"Les premiers éléments de l'enquête" sur la mort lundi d'un agent du fisc lors d'un contrôle chez un brocanteur du Pas-de-Calais "semblent se diriger vers un acte prémédité", a indiqué mardi le procureur de la République d’Arras, Sylvain Barbier Sainte-Marie.

"Nous avons retrouvé sur place des colliers de serrage" avec lesquels l'inspecteur principal tué et une collègue ont été attachés, et "ces liens avaient été probablement acheté avant les faits", sachant qu'un rendez-vous avait été fixé pour le contrôle, a mis en avant le procureur lors d'un point de presse à l'appui de cette thèse.

43 ANS

Un agent du fisc de 43 ans a été tué lundi après avoir été séquestré avec une collègue dans le cadre d'un contrôle fiscal chez un brocanteur de Bullecourt (Pas-de-Calais), qui s'est ensuite donné la mort.

La victime, inspecteur principal des finances publiques, a été retrouvée morte "probablement à la suite de coups de couteau", a affirmé le parquet d'Arras dans un communiqué.

L'inspectrice "qui l'accompagnait, très choquée, a été prise en charge par les secours. Ses jours ne sont pas en danger", a-t-il ajouté.

Tous deux "procédaient à une intervention à domicile pour effectuer une vérification de la comptabilité" de l'entreprise d'un homme de 46 ans, qui les auraient alors séquestrés et ligotés, est-il précisé dans le communiqué.

"Le mis en cause se serait donné la mort par arme à feu", selon le parquet. "Cet homme faisait simplement son travail (...) Aujourd'hui, il n'est pas revenu. Il a été tué dans le cadre de ce contrôle fiscal", a affirmé le ministre des Comptes publics, Gabriel Attal, qui s'est exprimé en milieu de soirée devant le Sénat.

La victime était chef de brigade de vérification dans le Pas-de-Calais, a-t-il précisé.

SA COLLÈGUE LIGOTÉE SUR UNE CHAISE

Selon une source proche de l'enquête l'inspectrice qui l'accompagnait a été retrouvée au domicile du brocanteur "ligotée sur une chaise et profondément choquée".

"Au moment de l'arrivée des gendarmes, les deux hommes étaient morts", a précisé une deuxième source proche de l'enquête, soulignant que la gendarmerie avait été alertée peu après 18H00 "par un témoin".

La section de recherche de la gendarmerie des Hauts-de-France a été saisie dans le cadre d'une enquête de flagrance pour assassinat.

Le brocanteur, divorcé et père de deux enfants, "était arrivé dans le village il y a quatre ans", a affirmé à l'AFP le maire du village, Éric Bianchin. "Il avait acheté une ferme rue de Quéant, où il faisait des ventes chez lui. Il vidait les maisons, les vides-greniers et revendait chez lui", a-t-il ajouté, les yeux humides derrière ses lunettes.

"C'est un petit village, tout le monde se connaît. Je n'ai jamais eu de problème avec lui, il était serviable, c'était une personne lambda. Il était intégré dans le village", a poursuivi le maire. Selon lui, les habitants "le voyaient très peu", car "il partait très tôt le matin pour son activité".

Les collègues de la victime, qui travaillait pour "la direction départementale des finances publiques (DDFIP) du Pas-de-Calais et plus largement tous les agents des finances publiques sont ce soir bouleversés et en deuil", a déclaré M. Attal devant le Sénat, évoquant "un drame innommable".

Il a indiqué qu'il se rendrait à la DDFIP d'Arras mardi matin. Il y est attendu à 11H30. "Ce soir, le service public a le visage de ce chef de brigade", a-t-il insisté, avant d'inviter à un moment de recueillement "en son hommage" dans l'hémicycle.

Appelés vers 19H00, les pompiers avaient confirmé en début de soirée "deux décédés à Bullecourt et un blessé".

Le procureur de la République d’Arras, Sylvain Barbier Sainte-Marie, et le préfet du Pas-de-Calais, Jacques Billant, se sont rendus sur place.

Vers 23H00, les gendarmes étaient encore déployés dans le village du Bullecourt, déserté en cette soirée, bloquant la rue du domicile du brocanteur, a constaté un journaliste de l’AFP. Le village de 250 habitants, composé de maisons de briques, est situé au sud d'Arras.