Si le Luxembourg peut être considéré comme un pays pionnier dans certains domaines, il pourrait apprendre une ou deux choses du Vanuatu. Découvrez notre troisième épisode de la série "Luxembourg, prends-en de la graine".

Le Vanuatu a interdit la fabrication, l’importation et l’utilisation des pailles, des sacs en plastique et des boîtes en polystyrène en 2018. Une initiative qui en a fait un des pays pionniers dans la lutte contre la pollution plastique.

Résultat: les déchets plastiques se font de plus en plus rares sur les plages de l’archipel, les locaux trouvent des alternatives durables aux sacs en plastique et certains réutilisent désormais les objets comme les bouteilles en plastique.

Le Vanuatu est un archipel qui compte actuellement plus de 300.000 habitants, soit la moitié de la population du Luxembourg, et qui évidemment n'est pas confronté aux mêmes problématiques que le Grand-Duché.

Sur l’archipel, la gestion des déchets est un vrai problème. D’après nos confrères de Brut, seuls 30 à 70% des déchets seraient captés par le système de gestion du Vanuatu. Qu'en est-il au Luxembourg?

NON AUX SACS GRATUITS

En 2019, le Grand-Duché a fait un premier pas significatif dans la lutte contre la pollution plastique en interdisant les sacs plastiques gratuits. Une mesure qui aurait réduit de 90% le nombre de sacs plastiques à usage unique qui se trouvent dans les magasins du pays d'après la ministre de l'Environnement.

Mais est-ce suffisant? Quelques jours après avoir dévoilé son Plan de gestion national des déchets (PGND), Carole Dieschbourg nous a accordé une interview lors de laquelle elle a tenu à rappeler qu'en introduisant l'Ecosac en 2004, "le Luxembourg était devenu un pays pionnier" dans la lutte contre la pollution plastique.

Et effectivement, si l'on se fie aux estimations de Valorlux, l'introduction de ces sacs aurait "épargné" la production d'un milliard de sacs à usage unique, 6862 tonnes de plastique et 15,26 millions de litres de pétrole. De quoi faire réfléchir à l'impact qu'auraient des interdictions pures et dures des produits en plastique les plus communément utilisés au Luxembourg.

Quand on soulève la question avec Mme Dieschbourg, sa réponse est nuancée. Si le gouvernement luxembourgeois n'envisage pas de mesures aussi drastiques que l'archipel du Vanuatu, la ministre affirme que de nouvelles étapes importantes vont êtres franchies dans les prochaines années.

DES INTERDICTIONS À VENIR?

En effet, trois lois sont actuellement dans les tuyaux pour introduire une série d'interdictions et des mesures plus restrictives concernant les déchets, les emballages et les produits en plastique à usage unique au Grand-Duché. Parmi elles, on retrouve notamment le renforcement des peines et amendes contre le littering, l'interdiction d'utilisation de certains produits à usage unique comme les préemballages de fruits et de légumes, les gobelets, assiettes, couverts dans les restaurants ou encore les objets à usage unique dans le cadre de manifestations ou de fêtes. L'interdiction de l'utilisation de microplastiques primaires dans les produits cosmétiques et des mesures contre les microplastiques secondaires sont également prévues.

Seul problème: ces lois sont seulement au stade d'avant-projets. Elle doivent donc faire l'objet d'un avis positif du Conseil d'Etat et passer sous la loupe de la commission compétente avant de pouvoir être soumises au vote du parlement national. La route pourrait donc être longue avant que ces mesures ne soient mises en vigueur au Luxembourg. Un problème qui n'en est pas forcément un pour la ministre qui affirme qu'il faut "laisser le temps à la société de se réinventer" afin "d'éviter d'avoir recours à des solutions qui ne sont pas durables".

Carole Dieschbourg se veut ambitieuse. Elle annonce vouloir "aller plus loin que les directives européennes" en termes de pollution plastique et souligne l'importance "d'un recyclage de qualité". Une problématique importante pour le Luxembourg qui affiche un taux de recyclage des emballages plastiques légèrement inférieur à la moyenne européenne (32% contre 32,5%). Un taux qui place le Grand-Duché bien en dessous de la Norvège (45%) mais également bien au dessus de son voisin français (26%).

Dans ce contexte, le ministère s'est fixé de nouveaux objectifs pour les années à venir: le taux de recyclage des emballages plastiques doit atteindre les 50% en 2025 puis 70% en 2030. Pour y arriver, le Luxembourg devra donc littéralement mettre les bouchées doubles. En attendant, des initiatives telles que  "Choose to refuse" ont été implémentées par une cinquantaine d'entreprises du pays et le Luxembourg a intégré la Commission OSPAR dont le Vanuatu fait partie.

Des démarches qui prouvent qu'il y a une volonté d'aller vers une économie circulaire mais qui ne garantissent pas nécessairement l'avancement de la lutte contre la pollution plastique au Grand-Duché.

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