Alors que la polémique bat son plein, des résidents du quartier de la Gare ont accepté de témoigner pour nous faire part de leurs angoisses mais aussi de ce qu'ils aiment dans ce quartier. Aujourd'hui, c'est Lisa, résidente de la rue de Strasbourg, qui se confie.

Cela va faire une vingtaine d'années que Lisa (prénom d'emprunt) vit dans le quartier de la Gare et plus spécifiquement dans la rue de Strasbourg. Une rue connue pour ce qu'il s'y passe la nuit. Un sujet que la résidente n'hésite pas à aborder sans détour.

"Les cambriolages sont récurrents dans notre immeuble. Cette année, nous en avons déjà eu six..." nous raconte-t-elle simplement. Mais ça ne s'arrête pas là. Lisa évoque les sans-abris qui "défèquent dans notre arrière-cour, parce qu'ils n'ont probablement nulle part d'autre où aller", les drogués "qui brisent des fenêtres pour s'introduire dans les immeubles" et l'omniprésence des dealers dans la rue.

"LES FILLES NE ME DÉRANGENT PAS"

Et c'est précisément cela qui dérange Lisa. "Les filles ne me dérangent pas, je suis un peu du même avis que le monsieur que vous avez interviewé hier" nous dit-elle en se référant à la présence de prostituées dans la rue de Strasbourg.

Pour elle, le vrai fléau, ce sont les dealers: "Ils sont agressifs, ils nous menacent et ils approchent des personnes de plus en plus jeunes en leur proposant parfois gratuitement des drogues". Elle nous raconte que sa fille a été l'objet de propositions de ce genre.

Lisa affirme qu'elle comprend que "si les jeunes veulent se droguer, ils y parviendront d'une manière ou d'une autre". Cependant, elle insiste sur le fait que "quand on c'est aussi facile d'accès, ça peut pourrir toute une génération".

C'est pourquoi, à ses yeux, il est impératif qu'il y ait une réaction de la part des dirigeants de la capitale. Caméras, présence policière, brigade spéciale: pour Lisa, toutes les solutions sont bonnes pour venir à bout de la criminalité dans sa rue.

"LES POLICIERS FONT CE QU'ILS PEUVENT"

Elle se souvient qu'après la réunion qui avait été organisée avec les décideurs de la Ville de Luxembourg en 2019, la police patrouillait le secteur très régulièrement.

"C'était le paradis, la police était là tous les jours et les dealers avaient disparu", se rappelle-t-elle. Un bonheur qui a malheureusement été de courte durée. En effet, d'après Lisa, les patrouilles se sont raréfiées après quelques semaines et puis "la police a disparu".

Elle insiste cependant: "En aucun cas je n'incrimine la police! Les policiers font ce qu'ils peuvent et nous avons eu de très bons contacts avec les agents qui patrouillent ici, mais ils sont fatigués". Lisa soupçonne qu'ils sont en sous-effectif et "qu'on ne leur donne pas toujours les moyens de faire leur travail".

Une intervention de police dans le quartier Gare / © Archive RTL

La résidente affirme qu'elle a porté plainte contre un individu qui l'avait agressée et qu'elle l'a revu dans la rue quelques jours après son arrestation. La preuve pour elle qu'un problème systémique existe au sein de l'exécutif à Luxembourg.

DES SOLUTIONS INADAPTÉES

Pour ce qui est des mesures prises pour sécuriser la rue de Strasbourg, Lisa considère qu'elles ne sont pas adaptées. Elle évoque notamment les caméras qui auraient été installées "jusqu'à la moitié de la rue" ou encore la partie de la rue qui a été fermée à la circulation.

"Ces caméras n'ont fait que reporter le problème" plus loin dans la rue assure la résidente avant d'ajouter "je ne comprends pas pourquoi ils n'ont pas installé des caméras tout au long de la rue".

En ce qui concerne la fermeture d'une partie de la rue à la circulation, Lisa explique que c'est une décision qui a été prise au détriment des résidents. "Quand il y avait de la circulation, les dealers se cachaient. Maintenant, ils ont quartier libre... Maintenant, on est seul dans la rue..."

Pour Lisa, c'est la preuve que les décisions sont prises "par des personnes qui ne viennent jamais et qui font des réunions loin du quartier". Elle considère que la Ville de Luxembourg doit investir "avant tout" pour régler le problème d'insécurité qui existe à la Gare.

UN QUARTIER QU'ON AIME MALGRÉ TOUT

Si Lisa ne manque pas d'anecdotes ou de raisons pour critiquer ce qu'est devenu le quartier de la Gare et plus précisément la rue de Strasbourg, elle ne lui voue aucune haine.

"Le jour, c'est le meilleur quartier de Luxembourg" affirme-t-elle en décrivant "il y a une super entente, un magnifique mélange des cultures et les meilleurs commerces."

C'est la nuit que les problèmes surviennent d'après la résidente. Elle explique que certains de ses amis ont désormais peur de venir chez elle. Sa vie sociale en pâtit donc aussi.

Elle rapporte également que les prostituées "travaillent de plus en plus tôt" parce qu'elles aussi auraient peur des dealers qui sévissent dans la rue.

Elle mentionne également les familles pour lesquelles la situation serait devenue "intenable" en espérant que sa voix sera entendue et que des mesures seront prises parce que, pour sa part, elle ne désespère par de retrouver son "paradis de tranquillité et de douceur de vie".

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