Le syndicat OGBL a indiqué avoir rencontré le ministre du Logement pour lui proposer une série de mesures - dont certains assez ambitieuses - pour mettre fin à la crise du logement au Luxembourg.

À peine a-t-il prêté serment que le nouveau ministre du Logement Henri Kox est déjà dans le vif du sujet. Moins de deux mois après son entrée au gouvernement, le ministre déi Gréng a reçu une délégation de l'OGBL, arrivée avec de nombreux arguments sur le thème du logement, sujet d'inquiétude n°1 des résidents d'après le dernier Politmonitor.

"Pour l’OGBL, l’accès au logement est devenu aujourd’hui le problème numéro 1 rencontré au Luxembourg, alors même que pouvoir se loger constitue pourtant un droit fondamental" écrit le syndicat dans un communiqué de presse, avant d'assurer "qu’aucun gouvernement jusqu’à présent n’a pris le problème à bras le corps et mis en oeuvre une politique sérieuse et volontariste visant à enrayer la flambée des prix et des loyers".

Le syndicat et le gouvernement ont beau partager des objectifs communs (ralentir la flambée des prix, créer davantage de logements sociaux, repenser les aides financières...), les moyen mis en oeuvre et l'urgence des mesures diffèrent. Assez paradoxalement, s'il connaît l'urgence de la situation, le gouvernement est dans une position où il doit agir rapidement mais durablement, sans ébranler le marché immobilier ni laisser le pouvoir d'achat des résidents fondre comme neige au soleil.

L'OGBL A UNE SÉRIE DE MESURES CHOCS EN RÉSERVE

Pour répondre à cet "état d'urgence" qu'il a lui-même décrété, l'OGBL dispose d'une série d'idées et de mesures. Au-delà de l'augmentation de l'offre de logements - une mesure "absolument nécessaire" - le syndicat fait de la lutte contre la spéculation immobilière son cheval de bataille.

Il revendique notamment "l’introduction d’un régime progressif en matière d’impôt foncier visant à rendre l’accumulation de terrains et de logements tout simplement inintéressant et même dissuasif d’un point de vue spéculatif". Un système qui, selon lui, permettrait de limiter cette course à la plus-value "tout en ne pénalisant pas ceux qui sont propriétaires de leur propre logement ou qui possèdent par ailleurs un second logement."

Il dénonce la possibilité de détourner les fonds d'investissements spécialisés (FIS, créés au Luxembourg en 2007) et qui permettent à "quelques "magnats" de l'immobilier" de réduire à peau de chagrin l'imposition de leurs placements et dividendes.

André Roeltgen, le président de l'OGBL, a rencontré le ministre Henri Kox pour aborder la problématique du logement. / © Archives RTL


En plus de la spéculation, une des principales raisons de la hausse des prix est et reste le manque d'offres par rapport à une demande toujours croissante. Le marché actuel amplifie la concurrence entre les résidents, tandis que les propriétaires augmentent les loyers, en réponse à la hausse des prix d'achat et la forte demande. L'OGBL estime donc qu'un plafonnement des loyers est nécessaire pour stabiliser le marché. Et demande une réforme de la subvention de loyer et un renforcement des aides en faveur de l'efficacité énergétique.

Évidemment, la hausse du nombre de logements disponibles reste le maître-mot de la lutte contre ces prix qui s'envolent. D'où la nécessité de créer plus de logements sociaux et plus de locations à prix modérés pour permettre aux ménages les plus modestes de se loger.

QUE DIT LE MINISTÈRE DU LOGEMENT?

Globalement, Henri Kox partage les envies de changement de l'OGBL. Mais plutôt que des mesures très ambitieuses, comme le plafonnement des loyers, il souhaite miser en priorité sur le développement de l'offre:

  • mobiliser des terrains à bâtir
  • stimulation de la création de logements sociaux et à prix modérés
  • soutien de la construction au niveau communal, etc...

Il faut comprendre que le ministre est confronté à un timing particulièrement complexe: le calendrier politique. Installé au ministère depuis octobre 2019 seulement, il souhaite mener la refonte de la loi sur l'aide au logement, la création du Pacte Logement 2.0 et stimuler la création de logement "le plus vite possible", comme il l'a affirmé dans Paperjam début décembre.

Concrètement, tout réaliser d'ici la fin de la législature, dans quatre ans, serait déjà une réussite. Mais cela laisserait aussi au marché de l'immobilier le temps de continuer à croître, avec des progressions atteignant parfois 10% sur un an.

Fin 2020, le Pacte Logement sera remplacé par sa version 2.0, en cours d'élaboration au ministère. Ce nouveau texte devrait mettre l'accent sur la création de logements abordables, faciliter la mise à disposition de terrains à bâtir et de logements vacants et aider financièrement les communes à créer ces logements. Un premier pas vers des logements un peu plus nombreux et plus accessibles.