Alors que la polémique bat son plein, des résidents du quartier de la Gare ont accepté de témoigner pour nous faire part de leurs angoisses mais aussi de ce qu'ils aiment dans ce quartier. Aujourd'hui, c'est Carole, résidente de la rue de Strasbourg qui témoigne.

NDLR: Alors que le quartier de la Gare est à nouveau au centre de l'attention avec l'arrivée d'agents de sécurité privée pour rassurer badauds et résidents, nous republions le dernier des trois témoignages de ses habitants réalisés en juillet 2020. Les deux autres témoignages sont disponibles ici et .

La rue de Strasbourg est précédée par sa réputation. Sans y vivre, la plupart des résidents du Grand-Duché savent que cette rue est parfois le spectacle de scènes incongrues et de trafics illégaux. La semaine dernière, nous nous entretenions justement avec une résidente qui nous a donné une idée des défis qu'elle affronte au quotidien.

Aujourd'hui, nous donnons la parole à Carole (prénom d'emprunt) qui, elle aussi, vit dans la rue de Strasbourg depuis maintenant 12 ans. Très directe, elle commence par nous confirmer "qu'on retrouve souvent des déjections humaines, des seringues ou encore des préservatifs dans la rue le matin". 

Elle nous confirme aussi que des sans-abris à la recherche d'un endroit chaud où dormir s'introduisent régulièrement dans les immeubles de la rue. Carole ne nie pas non plus les activités illégales qui s'y déroulent, ou le fait qu'il faille faire preuve de prudence lorsqu'on se balade dans la rue de nuit.

Là ou son récit se démarque de celui de Lisa, c'est dans son approche des problématiques qui se posent dans la rue. "J'ai souvent vécu dans des quartier où il y avait des prostituées" nous raconte-t-elle en précisant qu'elle a beaucoup voyagé. Et c'est justement ce qui lui fait dire "que ça pourrait être bien pire".

"LES GENS PENSENT QUE LA GARE C'EST LE BRONX"

"Les gens pensent que la Gare c'est le Bronx", commente la résidente. Pour sa part, elle ne se sent pas en danger dans la rue de Strasbourg. Elle sait cependant que c'est dû à ses expériences passées. "Au fil du temps, j'ai appris à me déplacer dans ces quartiers, j'ai appris comment réagir et comment éviter certaines situations désagréables" explique-t-elle.

Elle affirme n'avoir été "embêtée qu'une seule fois en 12 ans" en rentrant chez elle. "Vous savez, les dealers, tout comme les prostituées, sont des très bons physionomistes et je pense que, depuis le temps, ils savent que je vis ici".

La présence de dealers ou de prostituées dans la rue ne semble pas la déranger. Carole considère qu'il faut avant tout s'occuper des personnes dans le besoin qui' d'après elle, sont particulièrement nombreuses dans la rue de Strasbourg.

"Quand on trouve un sans-abri ou un toxicomane dans le hall d'entrée alors qu'il fait -5°C dehors, on fait quoi? On ne va pas appeler la police pour le mettre dehors quand même? La seule solution, c'est de le laisser dormir là ou de le faire hospitaliser" témoigne-t-elle. 

La résidente affirme que ces intrus "sont rarement agressifs" et qu'ils "s'excusent souvent d'être là". Elle rappelle que dans le cas des toxicomanes, "ce sont des personnes malades". C'est pourquoi elle insiste pour qu'il y ait une prise en charge des autorités.

"TANT QU'IL Y AURA DES CONSOMMATEURS..."

Quand on la confronte à la problématique des trafics de drogue dans la rue, Carole nous répond simplement que "tant qu'il y aura des consommateurs, il y aura des dealers". Elle insiste particulièrement sur le fait que les consommateurs ne sont pas seulement ceux que l'on retrouve dans la rue de Strasbourg.

A ses yeux, si le problème est bien réel, elle considère que la situation s'est nettement améliorée ces dernières années. Elle évoque notamment une présence policière accrue et loue la décision d'introduire des agents à pied dans le quartier.

Elle considère que "c'est plus humain et plus agréable. On peut s'adresser aux policiers et s'entretenir avec eux alors que s'ils étaient en voiture, la perception de leur présence serait complètement différente". 
 
Carole nous parle également des services de nettoyage qui passent "deux fois le matin et une fois le soir" afin d'éviter que des enfants ne tombent sur des seringues ou des préservatifs sur le chemin de l'école.

Elle mentionne aussi le barbecue offert par la police aux résidents de la rue chaque année qui est parfois la scène de rencontres improbables entre dealers et agents mais qui reste "une bonne idée" à ses yeux.

LA VILLE DE LUXEMBOURG "DOIT ÊTRE À L'ÉCOUTE"

En somme, la situation n'est pas dramatique aux yeux de Carole qui ne nourrit pas nécessairement d'animosité envers les criminels qui arpentent la rue de Strasbourg.

Si elle devait s'adresser à quelqu'un ce serait plutôt aux représentants de la Ville de Luxembourg qui d'après elle, "abordent très mal les réunions avec les riverains".

"Certains résidents sont en colère et je les comprends", confie-t-elle avant d'ajouter "la moindre des choses c'est d'être à l'écoute. Au lieu de ça, ils se renvoient la balle avec la police et le ministère de la Sécurité intérieure en répétant à tout bout de champ 'on fait ce qu'on peut'".

Pour Carole, si on veut faire changer les choses, il faut d'abord que la rue de Strasbourg change de réputation. Pour ce faire, elle pense que de l'activité nocturne "normale" pourrait faire le plus grand bien au quartier.

Elle soutient que "les dealers n'aiment pas la foule" et comme la rue est actuellement souvent désertée, ils peuvent donner libre cours à leurs activités illégales. Une suggestion qui mérite assurément réflexion.

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