La production d'énergie solaire a atteint un pic "historique" ces deux derniers mois. Une bonne nouvelle qui ne doit pas faire oublier le retard du Luxembourg en matière d'énergies vertes.

C'est un pic "historique" de l'énergie solaire au Luxembourg, se réjouit ce lundi le ministère de l'Énergie.

Ces deux derniers mois, la production des centrales photovoltaïques a bondi, jusqu'à atteindre un maximum de 12,6 GWh en mars et 20,2 GWh en avril 2020. Cela représente une augmentation de 60% par rapport à la même période de l’année 2018 et 42% par rapport à 2019!

UN EFFET CORONAVIRUS

Les raisons de cette embellie sont doubles, estime le ministère:

  • Une situation météorologique exceptionnelle. Meteolux a enregistré un temps d’ensoleillement de 306,3 heures en avril, ce qui se situe largement au-dessus de la moyenne de 181,6 heures des années 1981-2010.
  • L’augmentation considérable de la puissance installée de panneaux photovoltaïques a joué un rôle accélérateur.  "Grâce au succès du programme de subventionnement, mis en place l’année dernière, la surface photovoltaïque au Luxembourg a augmenté considérablement par rapport aux années précédentes et la production solaire bat tous les records" écrit le ministère.

Évidemment, en raison de la crise sanitaire, la demande d'énergie a connu une forte baisse, chutant de 28,1% pendant la période de confinement (mi-mars et avril).

À noter que le télétravail n'a pas eu d'incidence notable sur la demande d'électricité des ménages, qui est restée au même niveau que durant les premiers mois de 2020. "Ces chiffres montrent que le télétravail peut non seulement avoir un potentiel pour mieux concilier famille et travail, améliorer la qualité de l'air, prévenir la congestion et revitaliser la vie villageoise, mais il peut également avoir une influence positive sur notre demande d’électricité" estime le ministre de l’Énergie, Claude Turmes.

LE LUXEMBOURG TOUJOURS À LA TRAÎNE

En 2017, le Luxembourg (6,4% d'énergies vertes) et les Pays-Bas (6,6%) étaient les pays européens qui tiraient la plus faible partie de leur consommation des énergies renouvelables.

Selon une étude d'Eurostat publiée en janvier dernier, la situation s'est améliorée pour le Grand-Duché, qui a atteint les 9,1% en 2018, le faisant grimper à l'avant-avant-dernière place du classement européen.

Dans ces conditions, le Luxembourg arrivera-t-il à respecter sa promesse d'atteindre une part de 11% d'énergies renouvelables en 2020? Rappelons qu'en 2008, l'UE s'était engagée à faire passer à 20% en 2020 la part de sa consommation finale d'énergie provenant de sources vertes (hydraulique, éolien, solaire, biomasse, etc.) Selon l'étude d'Eurostat, cette part était de 18% en 2018. Alors qu'une douzaine de pays européens ont déjà atteint ou dépassé leurs objectifs, de nombreux pays, dont le Luxembourg, étaient toujours à la traîne.

SORTIR LE PORTEFEUILLE POUR ATTEINDRE LES OBJECTIFS

Quant on sait que la part des énergies vertes n'était même pas de 4% au début de la décennie, on ne peut que saluer les efforts du Luxembourg. Il semblerait d'ailleurs qu'ils seront suffisants: "Le Luxembourg est en bonne voie pour réaliser son objectif de 11%" en 2020 déclarait en début d'année le ministre de l'énergie Claude Turmes.

Mais cette victoire doit être nuancée. D'abord parce que pour y parvenir, le Luxembourg paie 16,5 millions d'euros à la Lituanie et à L'Estonie, deux pays qui ont déjà dépassé leurs objectifs, pour racheter l'énergie verte qu'il n'arrive pas à produire localement. Comme l'explique le Wort, ce mécanisme de compensation permet de contribuer à hauteur de 2% des 11% visés, ce qui n'est pas rien.

Autre raison de nuancer cette victoire, on constate que le Luxembourg est, avec Malte (10%), le pays qui a l'objectif le moins ambitieux de l'UE, certains pays dépassant les 40, 50 voir 60%. On est donc encore loin d'être exemplaire, même si on peut considérer que cette comparaison a des limites, car le petit Grand-Duché dispose de sources d'énergies vertes plus limitées...

Bref, le ministère de l'énergie continue d'appuyer sur l'accélérateur.  Le plan climat, qui sera adopté bientôt par le conseil de gouvernement, "agira comme vecteur d’investissement facilitant une relance verte et accélérant la transition vers la neutralité climatique et vers des écosystèmes sains. Il inclura la voie déjà engagée pour l'expansion des énergies renouvelables au Luxembourg". "Les énergies renouvelables sont des énergies en essor, participatives et bénéfiques pour l’environnement et notre économie. Il est évident qu’ils doivent jouer un rôle central dans le programme de relance du gouvernement. En accélérant la transition énergétique, nous pouvons en plus renforcer notre résilience et notre indépendance vis-à-vis des importations de combustibles fossiles" conclut Claude Turmes.