Les caméras d'Arte sont allées à la rencontre de résidents touchés par la pauvreté au Luxembourg. Un phénomène qui s'aggrave, à cause notamment du coût démesuré du logement.

Sonia habite à Pétange, où elle élève seule ses trois enfants. Avec son salaire, les allocations familiales et la pension alimentaire, elle vit avec 3.500 euros par mois. "Ça peut paraître beaucoup, mais au Luxembourg, elle est considérée comme exposée au risque de pauvreté" explique la journaliste d'Arte, qui est venue au Grand-Duché faire un reportage sur ce sujet.

Car Sonia doit assumer le crédit de la maison (2.100 euros), et le reste des factures qui s'accumulent. "Ce n'est pas toujours évident. Le plus dur est de devoir tout le temps dire non aux enfants..." déplore la maman. Pour s'en sortir, elle est obligée d'avoir un deuxième job, elle vend des bijoux chez des particuliers. "C'était ça ou je devais partir dans un autre pays" résume-t-elle.

C'est le paradoxe luxembourgeois: l'un des pays les plus riches au monde a aussi l'un des taux de risque de pauvreté le plus important d'Europe. Le Statec a constaté qu'en 2018, 18,3% des résidents du Luxembourg vivaient sous le seuil de pauvreté. Cela représente 105.620 personnes vivant avec moins de 2.013€ par mois (pour une personne seule).

LES PORTUGAIS TROIS FOIS PLUS MENACÉS QUE LES LUXEMBOURGEOIS

Sans surprise, les plus vulnérables sont les personnes d'origine étrangère, les salariés à mi-temps, les parents isolés... Robert Urbé, expert en pauvreté chez Caritas : "Le salaire minimum au Luxembourg n'est pas assez élevé". Même s'il s'élève à près de 2.000 euros?  "2.000 euros, c'est en brut. En net, vous êtes en dessous du seuil de pauvreté qui est à 1.800 euros environ".

Il ajoute: "La grande majorité des personnes qui sont dans des situations de pauvreté, ce ne sont pas les Luxembourgeois natifs, ce sont des résidents étrangers. Le risque est trois fois plus élevés pour les Portugais que pour les Luxembourgeois. Mais les Portugais ne votent pas. Donc peut être que du côté politique, il n'y a pas assez de nécessité d'agir à ce niveau-là, car ça ne rapporte pas assez aux élections."

DES ALLOCATIONS FAMILIALES OBSOLÈTES

Le reportage conclut sur un problème récurrent au Luxembourg: le coût du logement, qui a encore grimpé de 11% au deuxième trimestre 2019 (contre 5% en Allemagne, 3% en France).

Interrogé sur l'incapacité du gouvernement à endiguer cette flambée des prix et la quasi-inexistance de logements sociaux (2%), le ministre du logement Henri Kox répond: "Pour la flambée des prix, il n'y a pas beaucoup de solutions. Je suis en train de changer les réglementations nationales pour qu'on puisse avoir des terrains publics pour construire des logements abordables".

Avoir 30% de logements dits "abordables" avec des loyers modérés à l'horizon 2050: voilà la solution proposée par le ministre. Mais des associations comme Caritas demandent plutôt une augmentation du revenu minimum, et que les allocations familiales soient enfin indexées: elles ne l'ont pas été depuis 2006.

Le reportage complet sur le replay d'Arte: