Gwendoline, âgée de 24 ans, a été mortellement percutée par une voiture dans la région de Charleroi (Belgique) le 24 janvier dernier. Face au verdict de la justice, la mère de la victime est effondrée: "c'est répugnant".

Gwendoline, âgée de 24 ans, a été percutée par une voiture dans la région de Charleroi le 24 janvier dernier. Elle décédera des suites de ses blessures le 30 janvier. Elle laisse derrière elle une petite fille de 5 ans, actuellement en famille d’accueil. Sandrine, sa maman, fait aujourd’hui le deuil de sa fille, et est en même temps révoltée par la décision du juge quant à la peine de l’homme qui l’a tué.

Que s'est-il passé ?

L’homme qui conduisait la voiture accompagné de sa femme, a percuté Gwendoline qui traversait sur le passage piéton. Il roulait à 80 km/h sur une route à 60. Multirécidiviste, il conduisait sans permis au moment de l’accident et a pris la fuite après avoir renversé la jeune femme. "Il a laissé ma fille comme une grosse merde", nous raconte sa maman, inconsolable depuis la perte de sa fille aînée. De peur d’aller en prison, il a fait croire aux policiers que c’était sa compagne qui conduisait et non lui. Sauf que les caméras de surveillance ont pu le reconnaître derrière le volant.

Un verdict de procès insatisfaisant pour la famille

Sandrine raconte: "On a été deux fois au tribunal. La première fois que je l’ai vu, et il m’a regardé méchamment dans les yeux, mais je n’ai pas baissé le regard (…) il s’est excusé mais je lui ai dit : 'La loi, c’est la loi, quand on voit un passage piéton, on s'arrête'". Le procureur du Roi a requis un cumul de peine amenant à 11 ans ferme à l’encontre de l'accusé : "Franchement chapeau, j’étais fière de lui", explique Sandrine. "Même si pour moi, il mériterait plus, vu la souffrance que je vais vivre chaque jour, chaque minute jusqu’à la fin de ma vie, je me suis dit 'ok, 11 ans ça va".

Finalement, le juge décidera d’une peine de 32 mois et une possibilité de repasser son permis dans 5 ans. Sandrine est sous le choc face à ce verdict : "Je suis révoltée, je ne trouve pas ça normal. (…) Je suis sortie du tribunal, prête à m’écrouler par terre. C'est répugnant".

Et d’un point de vue juridique ?

Bruno Gysels, avocat et spécialiste en circulation routière, nous expose les options qui s’offrent à la famille suite au jugement : "La famille de la victime a une possibilité de faire appel de ce jugement. (…). Son appel ne peut cependant se faire qu’au civil, donc elle ne peut remettre en cause la peine de prison qui a été donnée au prévenu. Elle peut faire appel sur les aspects financiers". Maître Gysels continue en expliquant que le parquet pourrait aussi faire appel de la décision, cette fois-ci également au pénal. Arthur, s’il considère que la peine qui lui a été donnée est trop lourde, peut aussi faire appel de la décision. Une particularité dans ce cas-ci : "Il faut que le parquet suive le prévenu, c’est-à-dire que si ce dernier fait appel, le parquet doit aussi le faire pour demander, du coup, une peine plus lourde".

Pour maître Gysels, il peut aussi y avoir une stratégie de la partie civile : "Quand il y a un appel d’une partie civile, cela va susciter un nouveau procès, et le parquet va se dire : 'Tant qu’à faire un nouveau procès, je vais faire appel aussi', donc ça pourrait être une stratégie de la part de la famille puisque la loi ne lui permet pas de faire appel au niveau pénal, peu importe le civil, cela va peut-être susciter un appel au pénal de la part du parquet".

De manière générale, Bruno Gysels rappelle en revanche que c’est le juge qui décide : "Le juge a la liberté puisque le législateur lui donne une fourchette de peines, et puis c’est à lui à choisir une peine qui lui semble satisfaisante".

Julie Warnier, psychologue indépendante, organise et anime des groupes de parole au PEVR, une association pour les parents ayant perdu des enfants dans des accidents de la route. Ces séances sont aussi ouvertes à d’autres membres de la famille, comme les grands-parents et les frères et sœurs. Le PEVR organise également des séances privées et d’autres activités qui permettent aux parents de se retrouver et d’échanger.

Elle explique la grande particularité du deuil qu’un parent doit faire lorsqu’il perd un enfant: "On n'a dans notre perception de la vie, en tant qu’être humain, aucune préparation à la perte d’un enfant. C’est l’enfant qui se prépare à un moment donné à perdre son parent. Le processus est donc plus compliqué ici, il y a un sentiment de non-normalité et de culpabilité où le parent pense que c’est lui qui doit partir".

Concrètement, peu de choses peuvent être faites pour aller de l’avant après un tel drame. Mais des associations comme le PEVR sont nombreuses : "Le fait de participer à des groupes de parole peut apaiser. Des accompagnements personnalisés existent aussi. Mais le deuil reste quelque chose qui prend beaucoup de temps. Parfois, le sentiment d’injustice ne passe pas, surtout quand, selon le parent, la reconnaissance de la peine engendrée n’est pas reconnue par la justice lors du procès. Cette reconnaissance par rapport à la souffrance et à la perte est très importante".

La famille de Gwendoline a décidé de faire appel au civil.