomb et un kilo de plume, lequel est le plus lourd? Aucun, évidemment, les deux pèsent un kilo...

Pourtant, cette règle n'est pas toujours exacte. Car au niveau environnemental, le plomb a un impact bien plus lourd que les plumes... notamment lorsqu'il finit dans la nature après une partie de chasse ou de pêche.

Comme les députés François Benoy et Stéphanie Empain (déi Gréng) le rappellent, le plomb sert à la fabrication de munitions pour la chasse et d'articles de pêche. Mais ce que l'on connait moins, ajoutent les deux écologistes, c'est le bilan environnemental de ce métal (lire ci-dessous).

Dans une question parlementaire, ils ont donc demandé à la ministre de l'environnement Carole Dieschbourg plus de détails sur ce sujet.

CHASSE : LE PLOMB EST-IL VRAIMENT IRREMPLAÇABLE?

Au Luxembourg, un règlement grand-ducal interdit "l'emploi de la grenaille de plomb dans et à moins de 30 mètres des marais, lacs, étangs, réservoirs, rivières et canaux."

Mais sinon, le plomb est un composant fréquent de la plupart des balles utilisées pour la chasse: "La quantité de plomb introduite dans l'environnement pendant la chasse est estimée à environ 550 kilos par an" écrit Carole Dieschbourg. Une quantité qui "n'a que légèrement augmenté ces dernières années, en raison du nombre plus élevé d'individus des espèces de gibier abattus".

Pour ce qui est de l'impact environnemental, c'est plus difficile à évaluer car "il s'agit d'une contamination très ponctuelle". Les analyses réalisées chaque année sur des animaux domestiques et sauvages, n'ont jusqu'à présent présentées "aucune tendance anormale" en rapport avec le plomb. "Cependant, au niveau des stands de tir, des contaminations en plomb et autres métaux lourds dépassant les seuils actuellement appliqués ont déjà été constatés dans le passé. Les stands de tir sont ainsi considérés comme des sites contaminés ou des sites potentiellement contaminés". Bref, "les balles de plomb sont très discutables d'un point de vue écotoxicologique".

Sauf qu'on ne sait pas vraiment les remplacer, ajoute-t-elle: "les balles alternatives, telles que les balles de cuivre, montrent aussi des violations des valeurs limites dans des études, et donc ne représentent pas vraiment une alternative idéale."

Sur ce point, les écologistes voient pourtant une alternative: "Le bulletin technique de l’Administration de la nature et des forêts en matière de gestion de la faune sauvage et de chasse datant de 2014 a traité de l’utilisation des munitions au plomb. Est noté que la performance de balles à base non toxique est équivalente à celle des munitions au plomb et que l’efficacité et la sécurité d’un tir dépend plutôt de l’habilité et de l’entraînement du tireur que de la munition utilisée." Le bulletin estime même que "l’utilisation exclusive de munitions alternatives serait un moyen relativement facile à mettre en œuvre, et la possibilité devrait être saisie".

PÊCHE: LE PLOMB, UN SUJET VASEUX... 

Du plomb peut aussi se retrouver dans la nature à cause de certains articles de pêche, comme les plombs destinés à lester des lignes. / © Pixabay

L’utilisation de plomb pour l’activité de la pêche (par exemple sous forme de billes pour lester la ligne) n’est pas interdite au Luxembourg, rappelle la ministre.

Mais pour ce qui est de l'impact de ce métal sur les écosystèmes aquatiques, il n'existe pas de données, admet la ministre, car aucune étude spécifique sur le sujet n'a été réalisée. Du coup, une estimation "de la quantité de plomb introduite dans l’environnement luxembourgeois à travers cette activité récréative s’avère impossible".

Certes, l’Administration de la gestion de l’eau réalise un programme de surveillance dans les eaux de surface, et "les dépassements de la valeur limite pour la moyenne annuelle sont rarement observés". Mais, confirme cette Administration, "le taux d’intoxication par le plomb présent dans le matériel de pêche n’a pas été évalué ni documenté dans la cadre d’une étude ou recherche scientifique au Luxembourg. Il s’avère donc difficile d’évaluer au niveau national, l’impact du plomb originaire des articles de pêche sur les organismes de la faune et la flore aquatique de manière générale."

QUELQUES CHIFFRES

En 2018, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) estimait "que plus que 14.000 tonnes de plomb sont dispersées chaque année dans l’environnement terrestre de l’Union européenne par le biais de munitions, ainsi que 2.000 à 6.000 tonnes à travers de pesées en plomb pour lignes de pêche. Par ailleurs, 5.000 tonnes de plomb seraient rejetées chaque année dans les zones humides de l’UE dans le cadre de la chasse et d’activités sportives de tir en plein air" rapportent les députés déi Gréng.

D'ailleurs, selon l’ECHA, la majorité des munitions utilisées pendant la chasse n’atteignent pas leur cible. Les "restes" des munitions, ainsi que les poids pour lignes de pêche s’ayant détaché accidentellement, se propagent dans l’environnement et peuvent être ingérés par inadvertance par des oiseaux, ce qui serait assez courant chez des espèces comme les canards et les cygnes. Dans l’Union européenne, "environ un million d’oiseaux d’eau meurt d’une intoxication par le plomb chaque année".

Et les humains peuvent aussi être des victimes collatérales: "l’ingestion de résidus de plomb présent dans le gibier abattu au moyen de munitions au plomb peut également affecter la santé humaine."

En octobre 2019, l'ECHA avait d'ailleurs "soumis son intention de limiter l’utilisation du plomb dans les munitions et dans les articles de pêche. La restriction portera sur l’utilisation du plomb dans les fusils de chasse utilisés sur des terrains autres que les zones humides, dans les cartouches utilisées à la fois dans les zones humides et sur des terrains autres que les zones humides, ainsi que dans les articles de pêche."