Ce lundi, près de 30.000 Belges ont récupéré gratuitement des comprimés d'iode à la pharmacie selon des chiffres communiqués par l'Association pharmacie belge (APB).

Il y a quelques jours, la Russie a lancé une invasion de l'Ukraine et a mis la main sur la centrale ukrainienne de Tchernobyl, site du pire accident nucléaire de l'Histoire en 1986. Ce passage sous contrôle russe semble avoir suscité un intérêt grandissant des Belges pour les comprimés d'iode. La ruée s'est encore accentuée depuis dimanche, lorsque le président russe Vladimir Poutine a annoncé qu'il mettait la "force de dissuasion" nucléaire russe en alerte.

Via le bouton orange Alertez-nous, Adrien se demande s'il ne serait pas utile de se procurer ces comprimés. "À la base, je ne suis pas quelqu'un d'hyper inquiet par rapport à l'actualité mais j'ai l'impression que ça prend une tournure dramatique. Poutine est occupé à perdre la tête et à faire n'importe quoi. Cette menace nucléaire me fait réagir et je me dis que l'on est pas à l'abri d'une catastrophe", confie-t-il.

Pour moi, c'est plus par précaution

Avant d'ajouter : "Je sais qu'il existe ces pastilles d'iode pour se protéger dans le cas où il y aurait un souci nucléaire. J'ai peur qu'il y ait une ruée sur les gélules et que, le moment venu, si l'on en a vraiment besoin, on n'en trouve plus. Donc je me pose la question de savoir s'il ne serait pas utile d'aller chercher une ou deux boîtes en pharmacie pour qu'elles soient disponibles au cas où".

Un sentiment partagé par Vanessa qui s'est déjà rendue en pharmacie pour tenter de trouver des pastilles d'iode. "J'ai été à la pharmacie du coin pour voir s'il n'y avait pas de pastilles d'iode car mes colocataires commençaient à s'inquiéter (...) Depuis hier, je ne suis pas à l'aise. Pour moi, c'est plus par précaution. Quand il y avait eu les alertes à Fukushima, je me souviens que le gouvernement avait distribué ses pastilles d'iode", explique-t-elle.

Des comprimés accessibles gratuitement

Depuis le printemps 2018, les Belges peuvent se procurer gratuitement des comprimés d'iode en pharmacie. Ces pilules doivent être prises de manière préventive en cas de catastrophe nucléaire, si de l'iode radioactif est libéré, afin de prévenir le cancer de la thyroïde. Les comprimés sont distribués dans un emballage contenant 10 pilules, ce qui suffit à un foyer de quatre personnes.

Depuis 2018, près de 710.000 boîtes ont été écoulées via les pharmacies. Selon la cellule de crise, le stock fédéral s’élève encore à plus de 1,5 million de boîtes auxquelles s’ajoutent encore 700.000 unités dans les différentes casernes de la protection civile. Il y a donc encore du stock.

Face à cela, nous nous sommes questionnés sur les motivations de cette ruée. Est-elle justifiée ? Les experts que nous avons interrogés sont unanimes : disposer de pastilles d'iode est un bon réflexe. Mais actuellement, la situation en Ukraine ne présente pas de danger pour ceux qui se trouvent sur le territoire belge. 

Louise Liénard, porte-parole de l'Agence fédérale de Contrôle nucléaire, se veut rassurante. "La situation actuelle ne représente aucun danger pour les citoyens belges. Il n'est pas nécessaire de se procurer des comprimés d'iode", indique-t-elle. La porte-parole insiste également sur les risques que la prise d'iode sans un avis extérieur peuvent présenter. "C'est formellement déconseillé car cela peut avoir des conséquences négatives sur la santé". 

