Face au plein emploi luxembourgeois, la Moselle évolue à un rythme moins soutenu. Ce qui pourrait bien lui servir. Suite et fin de notre focus sur la place du département et de ses frontaliers aux côtés de son voisin grand-ducal.

Le Luxembourg embauche à tour de bras... jusqu'à atteindre une situation de quasi plein emploi. En février 2022, le taux de chômage est descendu à 4,7% ce mois de mars. Et devrait évoluer entre 4,7 et 5,1% en fin d'année, selon les prévisions respectives du Statec et de la Fondation Idea.

Si l'État ne peut que se réjouir de voir sa population travailler, cela pose problème aux entreprises, qui peuvent avoir du mal à recruter quand la main d'œuvre vient à manquer. Un casse-tête qui ne sera pas forcément réglé de sitôt: le Luxembourg approche du cap des 500.000 travailleurs et pourrait créer quelque 70.000 emplois d'ici 2026. Des postes qui ne seront pas pourvus sans l'arrivée de nouveaux résidents et de frontaliers.

"Il y a une tension sur le marché du travail par secteur. C'est plus prégnant au Luxembourg, qui a des difficultés de recrutement sur le tertiaire" explique Rodolphe Rhit, responsable du service transfrontalier pour Pôle Emploi Grand Est. "Au-delà, la réalité est la même que sur notre marché national. Avec les secteurs de la construction, de l'administratif ou de l'hôtellerie."Les frontaliers pourraient être les premiers à en profiter.

QUI SONT LES TRAVAILLEURS QUI FILENT VERS LE LUXEMBOURG?

Côté français, en Moselle, cela fait longtemps que l'on s'est organisé pour profiter de la dynamique luxembourgeoise. Y compris chez les demandeurs d'emploi français. Plusieurs agences frontalières de Pôle Emploi abritent le service Eures, qui peut aider à décrocher un job au Luxembourg. C'est le cas à Longwy, Hayange ou Thionville...

Et justement, il y a de futurs employés disponibles. Sur le bassin d'emploi de Metz et Thionville, le taux de chômage atteint 7,7%. La dynamique est bonne, puisqu'il y a moins de chômeurs que dans le reste de la France. Mais il y en a toujours plus qu'au Luxembourg.

"Sur plus de 450.000 demandeurs d'emploi dans le Grand Est, il y en a 30.000 qui ont émis un souhait de mobilité vers le Luxembourg" détaille Rodolphe Rhit. Cela signifie qu'ils sont tenus de chercher en France, mais ont signalé leur désir de rejoindre le Grand-Duché si une offre se présentait. "Si certains veulent travailler à l'étranger, on s'engage à les accompagner."

Le profil type des demandeurs d'emploi mosellans souhaitant rejoindre le Luxembourg est assez marqué. Plutôt jeunes (76% d'entre eux ont entre 26 et 49 ans) et plutôt masculins (à 60%), ces travailleurs désireux d'être frontaliers se dirigent plutôt vers les secteurs du commerce, des transports ou des services. Avec un atout dans leur manche: un diplôme d'étude supérieure (au moins la moitié ont un bac+2). En dix ans, le nombre de frontaliers venant de France a augmenté de 46%, pour dépasser récemment les 112.000.

Mais que ce soit côté luxembourgeois ou mosellan, "on arrive à des taux de chômage de plus en plus bas" souligne Rodolphe Rhit. Or, la main d'œuvre toujours disponible est celle qui présente le plus d'obstacles pour une embauche: une situation financière compliquée, pas de permis de conduire, des problèmes de santé... Ou des compétences qui ne correspondent pas aux besoins.

Toutes les offres d'emploi au Luxembourg sont sur RTL 5minutes.

Peut-on craindre une fuite des talents?"Notre position frontalière est une chance énorme" tempère Fabrice Genter, président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Moselle. "Des personnes peuvent être formées ici et aller travailler au Luxembourg. Et parfois, elles reviennent." À leur retour, certaines auront accumulé de l'expérience et un savoir-faire qu'elles n'auraient peut-être pas développé sans le Luxembourg.

"Il y a toute une frange de frontaliers qu'on n'aurait jamais eue sans le Luxembourg" affirme-t-il en référence aux Français qui se sont éloignés des très grandes villes du pays pour s'installer en Moselle. Certaines entreprises peuvent aussi choisir la région, idéalement placée sur le plan géographique.

Si Pôle Emploi soutient les demandeurs qui veulent traverser la frontière, il espère aussi attirer des frontaliers dans l'autre sens, d'un pays voisin vers la France. "Attirer un Luxembourgeois ou un Suisse est plus compliqué compte tenu de la rémunération" reconnaît toutefois Mr Rhit.

Alors que certains secteurs sont davantage mis sous tensions que d'autres, le problème est généralisé selon le président de la CCI de Moselle. Ce à quoi les deux pays tentent de trouver des solutions, en multipliant les partenariats de formation ou les projets communs qui leur bénéficieront bientôt.

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