Le pays est en deuil. Le Grand-Duc Jean, ancien Chef de l'Etat luxembourgeois, est décédé à l'âge de 98 ans.

Il est né le 5 janvier 1921 au Château de Colmar-Berg sous le nom Jean Benoît Guillaume Robert Antoine Louis Marie Adolphe Marc d’Aviano de Nassau. Huitième Grand-Duc du Luxembourg, Jean a passé plus de 30 années à sa tête.

Le fils aîné de la Grande-Duchesse Charlotte et du Prince Félix de Bourbon de Parme a toujours été très apprécié de son peuple. Présent dans les moments difficiles, il a notamment combattu aux côtés des forces alliées lors de la Deuxième guerre mondiale.

Son règne a été marqué par de nombreux événements marquants tels que la crise de l’acier (années 70), la diversification de l’industrie, le développement de la place financière et l’installation des institutions européennes au Grand-Duché.

Jean-Claude Juncker, Premier ministre en 1996, avait très justement déclaré à l’occasion de l’anniversaire du Grand-Duc Jean : "le Grand-Duc n’a jamais mis sa personne au premier plan, mais toujours son devoir".

UNE JEUNESSE MARQUÉE PAR LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE

Le 10 mai 1940, les troupes allemandes du Troisième Reich envahissent le pays. Alors que le Prince Jean n'est âgé que de 19 ans, la famille grand-ducale et le gouvernement partent en exil. Un départ qui a mené le futur Grand-Duc en France, aux États-Unis, au Canada et en Grande-Bretagne.

Arrivé au Québec, le Grand-Duc héritier poursuit ses études de droit et de sciences politiques avant de s’engager, en novembre 1942, dans les Irish Guards. Comme le veut la tradition, il suit alors une formation militaire à Sandhurst et devient lieutenant l’année suivante. Quelques jours après le débarquement du 6 juin 1944, le Prince Jean atterri en Normandie où il prend part à la bataille de Caen avant de se diriger vers Bruxelles pour participer à la libération de la capitale belge.

Le 10 septembre 1944, la Ville de Luxembourg est libérée par les troupes alliées permettant le retour du Prince Jean et de son père. Tous deux sont accueillis avec enthousiasme par les résidents de la capitale.

Le Prince rejoint ensuite sa compagnie avec laquelle il va lutter jusqu’à la fin de la guerre. Il ne rentre au pays que le 14 avril 1945 afin d’accueillir sa mère, de retour de son exil.

FAMILLE ET DESCENDANCE

Vient ensuite le temps de la reconstruction qui voit le Prince Jean se fiancer, le 7 novembre 1952, à la princesse belge Joséphine-Charlotte, sœur du Roi Baudoin Ier et de son successeur Albert II. Leur mariage a lieu le 9 avril 1953 à la Cathédrale et est officié par Monseigneur Fernando Cento.

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Le couple a cinq enfants, trois fils et deux filles. La Princesse Marie-Astrid naît le 17 janvier 1954 suivie de près par le Prince Henri le 16 avril 1955. Les jumeaux, le Prince Jean et la Princesse Margaretha viennent au monde le 15 mai 1957 suivis par le dernier né, le Prince Guillaume, le 1er mai 1963.

Moment marquant de la vie du Grand-Duc héritier de l’époque, il devient "Lieutenant Représentant" de sa mère le 28 avril 1961 et prête serment à la Chambre.

Le 12 novembre 1964, la Grande-Duchesse Charlotte décide d’abdiquer menant le Prince Jean à prêter serment devant la Chambre afin de continuer à servir son pays, en tant que Grand-Duc cette fois.

Abdication de la Grande-Duchesse Charlotte le 12 novembre 1964, son fils Jean à ses côtés. / © AFP

UN RÈGNE SANS AUCUN FAUX PAS

En 36 années de règne, le Grand-Duc Jean n’a jamais fait de faux pas. Homme intègre, il est toujours resté neutre quant aux événements politiques qui se sont déroulés dans le pays.

Tout au long de son règne, le Grand-Duc Jean a été président d’honneur de l’œuvre des Pupilles de la Nation, président d’honneur du comité olympique et sportif et membre du comité international olympique. Il a également été membre du Conseil d’Etat pendant dix années.

Polyvalent, le Grand-Duc Jean a toujours donné beaucoup d’importance à sa fonction de chef-scout des Guides et Scouts luxembourgeois. Un statut qui lui permettait de troquer le langage officiel et guindé inhérent à sa fonction au profit d’une atmosphère plus décontractée.

ABDICATION, DEUIL ET ANNIVERSAIRES

Le 7 octobre 2000, le Grand-Duc Jean renonce au trône et laisse sa place à son fils, le Grand-Duc héritier Henri. Le premier fils de ce dernier, le Prince Guillaume, devient lui Grand-Duc héritier le 18 décembre 2000.

Cinq années plus tard, la Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte décède des suites d’une longue maladie laissant sa famille en deuil et le Grand-Duc Jean veuf.

Le Grand-Duc Jean près du cercueil de sa femme, la Grande-Duchesse Joséphine-Charlotte, le 11 janvier 2005. / © OLIVIER HOSLET / BELGA / AFP

Le 5 janvier 2011, le Grand-Duc Jean fête son 90e anniversaire entouré par toute la famille grand-ducale. Il sera célébré par un concert à la Philharmonie.

La famille grand-ducale lors du 90e anniversaire du Grand-Duc Jean, le 5 janvier 2011. / © AFP

En 2014, il participe aux commémorations du 70e anniversaire du Débarquement de Normandie en tant que seul monarque à avoir combattu aux côtés des alliés.

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Ignorant parfois ses problèmes de santé, il a toujours mis un point d’honneur à participer aux célébrations familiales telles que le mariage du Grand-Duc héritier Guillaume et de la Princesse Stéphanie en octobre 2012, le mariage du Prince Felix et de la Princesse Claire en septembre 2013 ou encore le baptême de son arrière-petite-fille, la Princesse Amalia en juillet 2014.

Comme cela figure sur le site internet de la Cour grand-ducale, les fêtes en famille ont toujours été des moments particuliers aux yeux du Grand-Duc Jean qui était toujours installé à la place d’honneur au milieu de pas moins de quatre générations.

Au moment de son décès, le Grand-Duc Jean était le père de cinq enfants, le grand-père de 21 petits-enfants et l’arrière-grand-père de dix arrière-petits-enfants.