Agriculteurs, SDF, gérant de station-service... RTL 5 Minutes donne la parole à diverses personnalités pour qu'elles racontent leur quotidien durant la crise du coronavirus.

Mike et Steve (SDF): "LES POLITICIENS, NE NOUS OUBLIEZ PAS!"

© Pixabay

"TOUT EST FERMÉ" "Ça fait un an que je suis SDF" explique Mike. Cet homme de  42 ans, originaire d'Esch-sur-Alzette, se rend à la Stëmm vun der Strooss. "Je vis maintenant à Luxembourg, car on trouve plus facilement des places pour dormir. Enfin, en ce moment, c’est la catastrophe ici, tout est fermé, on ne sait pas où on va."

CACHÉ COMME UN RAT Et comme beaucoup d’autres, la fin de la WanterAktioun ce 31 mars, qui permet d’offrir un abris durant la période hivernale, l’inquiète beaucoup. "S’ils ne prennent pas de mesures pour la prolonger, ça va être terrible, prévient Mike. Il y aura encore plus de personnes dans la rue, et avec le coronavirus… Moi, je ne sais pas où je vais. Je dois me cacher quand la police arrive, sinon ils t’arrêtent. On n’a plus le droit d’être dans la rue, donc je me cache dans des garages, dans des trous que je trouve, comme un rat. En plus, la police donne des amendes il parait, pour les gens qui ne restent pas à la maison. Mais moi j’ai pas de maison !"

" MON SYSTÈME IMMUNITAIRE EST FAIBLE" Et puis il y a la crainte de la contamination : "Ça me fait peur le coronavirus, car je suis positif à l’hépatite C, donc mon système immunitaire est faible. Heureusement, je suis dans un programme de la Jugend- an Drogenhëllef , donc je vais chercher des médicaments deux fois par jour pour me soigner de mes problèmes avec l’héroine, et là y’a toujours des médecins, donc ca peut servir au cas où."

DORMIR GRATUITEMENT Nous discutons également avec Steve, 30 ans, originaire de Luxembourg, et lui aussi à la rue. "J’avais des problèmes avec mon propriétaire, qui m’a laissé sans eau et électricité, donc ça fait 3 semaines que je dors à la WanterAktioun. C’est le seul endroit où c’est gratuit pour dormir. J’ai déjà dormi dehors, c’est dur, le froid, l’humidité. J'étais sans couvertures, sous un arbre, je faisais attention, personne ne devait me voir car c’est interdit de dormir dehors." Et d'ajouter: "Le 31 mars, ils doivent arrêter la Wanteraktioun, mais j’aimerais bien que ça se rallonge,pour ne pas dormir sur la route. Là, il a fait beau, mais dès qu’il va recommencer à pleuvoir, ca va être grave."

SE LAVER LES MAINS "Heureusement qu’il y a la Stemm, elle aide les gens comme nous. Le coronavirus m’inquiète, pour moi, ma famille… La vérité, j’ai peur, car même si j'ai 30 ans, apparemment ça peut toucher tout le monde, et vu que je suis à la rue, on peut plus vite chopper des maladies que dans un logement. On essaie de rester propre. À la gare de Luxembourg, il y a des robinets pour se laver les mains, moi j’ai une trousse de toilette sur moi, avec du savon, des produits hygiéniques…"

"LES POLITICIENS, NE NOUS OUBLIEZ PAS!" Nous rediscutons avec Mike qui tient à faire passer un message : "Franchement, ça me fait chier qu’il n’y a pas eu un mot pour les SDF de la part du gouvernement. Je veux juste les entendre dire «pensez aux SDF aussi». Les politiciens, ne nous oubliez pas"
Le lendemain de notre entretien avec Mike et Steve, le premier ministre Xavier Bettel a justement répondu à un journaliste qui lui demandait ce que faisait le gouvernement pour aider ceux qui sont en marge de la société, surtout les sans-abris. "Avec la Croix rouge, on a organisé une aide pour ceux qui présentent des symptômes. Ça peut paraître triste, car ces personnes sont déjà isolées la plupart du temps, mais malgré cela, elles ne devraient pas se réunir. Hélas souvent c’est le cas. C’est important qu’elles gardent leurs distances, comme tout le monde, et aussi d’avoir recours aux structures qui fonctionnent toujours et qui offrent de l’aide aux sans abris. Et on a déjà discuté avec la Croix Rouge pour assurer le suivi de ces gens" a annoncé le ministre.
Reste à espérer que ce suivi répondra aux inquiétudes de Mike et Steve d’ici au 31 mars.

