Tout au long de la semaine, RTL 5minutes a recueilli les témoignages de résidents du Luxembourg et des pays voisins confrontés depuis plus de deux mois à la fermeture des frontières.

Considérée comme acquise depuis l'accord de Schengen entré en vigueur en 1995, la liberté de circulation au-delà des frontières nationales a reçu un terrible coup de massue au début de la crise sanitaire, lorsque les gouvernements de plusieurs pays ont décidé de réintroduire des contrôles à leurs frontières et de restreindre les déplacements internationaux.

Partagés entre tristesse, colère et frustration, nombre de nos lecteurs ont témoigné cette semaine sur cette fermeture aussi incomprise que rejetée.

Zoé, une résidente du Luxembourg, nous décrit "un retour en arrière de plusieurs décennies" et une "privation de liberté": "On redécouvre qu'il y avait des frontières, que l'on croyait disparues." Pour les plus jeunes, difficile en effet d'imaginer le temps où voyager dans un pays voisin signifiait un passage par le poste de douane et la présentation de ses papiers. "Pour la sécurité de tous pendant le confinement, ok. Mais maintenant il faut ouvrir" réclame Sandy, résidente en France. C'est même "une injustice" pour Charmotte, qui nous écrit elle aussi de France. Le sentiment de voir Schengen piétiné s'est largement diffusé. Comme si l'Europe avait soudainement rétréci. "Je me sens enfermée" assure Gigi depuis le Luxembourg. "C'est comme si nous étions des animaux en cage au zoo" s'indigne une autre. L'espace Schengen a reçu "une claque" lit-on encore.

SI PRÈS ET POURTANT SI LOIN...

Bien que certains citoyens ont bénéficié d'un laissez-passer (frontaliers, garde d'enfants...) certains résidents du Luxembourg ou de la Grande Région ont véritablement subi l'interdiction de déplacement et se sont retrouvés isolés. Notamment pour les expatriés dont la famille vit dans le pays voisin. Bien que les parents ont droit de se déplacer pour rendre visite à leur enfant dans le cadre d'une garde alternée, les enfants ne peuvent pas changer de pays pour voir leurs parents. "Jeunes, les enfants ont besoin de leurs parents, mais passé un certain âge, les parents ont besoin de leurs enfants..." décrit Fred, de Belgique. "Je n'ai pas pu voir ma mère âgée qui vit seule" confirme Coralie, résidente du Grand-Duché. "Je ne peux pas aller voir mes parents en Meuse" ajoute Luke, lui aussi résident du Luxembourg.

L'absence de contacts représente aussi un sérieux coup de frein aux relations amoureuses. "Je n'ai pas vu ma chérie depuis trois mois" déplore Sandra, une résidente luxembourgeoise. David dit lui se sentir "mal" après trois mois de séparation forcée avec sa copine. Autant de contacts qui ne seront jamais remplacés par les nombreux coups de téléphone et appels en visio passés depuis mars.

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En plus de ne pas voir leurs proches ou leur partenaire, certains sont aussi privés d'une propriété. Une Luxembourgeoise nous parle de "vraie frustration de ne pas pouvoir se rendre dans sa résidence secondaire ne serait-ce pour contrôler son bien ou récupérer ses courriers". "Vivant au Luxembourg mais ayant une seconde résidence en Belgique, tout est devenu problématique" abonde Dan. Dans un autre registre, Monique assure ne pas avoir eu accès à un traitement urgent dont elle avait besoin et qui se trouvait en-dehors des frontières luxembourgeoises.

© Priscilla Du Preez / Unsplash

S'il aurait aimé que les frontières extérieures de l'UE ferment plus tôt avant l'arrivée du virus, Bruno a "vécu la fermeture des frontières intérieures de l'espace Schengen comme une véritable trahison de l'esprit européen". "J'ai l'impression que le nationalisme est en augmentation, triste cette Europe" confie Lili. "Le manque de solidarité dans l'UE m'a frappé! Chacun fait selon ses propres intérêts et, en fermant, séparait les familles! Il serait temps que l'Europe se réinvente et se rappelle le sens de cette Union" gronde un lecteur luxembourgeois.

Difficile en effet de nier que le manque de concertation entre les pays de l'UE a tout à voir avec ce ressentiment. Les restrictions ont été décidées au niveau national, sans consultation des pays voisins. Une mesure rare depuis l'ouverture dans les années 90. Depuis, seuls quelques événements isolés, comme les attentats de novembre 2015 et mars 2016 par exemple, avaient motivé certains Etats à renforcer les contrôles. Désormais, les dirigeants tentent de corriger le tir et de s'entendre sur une réouverture harmonisée le 15 juin. L'Allemagne, la Belgique et la France en feront partie, l'Espagne attendra une semaine de plus.

IL N'Y A PAS QUE DES MÉCONTENTS

Dans cet océan de restrictions, certains n'ont jamais été surpris par la vague. Comme Anne, qui réside en Belgique près de Martelange et n'a jamais été contrôlée lors de ses quelques courtes incursions sur le territoire luxembourgeois. Ou comme Lulu, résident français installé à Wasserbillig et donc autorisé à retourner en France quand il le souhaite. "Faudrait me dire où c'était fermé" glisse astucieusement un Belge. "Il suffit de prendre les bonnes routes..."

Au Luxembourg, Puma a apprécié la fermeture des frontières, arguant que "moins de gens qui passent les frontières = moins de risque de contamination et ceci dans les deux directions".

Charlotte dit elle avoir "très très bien" vécu la fermeture des frontières: "Pour moi ce fut normal, sans discuter." "Ça ne m'a pas trop dérangé" confirment Pierrot et Jessica. Et si la situation n'était pas toujours rose pour tout le monde, il fallait bien s'adapter: "Un peu difficile pour la famille, mais nous sommes très bien et en sûreté au Luxembourg" détaille un lecteur (ou une lectrice) qui a signé son message de ses initiales.

Mais pour des dizaines de personnes qui ont trouvé un nouvel équilibre malgré les contraintes, des milliers d'autres se sentent aujourd'hui lésées. Le déconfinement et la levée des contrôles auront sûrement pour effet de les apaiser, mais ils n'oublieront pas que les Etats européens ne parlaient plus d'une seule voix durant la crise sanitaire. Ces derniers devront pourtant s'entendre à nouveau, car l'épidémie a démontré que les acquis de l'Union n'étaient pas inébranlables.

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