La société est à l'arrêt mais pas la solidarité. Au Luxembourg, les équipes infatigables de la Stëmm vun der Strooss et leurs bénévoles continuent d'assurer leur mission auprès des plus démunis, dans un contexte inédit.

"Notre priorité est de pouvoir continuer à servir des repas", résume Alexandra Oxacelay, la directrice de la Stëmm vun der Strooss. Le problème, c’est que toutes les personnes qui sont en mesures de réinsertion professionnelle ont été dispensées de travail, étant donné qu’il s'agit de personnes vulnérables. Donc elles ne peuvent plus travailler dans les cuisines pour préparer à manger."

Mais les bonnes volontés ont répondu présent : "Les seules personnes auxquelles on peut faire appel sont les personnes bénévoles, qui sont parfois les clients eux-mêmes, qui sont en bonne santé et qui ne veulent pas rester à la rue… Ces personnes-là n’ont pas de contrat de travail et elles continuent de nous donner un coup de main. Donc avec les éducateurs qui sont derrière les fourneaux, on arrive à fonctionner. En plus, on n’a pas beaucoup de gens malades ou absents pour raisons familiales. Sur 51 salariés, on en a 11 qui sont absents, donc ça va."

© Stëmm vun der Strooss

Ainsi l'association parvient tant bien que mal à maintenir un service de restauration à peine en dessous du rythme habituel, autour de 280 repas à Hollerich et 80 à Esch. "On a un retour très chaleureux des personnes sans-abri, précise Arnaud Watelet, administrateur de la Stëmm vun der Strooss, elles nous remercient chaque jour. Elles sont surprises qu’on soit restés ouverts. Depuis lundi matin, on leur sert des repas chauds dans des barquettes à l’extérieur des bâtiments. Cela se passe très bien, dans le respect des consignes. Les personnes sont très disciplinées, nous avons peu de détritus à ramasser."

IL RENTRE PAR EFFRACTION POUR PRENDRE UNE DOUCHE

L'arrêt (ou réduction) de services non essentiels comme l'accès aux douches, coiffeurs ou ateliers thérapeutiques a en revanche créé quelques problèmes. "On a fermé les douches et les vestiaires, les consultations médicales gratuites, poursuit Alexandra Oxacelay, et les gens ne peuvent pas rester assis à l’intérieur des locaux. On réfléchit à des solutions pour maintenir ces services. Heureusement, la météo est bonne, donc l’ambiance est plus calme, même si la police a quand même dû intervenir dans la nuit de mercredi à jeudi à Esch, car une personne était entrée par effraction au restaurant social d’Esch pour prendre une douche. Bon, on n’a pas porté plainte pour ça" sourit-elle.

Et malheureusement, "on manque de masques, de gel hydroalcoolique. Pour compenser, on se lave bien les mains, comme tout le monde. On ne panique pas, car ce n’est pas ça qui fera avancer. On rassure les clients, on se rassure nous..."

© Stëmm vun der Strooss

"Les mesures barrière sont appliquées et respectées, renchérit Arnaud Watelet. On gravite toute l'année autour de personnes qui ont des maladies graves — hépatites ou C, sida, tuberculose, gale —, donc nous sommes habitués à appliquer en permanence des mesures d’hygiène drastiques. Par conséquent, ça n’a pas généré de psychose particulière dans nos équipes."

LA QUESTION URGENTE DE LA WANTERAKTIOUN

La grande peur des équipes de la Stëmm vun der Strooss, c'est la fin de la Wanteraktioun le 31 mars (organisée par Caritas dans des locaux situés près du Findel, cette action hiver est proposé aux sans-abri, du 1er décembre 2019 au 31 mars 2020) En général, l'affluence est monumentale dans les restaurants dès le 1er avril, souvent multipliée par deux.

L'équipe de l'association assure qu'un prolongement est en pourparlers au niveau du gouvernement.