Retrouvez ici le dernier bilan des mesures prises par Caritas Luxembourg pour soutenir les plus démunis.

Michel-Edouard Ruben (économiste): "JE SUIS UN TÉLÉTRAVAILLEUR FORCÉ"

© Pixabay

JE N'AIME PAS LE TÉLÉTRAVAIL "Je télétravaille pour la première fois de ma vie. Je le fais pour des raisons évidentes de santé et d'intelligence collective. Mais je n'aime pas ça. J'ai même écrit un texte contre le télétravail (cliquez ici pour le lire)  Donc aujourd’hui, je suis un télétravailleur forcé" sourit l’économiste de la fondation Idea (un think tank de la Chambre de Commerce).

LE DROIT À LA DÉCONNECTION MENACÉ? "Avec une éventuelle généralisation du télétravail, le travail risque fort de déborder sur l’espace privé, ce qui remettrait en cause de facto la notion même de « temps de travail », risquerait de déboucher sur une « télédisponibilité généralisée », voire pourrait réduire les possibilités d’inactivité pour les salariés puisque l’inaptitude au travail ne se confond pas nécessairement avec l’inaptitude au télétravail" écrit notamment l'économiste.

PARLONS ÉCONOMIE QUAND MÊME "Nul ne sait quel va être l'impact économique du coronavirus, ne serait-ce que parce que les possibilités d’évolution future de la pandémie sont multiples, tout comme les canaux par lesquels elle peut affecter l’économie particulièrement ouverte et dépendante de l’étranger du Grand-Duché."
"Par contre, ce que je sais, c’est que la boite à outils des interventions publiques, des autorités budgétaires et monétaires, est bien remplie, et que les résultats sont là, notamment les mesures pour soutenir la croissance à long terme, les PME, etc. Je trouve que ça, c’est rassurant, les décisions sont plus rapides et plus fortes que lors de la crise de 2008 par exemple."

Roland Clerbaut (stations-service) : "CERTAINS POMPISTES SE PLAIGNENT"

© AFP

LES FRONTALIERS ONT PEUR "Il y a eu un grand pic de fréquentation des clients au moment des annonces la semaine dernière, mais depuis, ça c'est calmé" constate le président de la fédération des stations-service. La peur est surtout du côté des frontaliers, "qui craignent de ne plus pouvoir acheter d'essence au Luxembourg, car les résidents n'ont pas cette inquiétude-là" (Une crainte qui est devenue pratiquement réalité pour la plupart des frontaliers, à cause des mesures de confinement et les restrictions de circulation qui limitent leurs déplacements).

Un internaute se plaignant sur Facebook de ne pas avoir pu faire le plein au Luxembourg. / © Facebook

MIEUX QUE LE SUPERMARCHÉ? "Apparemment, de plus en plus de clients viennent faire des petites courses dans les shops des stations-service. Probablement qu'ils se disent qu'il y a moins de risques à venir ici que dans un grand supermarché". Est-ce que le personnel a reçu des consignes? "Oui bien sûr. On favorise le paiement par carte de crédit plutôt qu'en liquide. Des marques au sol ont été posées pour que les gens gardent leurs distances à la caisse." Par contre, pas de masques et de gants obligatoires pour le personnel, "car il faudrait déjà pouvoir en obtenir!"

