La facture annuelle de gaz des foyers allemands va s'alourdir de plusieurs centaines d'euros en raison de la crise de l'énergie, selon des données publiées lundi. Le gouvernement promet d'amortir le choc pour les plus modestes.

À partir du 1er octobre, les importateurs pourront prélever 2,4 centimes de plus par kilowattheure (KWh) de gaz auprès des entreprises et des particuliers, a annoncé lundi l'organisation des gestionnaires de réseau Trading Hub Europe (THE).

Concrètement, et en incluant la TVA, 2,4 centimes par KWh représentent 600 euros de plus sur la facture annuelle d'une famille avec deux enfants et une consommation moyenne de 20.000 KWh. La somme est de 480 euros hors taxes.

Berlin a promis de "trouver un moyen" pour exempter ce prélèvement supplémentaire de la TVA, selon le ministère de l'Économie.

Le prélèvement a été mis en place par le gouvernement jusqu'au 1er avril 2024 pour soutenir les importateurs et distributeurs de gaz qui doivent acheter plus cher sur le marché mondial depuis la guerre en Ukraine et la baisse des livraisons russes. Il doit être recalculé tous les trois mois.

"C'EST UNE ERREUR POLITIQUE"

"L'objectif est d'assurer l'approvisionnement en gaz suite à la crise énergétique allemande et européenne déclenchée par l'attaque russe de l'Ukraine", a expliqué le ministère.

L'Allemagne multiplient les efforts ces derniers mois pour trouver des approvisionnements alternatifs. Plus de la moitié du gaz importé provenait, avant la guerre en Ukraine, de Russie. Cette part est passée depuis à 35%.

"L'Allemagne a développé un modèle commercial qui reposait en grande partie sur la dépendance au gaz russe bon marché", a rappelé Robert Habeck, ministre de l'Economie et du Climat, lors d'une conférence de presse.

"C'est une erreur politique de s'être rendu dépendant d'un potentat (...) qui méprise les droits de l'homme et des citoyens", a-t-il martelé.

Pour amortir le choc, le prélèvement "doit et sera accompagné d'un nouveau paquet d'aides", a également promis M. Habeck.

"PILULE AMÈRE" POUR LES INDUSTRIELS

L'Allemagne a déjà mis en place des aides d'un montant total de 30 milliards d'euros pour soulager les particuliers, parmi lesquelles des rabais à la pompe ou encore le populaire billet à 9 euros qui permet de voyager pendant un mois dans les transports en commun et les trains régionaux. La mesure s'arrête toutefois fin août.

Berlin a aussi prévu d'injecter des milliards d'euros dans Uniper, premier importateur et stockeur de gaz en Allemagne, frappé de plein fouet par la baisse depuis mi-juin des livraisons de gaz russe.

A l'inverse, le groupe RWE a annoncé qu'il renonçait à son droit de répercuter la hausse des prix à travers cette surcharge.

Selon l'institut économique de Kiel, l'impact du prélèvement supplémentaire sur les factures de gaz sur l'inflation, déjà élevée dans la première économie européenne, devrait se solder par une hausse de à 0,9 point de pourcentage d'ici la fin de l'année.

L'association de l'industrie chimique (VCI), grande consommatrice de gaz, évalue de son côté à plus de 3 milliards d'euros le surcoût annuel occasionné par ce prélèvement, estimant dans un communiqué qu'il s'agit d'une "pilule amère" pour les industriels.