Que peut-on faire pour améliorer les trajets du quotidien? La fondation Idea s'attaque à un des soucis majeurs des Luxembourgeois.

Face aux milliers de véhicules utilisés quotidiennement pour aller au travail ou à l'école, le Luxembourg suffoque. Il étouffe même, paralysé plusieurs heures par jour quand les automobilistes s'acharnent à utiliser un réseau routier devenu trop étroit pour eux. Avec pour conséquence de faire des déplacements la deuxième préoccupation principale des résidents (Politmonitor octobre 2019).

Il y a urgence au Grand-Duché. En plus des 200.000 frontaliers et 236.000 résidents qui empruntent chaque jour les routes et autoroutes luxembourgeoises, la fondation Idea (un think tank créé par la Chambre de Commerce) tire la sonnette d'alarme face à la croissance affolante du marché du travail: 254 nouveaux salariés s'ajoutent chaque semaine à la cohorte de travailleurs déjà en postes. 

Environ 73% des salariés du Grand-Duché utilisent leur voiture pour se rendre au travail. / © Nabeel Syed / Unsplash / Domaine public

À l'heure actuelle, et d'après les résultats de l'enquête Luxmobil de 2017, 73% des salariés utilisent leur voiture pour se rendre au travail. Seuls 19% d'entre eux prennent les transports en commun, 6% se déplacent à pied et 2% à vélo. Soit, en croisant ces données avec les nouveaux travailleurs sur le marché luxembourgeois, 155 voitures supplémentaires chaque semaine, pour 48 passagers des transports en commun, 15 piétons et 5 cyclistes.

Dans le grand bazar des heures de pointe, entre 7h et 8h, la fondation Idea estime que les trajets des frontaliers représentent 25% de tous les déplacements effectués. C'est un peu moins que les déplacements domicile-travail des résidents et beaucoup moins que les déplacements domicile-école: 33% du total.

DES SOLUTIONS DÉJÀ CONNUES...

En 2018, le Luxembourg s'est lancé un pari audacieux: réduire la densité du trafic durant les heures de pointe tout en transportant 20% de personnes en plus d'ici 2025. Un petit miracle que le pays espère réaliser en encourageant les travailleurs à ne plus voyager seuls dans leur véhicule mais en covoiturant. D'après Idea, pour atteindre ses objectifs, le Luxembourg devrait convaincre 73.000 "autosolistes" de renoncer à leurs voyages solitaires. 34.000 deviendraient passagers, 14.000 devraient prendre les transports en commun, 15.000 se mettraient à la marche et 10.000 enfourcheraient leur vélo.

Ce tour de force, le gouvernement aimerait y parvenir en actionnant certains leviers, dont les principaux sont aujourd'hui la promotion du covoiturage (avec l'application Copilote par exemple), la création d'une voie réservée sur les autoroutes A3 et A6, pour faciliter le passage des voitures transportant plusieurs passagers et les transports en commun, et la construction de parking-relais aux frontières.

L'application Copilote, largement promue par le gouvernement, fait partie des outils mis en place pour combattre la dégradation du trafic. / © RTL

Surtout, la fondation note qu'il faut apporter une réponse globale à cet épineux problème. Créer de nouvelles infrastructures, optimiser le fonctionnement des transports publics, informer l'usager en temps réel, transformer les communes et leurs axes pour les rendre plus cohérents et efficaces... Si le gouvernement est bien sur tous ces fronts, l'effort à fournir est immense et rien ne garantit que le résultat sera à la hauteur des besoins évoqués plus haut.

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... ET D'AUTRES PLUS AUDACIEUSES

Idea va plus loin en remettant en cause certains avantages devenus - en partie - générateurs de ces problèmes de mobilité. Notamment le leasing des véhicules de société. Cet avantage en nature contribue aujourd'hui à l'amour inconditionnel du Grand-Duché pour la voiture individuelle. Il est aussi important pour les entreprises en termes de recrutement et d'attractivité. "Il semble difficile de revenir abruptement sur le traitement fiscal des avantages en nature, car ils remplissent également d’autres fonctions stratégiques, mais il conviendrait néanmoins de réfléchir à une transition vers d’autres modes de gratification, plus en phase avec une vision de la "mobilité en tant que service", voire avec d’autres avantages que ceux liés à la mobilité" écrit Idea.

De la même manière, la déduction des frais de déplacements pourrait elle aussi être revue "selon les modes de transport que l'on souhaite promouvoir". Mieux, pourquoi ne pas être plus audacieux et créer des "péages différentiels" (tarification modulable selon l'heure de passage) voire des péages inversés (rémunération des automobilistes qui évitent certaines plages horaires ou qui covoiturent).

Et pourquoi ne pas aller jusqu'au bout de cette logique d’allègement du trafic en supprimant les déplacements, en incitant davantage au travail à distance. "Au-delà de la promotion du télétravail, des mesures pour favoriser d’autres formes de travail "nomade", comme le décompte du temps de travail réalisé dans les transports ou encore des "aires de travail" sur les grands axes de déplacement pourraient être testées tout en anticipant et encadrant les risques qui en découleraient."

Face à l'ampleur de la tâche qu'il affronte, le gouvernement ne peut - et ne doit - se refuser aucune solution. Aussi ambitieuses et inattendues soient-elles.