Les spécialistes sont formels: dans très peu de temps, l'autoroute A31 sera (beaucoup) plus congestionnée qu'aujourd'hui.

Comment qualifier la circulation sur l'A31 en heures de pointe? Imprévisible? Catastrophique? Insupportable? Suffisamment mauvaise en tout cas pour placer les frontaliers français dans une situation difficile: ils savent quand ils prennent la route, pas quand ils vont arriver. Et peuvent voir leur temps de trajet doubler sur les heures de pointe.

"Cette situation ne permet pas de garantir un temps de parcours fiable et engendre des difficultés de déplacement, un coût de transport plus important pour les usagers et une perte de compétitivité pour les entreprises du territoire" reconnaît la préfecture dans le dossier de concertation de l'A31bis. "Le trafic y a d’ailleurs augmenté de plus de 30 % en 20 ans." Et le pire est encore... Devant nous !

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Trafic actuel et projection de trafic en 2030 sur l'A31. / © Préfecture de la Moselle

Selon les projections, la croissance du nombre de frontaliers va, entre autres, contribuer à faire gonfler encore le trafic sur l'A31 d'ici 2030. Car la voiture "reste le principal moyen de transport des frontaliers: 75 % des déplacements s’effectuant en voiture individuelle". Avec 20.000 travailleurs frontaliers de plus d'ici là, et même s'ils ne fréquentent pas tous cet axe, l'autoroute sera forcément mise à rude épreuve.

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À en croire les modèles de la Dreal, l'A31 sera complètement congestionnée en 2030. / © Préfecture de la Moselle

En 2030, "la capacité de l’autoroute sera dépassée sur de nombreuses sections". Sur la pointe du matin, on estime que l'A31 ne pourra pas absorber plus de voitures entre Thionville et la frontière. Idem près de Guénange et Bertrange. Et le seuil sera presque atteint sur la traversée de Thionville et le triangle de la Fensch. "À Thionville, ça va coincer" confirme Hervé Vanlaer, directeur de la Dreal Grand Est.

En heures de pointe, la Dreal a calculé qu'un automobiliste circulera sur l'A31 à une vitesse moyenne... Inférieure à 40 km/h entre Thionville et le Luxembourg.

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En 2030, les prévisions de trafic seront "noires" sur l'A31, qui ne pourra pas absorber le flux de véhicules attendus. / © Préfecture de la Moselle

Ce sont ces arguments qui poussent l'État à vouloir créer un contournement de Thionville et à élargir l'autoroute à 2x3 voies jusqu'à la frontière. Tout en essayant de miser sur d'autres moyens de transport. La capacité de la ligne ferroviaire Metz-Luxembourg, la "2e ligne TER de France en fréquentation", doit doubler d'ici 2030. Quant aux bus et au covoiturage, ils seront vraisemblablement intégrés dans le projet d'A31bis. Sans toutefois assurer que l'ensemble des moyens mis en place suffisent à garantir des déplacements efficaces.

Les opposants à ces grands travaux sur l'A31 dénoncent d'ailleurs un projet en retard, "anachronique" et qui sera "déjà dépassé" quand l'infrastructure sera enfin mise en service. Surtout qu'il coûtera cher aux automobilistes, faisant craindre un report de trafic désastreux pour les communes riveraines de l'autoroute. Autant dire que la concertation promet d'être animée jusqu'en février.

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