Dans les Vosges, l'inquiétude est vive à Gérardmer qui affronte une sécheresse estivale d'une intensité et d'une précocité exceptionnelles. La nappe phréatique est exsangue et la ville doit puiser l'eau dans le lac qui fait sa réputation.

Prévoyante, Léa Poupelin a rempli les carafes et préparé des glaçons du lendemain dès mardi soir dans son snack-bar des rives du lac de Gérardmer.

Mercredi, l'eau du réseau public a été déclarée non potable pour au moins 48 heures dans cette station des Vosges. Victime d'une sécheresse d'une ampleur et d'une précocité exceptionnelles, la ville est désormais contrainte de puiser l'eau de son célèbre lac qui doit encore être soigneusement analysée avant d'être déclarée propre à la consommation.

La gérante de 33 ans l'assure : "c'est la première fois qu'on voit une telle situation". Sur les tables de son établissement, les bouteilles d'eau minérale fleurissent sous un soleil brûlant et des températures étouffantes qui ont atteint 34°C mercredi.

Les vagues successives de canicule et les maigres précipitations ont eu raison des sources et de la nappe phréatique de Ramberchamp qui alimentent habituellement la ville. Leurs niveaux "sont aujourd'hui au plus bas", "insuffisants pour que l'on puisse pomper dedans", explique le maire (PS), Stessy Speissmann.

SITUATION EXTRÊMES

La situation n'est pas inédite, Gérardmer a déjà dû puiser dans son lac pendant quelques jours en 2015 et 2020, et "de façon plus importante en 2003", se souvient l'édile, mais ce sont désormais des situations extrêmes.

"On n'a jamais vu cette situation aussi tôt dans l'année", s'inquiète Stessy Speissmann devant le lit asséché de la Jamagne qui peut atteindre habituellement 60 cm de profondeur. Le niveau du lac ayant baissé de "17 cm depuis un mois", ce ruisseau "exutoire", sorte de trop-plein du plan d'eau, est désormais à sec.

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© SEBASTIEN BOZON / AFP

Pendant la saison de ski, si Gérardmer connaît toujours des températures négatives et de la neige, les redoux de "deux, trois jours" sont de plus en plus fréquents. Et maintenant, la sécheresse estivale...

Le maire ne cache pas son inquiétude, convaincu que ces épisodes sont amenés à se reproduire fréquemment dans cette villégiature qui triple sa population l'été, passant de 8.000 à plus de 25.000 habitants.

Il en appelle donc à la vigilance des touristes et au respect des mesures de restrictions qu'il a prises par arrêté communal fin juillet, car "ce n'est pas parce qu'on voit l'énorme masse d'eau qu'est le lac qu'il n'y a pas de problèmes d'eau", insiste-t-il. Sur les plages du lac, les douches publiques ont été fermées. Et sur les rives, habitants et vacanciers ont interdiction de remplir leurs piscines et spas.

TRÈS BELLE SAISON

Une inquiétude partagée par Michel Chanteperdrix, loueur de pédalos et des bateaux électriques. Si les touristes sont au rendez-vous et l'activité tourne à plein pour cette "très belle saison", il se demande comment adapter son activité aux fluctuations du niveau du lac.

Son ponton sur pilotis émerge outrageusement. Et comme la météo n'annonce pas une goutte de pluie pour les deux prochaines semaines, "on va encore perdre 10 à 15 cm", redoute-t-il. Les pédalos qui flottent encore dans quelques centimètres d'eau près de la plage pourraient ainsi bien se retrouver échoués sur le sable.

Michel Chanteperdrix songe à installer un ponton flottant afin de s'adapter à ces fluctuations du niveau du lac de plus en plus marquées et inquiétantes.

En attendant, l'eau n'a jamais été "aussi bonne", se réjouit, comme d'autres baigneurs, Anne-Laure Vogel, 39 ans, qui a grandi dans les Vosges et se souvient des baignades express de son enfance dans une eau frisquette.

Résidant désormais dans le Vaucluse, elle est revenue cet été en famille dans sa région natale pour "chercher la fraîcheur" . "Mais on a quand même chaud", remarque-t-elle. Depuis la plage, elle surveille ses trois jeunes enfants qui jouent dans l'eau depuis plus d'une heure: "même pas froid !".