L'auditeur Manuel Baldauff estime que le financement de l'audiovisuel doit plus observer le succès potentiel d'un film.

L'audit du Film Fund, réalisé il y a près d'un an, était globalement positif, mais il comportait aussi plusieurs recommandations sur lesquelles les responsables se sont déjà appliqués à travailler. Tel était le constat livré lundi lors d'une conférence de presse par le Premier ministre et ministre des Médias, Xavier Bettel, le directeur du Film Fund, Guy Daleiden, la présidente de son conseil d'administration, Michèle Bram, et l'auditeur Manuel Baldauff de Value Associates.

Il s'agira à l'avenir de miser avant tout sur le critère de la qualité.

Xavier Bettel: "L'audit dit clairement, effectivement, que les productions augmentent, mais que les rentrées et le nombre de spectateurs, qui vont voir des films luxembourgeois, n'augmentent pas. Mais, si je ne devais soutenir que des projets qui rapporteraient quelque-chose financièrement, il n'y aurait plus de production luxembourgeoise."

Force est de constater que de nombreux films sont produits pour le tiroir-caisse, parce que des producteurs perçoivent une marge préétablie, que le film soit un succès ou pas. C'est ce fonctionnement qui doit changer, explique Manuel Baldauff de Value Associates.

Manuel Baldauff: "Il faut examiner si le projet a, en terme de qualité, un niveau, que l'on peut montrer à l'étranger et s'il a aussi un potentiel de distribution correspondant. Il faut se poser la question: y a-t-il une chance que, par exemple Arte vienne, comme pour 'Bad Banks', et dise 'ok, nous aimerions bien l'avoir aussi celui-là' ou peut-être même une fois Netflix ou autre."

D'une part, il faut promouvoir des productions typiquement luxembourgeoises qui n'attirent souvent pas beaucoup de monde et d'autre part, il faut s'orienter vers Netflix, Arte ou les festivals internationaux. Mais aucune piste précise n'a toutefois été donnée sur la manière de combler ce grand écart.

Les recommandations qui ont été menées à bien

Une série d'autres recommandations de l'audit sont menées à bien avec les représentants du secteur.

Manuel Baldauff: "Nous avons dit qu'il serait important de publier de meilleures statistiques sur le secteur. Que les gens sachent: combien de gens travaillent dans le secteur? Quelle est la situation de ces productions? Quel est le retour de ces productions? Pour faire simple: que l'on ait une belle vision de ce qui se déroule. Ce poste bien a été créé".

Par ailleurs, il faut améliorer la communication avec les producteurs, particulièrement quand leurs projets n'obtiennent pas de financement. L'audit estime qu'il faut créer un poste de "compliance officer" au Film Fund, qui devra notamment imposer que les audits que le Fonds fera réaliser sur les sociétés de production, qui obtiennent de l'argent de sa part, soient plus approfondis et plus techniques, a ajouté Manuel Baldauff de Value Associates.

Il faut noter que la Commission de contrôle du budget s'est réunie lundi après-midi à la Chambre et il y a aussi été question du Film Fund. Le CSV avait demandé la semaine dernière de mettre un nouveau point à l'ordre du jour. Il s'agissait en fait de confier à la Cour des Comptes le contrôle de la gestion financière du Film Fund.

Certains points de l'audit n'ont pas été abordés

Lors de la conférence de presse de lundi, il n'a en revanche pas été question du manque de professionnalisme ni de conflits d'intérêt, qui avaient été abordés dans l'audit.

La concentration des pouvoirs entre les mains du directeur, Guy Daleiden, avait également été évoquée dans le document, mais l'auditeur Manuel Baldauff a précisé que cela avait été la préoccupation de producteurs. Lui-même avait par exemple une fois participé au Comité de sélection (le comité qui décide quels projets de films reçoivent une aide financière) et il ne voit pas où cette concentration se serait exprimée. Sinon dans le fonctionnement quotidien du Film Fund, il ne le sait pas, a dit l'auditeur, car il ne pouvait pas y être chaque jour.

page 47 dans l'audit: "La présence du directeur du Film Fund au sein du Comité de sélection a été soulevée par certains producteurs. Certains ont affirmé que le directeur est régulièrement soumis à des pressions lobbyistes de la part de certains producteurs, ce qui rendrait difficile son travail, alors que d'autres ont manifesté des inquiétudes par rapport à une forme d'omniprésence et d'une concentration de pouvoirs trop forte pouvant influencer les allocations en leur défaveur".