Si le Luxembourg peut être considéré comme un pays pionnier dans certains domaines, il pourrait apprendre une ou deux choses du système finlandais. Découvrez notre deuxième épisode de la série "Luxembourg, prends-en de la graine".

Si vous savez ce qu'est le test PISA, vous aurez entendu parler du "miracle" de l'éducation à la finlandaise. Un pays où, il n'y a pas si longtemps que ça, seuls 10% des élèves finissaient l'école secondaire et qui est depuis devenu un exemple dans le domaine de l'éducation. Un miracle qui n'a pu se faire qu'à travers de nombreuses réformes qui ont fait de la Finlande un des pays les plus performants en la matière.

Le système finlandais est relativement simple. Il se base sur la gratuité de la scolarité et du matériel scolaire, un rythme scolaire allégé et, le rêve de tout étudiant, moins d'examens et peu de devoirs à la maison. En effet, dans une école finlandaise typique, un enseignant passe quatre heures à donner des cours par jour. Une moyenne bien inférieure à la moyenne européenne.

DES FINLANDAIS IMBATTABLES

Et depuis une dizaine d'années, les étudiants finlandais finissent systématiquement en tête du classement PISA en sciences, en mathématiques et en lecture. La preuve que le modèle finlandais a du bon alors que le modèle luxembourgeois a du mal à convaincre.

En effet, le Luxembourg a rarement fait bonne figure au test PISA et se trouvait encore en dessous de la moyenne de l'OCDE en 2018. La Commission européenne était même allée jusqu'à constater que les performances des élèves luxembourgeois étaient "systématiquement inférieures à la moyenne de l’UE en mathématiques, en compréhension de l’écrit et en sciences".

Un constat décevant que le ministère de l'Education luxembourgeois a tenu à nuancer avant la rentrée. "Il faut prendre en compte le contexte luxembourgeois" souligne Claude Sevenig, représentante du ministère en charge des relations internationales. Elle explique qu'au Luxembourg "83% des élèves étudient des matières dans une langue qui n'est pas leur langue maternelle". 

Un facteur qui, d'après la représentante du ministère, influe beaucoup sur les résultats des élèves du Grand-Duché au test PISA. Elle ajoute que "le poids des langues (dans l'éducation luxembourgeoise) est beaucoup plus important qu'ailleurs, peut-être au détriment des autres branches".

Mme Sevenig rappelle également qu'un grand nombre d'élèves scolarisés au Luxembourg sont issus de l'immigration et qu'ils doivent donc souvent "apprendre à calculer ou apprendre l'histoire dans une langue autre que la leur".  Mme Sevenig assure cependant que "beaucoup d'efforts ont été faits" pour remédier à ce problème.

Elle se réfère notamment à la prolifération des cursus européens et internationaux au sein des écoles et lycées du pays. Ce qui, à terme, "devrait avoir des répercussions positives sur les résultats des élèves du Grand-Duché au test PISA" d'après Claude Sevenig.

Si l'on en croit la représentante du ministère, le Luxembourg veut proposer une approche plus "individualisée" et "humaine" de l'éducation. Et pour ce faire, elle admet que le Grand-Duché s'est inspiré de "la philosophie plus ouverte et plus ludique des scandinaves".

Mais est-ce le seul aspect de l'éducation "nordique" qui mérite d'être étudié?

UN RYTHME SCOLAIRE À REVOIR?

Quand on pense à l'éducation finlandaise, on pense forcément au rythme scolaire qui est réputé pour être plus léger qu'ailleurs. Et en effet, lorsqu'on se penche sur les données de l'OCDE, on constate le gouffre qui sépare la Finlande du Luxembourg en la matière.

En 2019, le Luxembourg affichait 810 heures d'enseignement par an dans l'éducation primaire et 739 heures dans le secondaire. Un rythme bien plus important qu'en Finlande qui comptait respectivement 677 et 592 heures par an (551 au deuxième cycle du secondaire).

Une différence qui est d'autant plus importante lorsqu'on considère qu'au Grand-Duché, de nombreux devoirs à la maison viennent s'ajouter à ces heures passées en cours.

Un facteur qui peut jouer sur le taux de non-scolarisation dans le deuxième cycle de l'enseignement secondaire qui est très important au Luxembourg. On parle d'un taux proche des 20% ce qui signifie que près de deux élèves sur dix abandonnent leurs études arrivés au bout de leur cycle secondaire. Il n'y a qu'en Colombie ou au Mexique où ce taux est plus élevé.

Un graphique extrait de l'étude de l'OCDE intitulée "Regards sur l'éducation 2019" / © OCDE

Ici encore, Mme Sevenig réagit en déclarant qu'il ne faut pas prendre ces chiffres "tels quels". "Si ce à quoi ils se réfèrent à l'OCDE c'est le décrochage scolaire, le Luxembourg reste en dessous du seuil fixé par l'Union européenne dans son plan 'Education 2020' " affirme-t-elle. La représentante du ministère précise que le taux de décrochage scolaire se situe actuellement à 6% au Luxembourg (le seuil de l'UE est fixé à 10%).

"Évidemment, nous préférerions qu'il soit à 0% mais nous faisons tout notre possible pour permettre à ceux qui ont décroché de reprendre des études plus tard". Elle mentionne notamment le programme "très intéressant" de l'Ecole nationale pour adulte.

En ce qui concerne le rythme scolaire, Mme Sevenig nous a confirmé que l'idée d'alléger les journées des élèves du primaire ou du secondaire "n'est pas envisagée" par le ministère de l'Education. Et cela malgré les nombreuses études qui semblent prouver qu'il est compliqué pour un élève de rester concentré pendant plusieurs heures.

ÉTUDIER AU LUXEMBOURG PEUT COÛTER CHER

Autre problème: le coût des études au Luxembourg. En effet, d'après l'OCDE, c'est au Luxembourg que l'on dépense le plus pour étudier. En 2016, les statistiques indiquaient près de 49.000 dollars de dépenses par an pour un étudiant dans le secondaire et 20.495 dollars par an pour un élève dans le primaire.

Des moyennes qui seraient influencées par les salaires élevés des enseignants, les investissements dans les infrastructures scolaires et les systèmes de soutien scolaire spécialisés d'après Mme Sevenig qui insiste sur le fait que "c'est une bonne chose quand un pays investit dans son éducation".

Enfin, un dernier indicateur peut renforcer l'idée que le Luxembourg pourrait apprendre des choses du système finlandais: le taux d'obtention du baccalauréat. Sur ce plan, le Grand-Duché est devancé par 14 pays européens chez les hommes (72,9%) et 10 chez les femmes (84,6%) dont la Finlande qui a longtemps trôné à la première place du classement de l'UE et de l'OCDE.

Confrontée à ces chiffres, Mme Sevenig a assuré que le taux d'obtention du baccalauréat était actuellement de 83% au Luxembourg et affiché des doutes concernant l'inclusion des bacs techniques dans l'étude de l'OCDE.

Alors faut-il remettre en cause les études de l'OCDE ou le Luxembourg a-t-il réellement des choses à apprendre du modèle finlandais? À vous d'en juger.

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