Le Luxembourg compte 12.000 frontaliers parmi ses résidents mais seuls 1.500 environ se rendent chaque jour dans un pays voisin. Un paradoxe tout à fait normal.

Plus de 12.000 frontaliers vivent au Luxembourg mais seulement 1.500 quittent chaque jour le pays pour aller travailler dans un des trois pays voisins. Ne cherchez pas l'explication du côté du télétravail ou d'une éventuelle erreur factuelle, car ces chiffres sont justes.

Derrière cette impossible équation se cache en réalité une spécificité propre aux institutions européennes et internationales. Comme l'explique le Statec dans son document "Regards" d'août 2019, "l'analyse des pays de provenance de frontaliers présente une particularité statistique: les institutions internationales sont considérées comme territoires extraterritoriaux". En clair, travailler au Parlement européen ou à la BCE fait que le salarié est compté comme un frontalier et appelé "frontalier sortant" par le Statec.

Ainsi, en 2018, le Luxembourg comptait 1.501 frontaliers qui quittaient le territoire pour aller travailler en Allemagne (390), en Belgique (550) ou en France (561). Un chiffre bien faible en comparaison des 11.282 résidents employés dans les organisations internationales et donc de facto frontaliers. Dans le détail, les institutions européennes en attirent le plus: 10.566, contre 716 pour les institutions extra-européennes.

Le Statec constate notamment que les employés de ces institutions sont mieux rémunérés que les frontaliers luxembourgeois travaillant dans les pays voisins "en raison de leur degré de qualification plus élevé et des différences entre les taux de cotisations sociales à la charge des employeurs": en se rendant dans un pays voisin, un résident du Luxembourg touchera en moyenne 46.953€ par an, contre environ 111.458€ s'il allait travailler dans une institution européenne et 127.451€ dans une institution non-européenne.