PAS DE PÉNURIE D'OR NOIR: Pas d'inquiétudes à avoir au niveau des réserves de carburants: "le stock stratégique est là, donc il faudrait qu'il y ait une interdiction totale de la circulation des camions entre la Belgique (NDLR: notre principal fournisseur) et le Luxembourg pour que cela pose un problème". Ce qui est inenvisageable.

DES MARGES EN CHUTE LIBRE "La baisse des prix des carburants est une bonne chose pour le consommateur, mais pour le pompiste c'est le contraire, car l'essence baisse trop vite, donc leurs marges s'effondrent et ils doivent vendre à perte ce qu'ils ont en citerne". "Ca fait paniquer certains de nos membres qui se plaignent, maintenant il ne faut pas oublier que quand les prix augmentent, les pompistes ont le phénomène inverse et augmentent leurs profits. Mais les prix n'ont jamais connu une évolution à la hausse aussi forte que l'évolution à la baisse actuelle".

Camille Schroeder (Bauerenallianz): "LES AGRICULTEURS DOIVENT PRENDRE ÇA AU SÉRIEUX"

© AFP

LA VIE CONTINUE Coronavirus ou pas, les agriculteurs doivent faire tourner leur ferme: "Il faut traire deux fois par jour les vaches, il faut donner de la nourriture aux animaux, il faut faire des travaux à la ferme, vendre les produits, il y a les travaux de printemps qui commencent... Le monde agricole ne peut pas s'arrêter de tourner" rappelle le président de l'Alliance des agriculteurs.

FINI LE CAFÉ DU MATIN Mais le secteur doit aussi se plier aux mesures d'hygiène: "Il faut que tout le monde prenne ça au sérieux, les agriculteurs y compris. Moi par exemple, avec mon fils qui travaille avec moi dans la ferme, on respecte les distances de sécurité, on porte des gants... Normalement, au petit-déjeuner on boit toujours un café tous les 2 à la cuisine. Même ça, on a arrêté, par précaution!"

RESTONS CALME  Économiquement, le secteur s'attend à des jours difficiles: "Plus rien n'est normal avec ce virus, donc la vente des produits agricoles est forcément impacté. Le marché de la viande reste à peu près normal, mais le marché risque de tomber dans les pommes si les gens se ruent dans les supermarchés pour en acheter. Donc je veux que le secteur reste calme, que les producteurs restent calmes, les clients aussi, tout le monde. Car le stress n'arrange rien, au contraire."

Yves Wagner (ACL) : "BIEN PLUS CALME QUE D'HABITUDE"

© RTL

ACL, J'ÉCOUTE? Bonne nouvelle, l'Automobile Club Luxembourg n'a pas cessé ses activités: "Nos services de dépannage-remorquage fonctionnent toujours. Donc si quelqu'un a besoin de nous, il peut appeler"  rassure son président Yves Wagner. Pour rappel, le standard de l'ACL: (+352) 450045-1 et celui de l'assistance 24h/24: (+352) 26000.

PAS DE MASQUES POUR LES DÉPANNEURS   "Le call center est le nerf de la guerre car s'il ne fonctionne plus, plus rien ne fonctionne à l'ACL. Donc on a pris des mesures il y a 15 jours déjà, pour le splitter en trois équipes, sur trois sites différents, pour limiter les risques de propagation du virus." Quant aux dépanneurs, ils ne portent pas de masques, "car comme vous le savez ils sont d'abord réservés aux personnels de santé et c'est difficile d'en obtenir pour tout le monde."

ACTIVITÉS AU RALENTI: L'activité de l'ACL est fortement réduite: "Il n'y a plus grand chose qui se passe. Les membres ne viennent plus à la réception, le shop est fermé... Au niveau du dépannage, c'est bien plus calme que d'habitude. Et pour ce qui est des voyages qu'on organise régulièrement pour des milliers de membre, là malheureusement c'est arrêté, tout ce qui a été programmé pour les 2 prochains mois a été annulé."

Note à nos lecteurs: cette série sera alimentée dans les prochains jours avec de nouveaux témoignages de représentants de différents secteurs.