Leur utilisation est très encadrée

La porte-parole précise cependant que disposer de manière préventive de comprimés d'iode est toujours un bon réflexe. Une réflexion partagée par Professeur François Jamar, Service de médecine nucléaire dans les Cliniques Universitaires Saint-Luc. "Profiter de cette alerte pour aller chercher ce qui vous attend en pharmacie depuis 3 ou 4 ans est une bonne idée. Autant en avoir à disposition. Je ne dissuaderai certainement pas les gens de les faire mais je ne les encouragerai certainement pas non plus à le faire parce qu'il y a la guerre en Ukraine. Ce n'est pas un motif déterminant à mon sens", éclaire-t-il.

Le Professeur rappelle que ces pastilles doivent être prises uniquement lorsque les autorités en donnent l'ordre. Concrètement, deux situations peuvent justifier la prise de ces comprimés, comme nous l'explique Pr François Jamar :

  • Au cas où le pays serait frappé par des bombes nucléaires. "Mais dans ce cas, les dégâts qui seront produits seront bien plus importants que le risque de cancer thyroïdien. Ça vaut la peine de prendre des gélules d'iode pour autant que l'on ait pas à faire face d'autres problèmes sanitaires comme des brûlures, des fractures, etc", souligne Pr François Jamar.
  • S'il y a des bombardements dans les pays voisins et si des nuages radioactifs arrivent en Belgique

RTL

Concrètement, à quoi servent les pastilles d'iode ? 

Les pastilles d'iode ont une utilité en cas d'accident nucléaire. Lors d’un accident nucléaire, de l’iode radioactif peut être libéré. Cet iode radioactif peut alors se retrouver dans le corps en passant par les voies respiratoires, par la peau ou via les aliments que nous ingérons.

Dans notre organisme, c'est la glande thyroïde, située dans la partie inférieure et antérieure du cou, qui stocke l'iode jusqu'à ce qu'elle soit saturée. En prenant des pastilles d'iode au bon moment, on fait en sorte que la glande thyroïde soit saturée en iode. Dès ce moment, l'organisme n'ingère ainsi plus d'iode radioactif.

"L'iode radioactif se concentre spécifiquement dans la thyroïde et peut, après quelques années, entraîner un risque accru de cancer thyroïdien", explique le Professeur François Jamar.

Qui peut prendre ces pastilles d'iode ? 

Comme le rappelle l'Agence fédérale de Contrôle nucléaire sur son site internet, les femmes enceintes et allaitantes et les enfants sont particulièrement exposés à ce risque. Les personnes de plus de 40 ans et les personnes présentant une allergie/hypersensibilité à l'iode ou une maladie cardiaque sont invitées quant à elles à consulter leur médecin traitant ou spécialiste concernant l'usage éventuel de comprimés d'iode, précise l'Agence.

24h avant l'exposition et maximum 4 à 6h après l'exposition

Quand prendre ces comprimés ?

Comme l'ont rappelé nos interlocuteurs, la prise de ces comprimés doit être encadrée. Il ne faut pas prendre ces gélules de votre propre initiative. "En aucun cas, il ne faut les prendre préventivement parce que des avions circulent ou parce que des missiles sont envoyés à droite et à gauche. C'est vraiment sur instruction des autorités", insiste Professeur François Jamar. Avant d'ajouter: "Il faut garder à l'esprit que c'est une prévention très efficace si elle est appliquée entre 24h avant l'exposition et maximum 4 à 6h après l'exposition. Donc en prendre 5 jours à l'avance n'est pas utile. En prendre 5 jours plus tard n'est plus utile non plus".

Combien de temps les pilules d'iode sont-elles valables ? 

Nicolas Echement, porte-parole de l'Association Pharmaceutique Belge, nous explique que les comprimés ont au moins une durée de validité de 10 ans. Ceux qui ont été récupéré en 2018 sont donc toujours valables. Il est conseillé de les conserver dans un endroit sec, à l'abri de l'humidité et de la lumière, telle qu'une armoire à pharmacie. Il ne faut pas les sortir de leur emballage. À noter que l'emballage ne précise que la date de production et non la date de péremption.