Si le Luxembourg peut être considéré comme un pays pionnier dans certains domaines, il pourrait apprendre une ou deux choses du Portugal. Découvrez notre quatrième épisode de la série "Luxembourg, prends-en de la graine".

En 2000, le Portugal a décriminalisé la consommation individuelle de toutes les drogues. L'idée étant d'aider plutôt que de sanctionner les consommateurs qui sont depuis considérés comme des malades plutôt que des criminels.

Une politique qui, on le sait aujourd'hui, a porté ses fruits. Le Portugal qui détenait le record européen de morts du Sida à la fin des années 90 et dont près d'1% de la population était accro à l'héroïne a réformé son système juridique et de santé publique.

Résultat: le taux de décès lié à la drogue est aujourd'hui cinq fois plus faible que la moyenne européenne (4 morts par million), le Portugal a divisé le nombre de nouvelles infections au VIH par 18 et le pays compte deux fois moins d'héroïnomanes qu'en 1999.

ET AU LUXEMBOURG? 

Au Luxembourg, les nouvelles ne sont pas forcément mauvaises. Elles sont même plutôt bonnes. Le taux de décès lié aux drogues est en baisse, les nouvelles infections au VIH aussi et le Luxembourg affiche une des couvertures les plus élevées de distribution de seringues stériles par usager en Europe.

Et si le taux de décès lié aux drogues reste supérieur à celui du Portugal, le Grand-Duché reste bien en dessous de la moyenne européenne avec un taux qui s’élevait à 23 morts par million en 2019. Et pour cause, le pays a déjà fait un pas vers la prise en charge des toxicomanes en ouvrant des structures comme l'Abrigado et en donnant un cadre légal aux salles de shoot dès 2001.

Cependant, le Luxembourg a connu d'autres problèmes liés à la drogue ces dernières années. En effet, entre 2014 et 2017, le Grand-Duché a connu une flambée des cas de séropositivité parmi les toxicomanes du pays.

De quoi déclencher une campagne de dépistage qui a révélé qu'un toxicomane (PWID) sur 10 était séropositif et que trois quarts d'entre eux étaient positifs à l'Hépatite C. Des statistiques qui ont fait du Luxembourg une des lanternes rouges de l'Union européenne en la matière.

Heureusement, le nombre de nouvelles infections a significativement baissé depuis. En 2018, le Grand-Duché ne recensait plus "que" 4 nouvelles infections au VIH contre 21 en 2016. Interrogé au sujet de cette épidémie, le coordinateur national "drogues", Dr. Alain Origer nous a confirmé que la situation était désormais "sous contrôle".

Cependant, si le Luxembourg va bel et bien dans le sens de la prise en charge des toxicomanes en affichant par exemple l'un des taux les plus élevés d'usagers d'opioïdes bénéficiant d'un traitement de substitution en Europe, le problème de la pénalisation des consommateurs reste entier.

DIRECTION LA "CASE PRISON"

Le Grand-Duché n'ayant pas dépénalisé la consommation individuelle et la possession de drogues dures, nombreux sont les toxicomanes qui finissent incarcérés. En effet, d'après l'EMCDDA, les délits liés à la drogue sont ceux qui mènent le plus souvent à l'emprisonnement au Luxembourg.

Des délits qui représentaient un cinquième des admissions en prison pour les hommes et presque un tiers des admissions pour les femmes en 2017. Et, si l'on se fie à un rapport récent du ministère de la Santé, "la majorité des prévenus ont été impliqués dans la possession ou l’usage personnel, alors que seule une faible proportion des prévenus a été impliquée dans l’approvisionnement ou le trafic de drogues".

Ce qui signifie que ce sont majoritairement les consommateurs et non les dealers qui se confrontent à des suites pénales au Luxembourg. Une approche punitive qui se démarque complètement de la politique portugaise. Un constat qui semble indiquer que le système carcéral luxembourgeois pourrait également bénéficier d'une législation "à la portugaise".

Et pourtant, interrogée à ce sujet lors de la présentation du "Plan national drogues illicites 2020-2024", la ministre de la Santé a insisté sur le fait qu'une dépénalisation de la consommation de drogues "n'était pas dans l'agenda de ce gouvernement".

"LE PORTUGAL A RÉAGI À UNE URGENCE"

Pourquoi? La réponse, c'est le docteur Alain Origer qui nous l'a fournie. Il explique que "le Portugal a réagi à une urgence: le pays avait le taux de VIH le plus élevé d'Europe, la situation sociale était désastreuse et près d'1% de la population consommait des opiacés." 

"Ils ont créé un modèle qui collait pour eux, mais la dépénalisation ne fait pas tout. C'est le 'paquet' (comprenant le développement de la prévention et la prise en charge des toxicomanes) qui a marché" précise-t-il.

Un modèle qui ne marcherait pas forcément au Grand-Duché d'après lui: "Il faut faire la part des choses et il faut prendre en compte le contexte et actuellement, au vu des chiffres, la situation n'est pas alarmante au Luxembourg."

"Soyons clairs, on aura toujours trop de personnes qui sont dépendantes de drogues illicites, mais le projet de réglementation du cannabis est déjà un très grand pas et un projet très complexe. Un pays ne peut pas tout faire en même temps" souligne le Dr. Origer.

En effet, le gouvernement planche actuellement sur la législation qui encadrera la légalisation du cannabis lorsqu'elle entrera en vigueur au Luxembourg. Un projet qui a dû être retardé à cause de la pandémie de coronavirus.

En attendant, on sait que si le Luxembourg ne compte pas suivre l'exemple du Portugal, il va dans le sens d'une meilleure prise en charge des toxicomanes. Et si le Dr. Origer est le premier à admettre que le système luxembourgeois est "perfectible", les chiffres semblent indiquer que le Grand-Duché s'en sort va dans la bonne direction.

A lire aussi: 

Sécurité routière: le Luxembourg pourrait s'inspirer du Danemark
Éducation: le Luxembourg pourrait s'inspirer de la Finlande
- Pollution plastique: le Luxembourg pourrait s'inspirer du Vanuatu