La pêche à l’aimant, une activité originale avec son lot de surprises, et qui n’est pas exempte de risques. Nicolas et ses acolytes en ont fait l’expérience cet été.

S’ils ne sont pas embarrassés des formalités nécessaires à la pêche à l’aimant, ils ont heureusement conscience des éventuels dangers. Car le jeune homme de Glons (près de Liège) a sorti de l’eau du Geer "un obus de la guerre encore actif", raconte-t-il à RTL.be.

PÊCHER À L'AIMANT, QU'EST-CE QUE C'EST?

Rien à voir avec les poissons ou autres crustacés… Il s’agit de sortir des métaux des rivières, des canaux, des fonds des lacs ou des puits à l’aide d’un aimant attaché au bout d’une corde.

En fonction de leur force (80 Kg, 100 Kg, 150 Kg…), ces aimants permettent de remonter des objets plus ou moins lourds. Leur prix varie de 25 jusqu’à plusieurs centaines d’euros. Une bonne paire de gants, une corde suffisamment longue (entre 15 et 30 mètres) sont les seuls autres accessoires nécessaires. Des marques spécialisées vendent des kits complets.

"C’est tout simple et accessible à tous", raconte Nicolas, 25 ans. Le jeune homme a commencé cette activité début mai, après qu’un ami lui en a parlé. "Avec le bouche-à-oreille, ça a amené d’autres personnes que je connaissais de mon village à venir voir ce que je faisais. Ça les a intéressés. Ils ont commencé à acheter des équipements", raconte-t-il. Un groupe de 5,6 personne s’est ainsi créé, petit à petit. Le week-end, ou pendant les vacances, ils partent ensemble "à la pêche".

"On fait ça pour le plaisir", dit Nicolas. Qu’est-ce qui l’aime dans ce loisir ? "Un peu l’adrénaline. Parce qu’on ne sait jamais quand on lance, ce qu’on peut sortir, explique-t-il. Parfois, on peut sortir des bêtes morceaux de clous, un vélo ou une trottinette électrique. On sort un peu de tout en fait ! C’est le hasard. Et ça nous fait passer le temps". Autre motivation, l’aspect écologique : "Ça participe un peu à la dépollution de certains endroits".

Nicolas et ses amis se sont lancés dans cette activité sans penser à demander une autorisation. "On est des amateurs", dit le jeune homme. Certes, mais d’après Dominique Bosquet, archéologue à l’Agence wallonne du patrimoine, il faut demander l’accord du gestionnaire du cours d’eau. "Ça peut être la commune, la province, une personne privée…, explique-t-il. S’il ne le fait pas, il est dans l’illégalité". Quant à pêcher à l’aimant sur des voies navigables, c’est interdit.

UN OBUS AU BOUT DE LA LIGNE

Début juin, Nicolas est parti avec ses compagnons fouiller le fond du Geer, la rivière qui passe à Glons. Posté sur un pont avec leur attirail, l’un a senti "un truc assez lourd" au bout de la corde. "Viens m’aider", a-t-il lancé à Nicolas. "C’est en sortant de l’eau qu’on a remarqué que c’était… un obus !", raconte-t-il. "On a directement compris parce que dans le village où je vis, il y a eu la guerre. On s’attendait à sortir des trucs comme ça".

Nicolas s’est alors souvenu de vidéos sur la pêche à l’aimant qu’il avait regardées sur YouTube. "Je connaissais les réflexes à avoir, c’est-à-dire replonger l’objet dans l’eau délicatement et appeler la police", explique-t-il. Et de confier : "C’était quand même impressionnant. Je ne préférais pas prendre plus de risque".

Appeler la police était effectivement la chose à faire, confirme Dominique Bosquet : "Pour les pièces explosives, la procédure à suivre est toujours la même en cours d’eau ou non. On appelle la police et la police décide s’il faut prévenir le service de déminage de l’armée".

La police est arrivée sur place. "Ils nous ont expliqué qu’il ne fallait plus toucher ni aux aimants, ni aux cordes, à plus rien du tout", raconte Nicolas. "Une demi-heure, une heure après, le service de déminage est arrivé sur place. Là, malheureusement, on n’a rien su voir parce qu’on a dû s’éloigner assez bien. Ils l’ont sorti de l’eau et ils ont fait ce qu’ils avaient à faire".

La pratique de la pêche à l’aimant connaît un essor très important ces dernières années. "C’est une mode qui est en train de se développer, un truc de fou !", constate Dominique Bosquet. Si certains y voient une pratique qui permet de dépolluer, d’autres n’ont pas les mêmes motivations : "Il y en a qui vous retire quasiment des bagnoles de la rivière, des cadis, des vieilles motos… Vous imaginez ce que ça peut générer en termes de pollution et de troubles de l’espace public", regrette-t-il. Selon lui, la législation sur la détection de métaux, qui date de 2019, devrait être revue et adaptée à ce phénomène.