Le procès qui s'est déroulé jeudi après-midi au Tribunal de Luxembourg, avait un petit côté "choc des cultures".

Le fils du musicien Serge Tonnar, Tun Tonnar, y comparaissait à cause de sa chanson „FCK LXB“, pour „Féck Lëtzebuerg“, autrement dit "Fuck Luxembourg". Il était poursuivi pour insulte.

L'an dernier, à la fin de la campagne électorale, il défiait notamment dans ce morceau, l'ADR et le parti "déi Konservativ". Le candidat ADR Fred Keup, le candidat des Konservativ Joé Thein et un homme déjà condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine, avaient déposé plainte.

C'est dans une salle comble et avec une présence policière plus importante que d'habitude que le procès a eu lieu.

Une réponse au discours identitaire

L'accusé a déclaré qu'il n'avait injurié personne, mais qu'il avait voulu attirer l'attention sur l'attitude xénophobe de personnes qui, à son avis, ameutaient la foule. „Peut-on dire ce qu'on veut?“, a immédiatement demandé la Présidente de la Cour. Il y a évidemment des limites, a répondu le prévenu. Il peut accepter que ça ne plaise pas à certains, mais c'était sa réponse au discours identitaire. „Plus personnel, il n'y a pas!“, a souligné la juge. C'était aussi son droit de tenir tête à ces gens, a déclaré l'accusé. La question était seulement dans quelles limites, a répliqué la Présidente. "Féck" n'était pas une injure et s'il l'avait formulé autrement, cela n'aurait pas eu cet impact, selon le prévenu, pour qui "Féck" n'est pas un mot pour injurier. Tout cela n'avait pas été pensé contre des personnes, mais dirigé contre une idéologie, qui était celle de ces gens.

Attaques personnelles

Maître Philippe Penning, l'avocat de l'accusé, a parlé d'une formulation exagérée et a pointé la liberté de pensée. La chanson était une réaction aux contenus identitaires, notamment de l'ADR et des Konservativ. Il était légitime de prendre position contre cela et tout cela n'avait pas été pensé personnellement. Il n'y aurait eu aucune intention de nuire non plus. La représentante du Parquet a vu les choses différemment: associer "Féck" à des noms aurait une autre signification. C'est un propos vulgaire qui a pour objectif de dénigrer des gens. Des attaques personnelles ne sont pas acceptables et le morceau était sorti des limites de ce qui est autorisé. La substitut a finalement requis une amende de 1.500 euros à cause de l'intention de nuire et parce qu'on ne peut pas prêcher la tolérance et s'appliquer d'autres normes à soi-même.

Blessé par les paroles de la chanson

Auparavant Maître Alex Penning, l'avocat de Fred Keup, avait réclamé pour son client 5.000 euros de dommages et intérêts, parce que la satire s'arrête aux personnes. Idem pour Joé Thein, qui s'est dit blessé par les paroles de la chanson. Le troisième homme a demandé des excuses publiques, 10.000 euros d'amende et que le morceau soit effacé.

Le Tribunal rendra son verdict le 8 mai.