La non-maîtrise de la langue luxembourgeoise n'aide pas à rapprocher les frontaliers des Luxembourgeois, qui ont tendance à vivre "entre eux", montre une étude.

Parler le luxembourgeois est-il déterminant pour les frontaliers désireux d'instaurer une relation plus profonde et respectueuse avec les Luxembourgeois? Sans doute, à en juger par les résultats du sondage "Vivre ensemble au Luxembourg", réalisé en janvier par l'ASTI (Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés) avec TNS/Ilres et divulgué cette semaine. Cette enquête, qui s'intéresse au sentiment d’attachement des frontaliers au Luxembourg et à ses habitants, montre en tout cas "que cette relation est un processus qui s’établit au fil du temps et qui est lié au fait que l’on se sente ou non reconnu dans le pays où l’on travaille." En l'occurrence, parler la langue d'un pays est souvent le signe d'une volonté d'intégration...

PLUS PROCHES DES RÉSIDENTS NON-LUXEMBOURGEOIS

Parmi les descriptions des frontaliers invités à livrer leur regard sur "les" Luxembourgeois, on a retenu cette citation: "ils sont ouverts sur le monde mais vivent néanmoins entre eux, finalement comme les non-Luxembourgeois (résidents ou frontaliers). La langue utilisée dans les échanges n'est généralement pas un problème mais la non-pratique du luxembourgeois est certainement le verrou le plus fort pour avoir une relation plus forte et profonde avec un respect mutuel."

Alors, où en sont les frontaliers avec la langue du pays? Selon cette étude qui a recueilli 500 participations, 82% des frontaliers affirment comprendre au moins "un peu" le luxembourgeois et 58% estiment savoir le parler au moins "un peu". Le comprendre au moins "bien" (38%) ou le parler au moins "bien" (26%) est une autre histoire...

Il n'est donc pas étonnant de constater que, dans leur vie privée, moins de la moitié des frontaliers disent être en contact "souvent", ou "très souvent", avec des résidents luxembourgeois (46%). Il faut d'ailleurs faire une distinction entre les frontaliers allemands, deux fois plus proches des résidents luxembourgeois que les frontaliers français, et un peu plus proches que les frontaliers belges.

Dans leur majorité, les frontaliers sont ainsi bien plus proches des résidents non-Luxembourgeois (74% sont en contact avec eux "souvent" et "très souvent"), la différence étant flagrante chez les Français et les Belges. Cette tendance s'observe aussi bien sur le terrain de l'emploi, à quelques pourcentages près.

LE TEMPS AIDE A NOUER DES LIENS PLUS FORTS

La segmentation du marché de l’emploi n'aide pas forcément au rapprochement entre frontaliers et Luxembourgeois: "les Luxembourgeois travaillent surtout dans les administrations publiques et les secteurs protégés où la présence des frontaliers, hors les secteurs de la santé et du social, est très minoritaire" relève l'étude.

Par ailleurs, "le recours à la langue luxembourgeoise n’est indispensable que pour certaines questions liées à l’emploi" souligne encore l'étude, "les autres langues administratives, voire l’anglais, sont les langues utiles dans les contacts au Luxembourg."

Si la maîtrise du luxembourgeois n'est pas évidente pour tous les frontaliers, et que les plus jeunes débarquent au pays avant tout pour des raisons matérielles, le temps aide alors à nouer des liens plus forts avec les résidents luxembourgeois. Il ressort d'ailleurs que les résidents étrangers empruntent le même long chemin. "Les frontaliers plus anciens et plus âgés indiquent avoir davantage de contacts avec la société luxembourgeoise et se sentir plus liés au pays, car avec le temps ils se sont fait des amis qui vivent au Luxembourg" traduit le sondage. Comme entendu plusieurs fois de la bouche des Luxembourgeois, les simples "moien", "villmols merci", "gleichfalls", "äddi"... sont déjà un bon début!