La Province de Luxembourg a trouvé une parade pour lutter contre la pénurie d'infirmières, en particulier près de la frontière. Elle vient de mettre 7.000€ sur la table pour chaque nouvelle recrue dans les hôpitaux de Vivalia qui améliorent, de leur côté, les conditions de travail pour attirer des infirmières.

Le collège provincial de la province de Luxembourg a mis le paquet en votant à l'unanimité vendredi une prime d'attractivité de 7.000€ pour chaque infirmière recrutée entre le 1er janvier 2022 et le 30 septembre 2023 dans les hôpitaux de Vivalia. L'intercommunale de soins de santé qui regroupe six sites hospitaliers et plusieurs maisons de repos et de soins.

Pour toucher l'intégralité de la prime, l'infirmière nouvellement embauchée "s'engage à rester durant trois années consécutives dans un hôpital de Vivalia", est précisé sur le site internet de la Province. La mesure incitative  représente un budget global estimé à 600.000€. Un montant ponctionné dans l'enveloppe d'1 million d'euros annoncée fin novembre 2021 et dont l'objectif est de revaloriser le métier d'infirmières et d'attirer de nouvelles recrues.

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La clinique Saint-Joseph à Arlon. / © Vivalia

La pénurie de personnel hospitalier "est importante et touche l'ensemble de l'Europe. Tout le monde essaye d'embaucher", résume Fabian Namur, directeur de la communication au sein de Vivalia. Il reconnaît que "nos hôpitaux les plus impactés sont ceux situés le plus près de la frontière belgo-luxembourgeoise", à savoir la clinique Saint-Joseph d'Arlon et l'hôpital Sainte-Thérèse de Bastogne.

ATTRACTIVITÉ, SALAIRES, FATIGUE

La pénurie de main d'œuvre n'a été qu'accentuée par la pandémie Covid. Pour Fabian Namur, elle s'explique par "une conjugaison de facteurs". Il cite, en vrac, "l'attractivité du métier, des salaires qui ne sont pas à la hauteur des espérances" mais aussi "une forme de burn-out au sein du personnel de plus en plus sollicité". Le Covid appuyant encore un peu plus là où ça fait mal.

Le "trou" créé par la non-diplomation en 2020 de toute une promotion d'étudiants à cause du rallongement des études infirmière d'une année a encore amenuisé le vivier de recrutement. De sorte que le nouveau contingent de jeunes infirmiers de juin 2022 est attendu avec impatience. La nouvelle prime proposée devrait alors jouer son effet à plein.

Mais en interne, Vivalia sait bien combien pèse la fatigue inhérente aux différentes crises qui se sont succédées et à la reprise des activités hospitalières. Outre des "jours de congé supplémentaires", "toute une série de projets sont en cours pour améliorer le travail infirmier", assure le directeur de sa communication.

Le dernier en date annoncé vendredi a été "éclipsé" par l'annonce de la prime de 7.000€. Il s'agit de la mise en place "d'équipes mobiles logistiques permanentes dans chaque établissement pour analyser les process et notamment les tâches administratives qui ont tendance à éloigner les infirmiers du patients". C'est précisément le contraire qui est visé.

AU MÊME MOMENT EN FRANCE

L'initiative de la province de Luxembourg n'est pas unique puisqu'en France, l'Agence régionale de santé (ARS) d'Ile-de-France a lancé, la même semaine, une opération "coup de poing" sur les CDD infirmiers. Dans un contexte de tension qui touche les ressources humaines pour plusieurs semaines encore, l'idée est de combler les postes vacants dans les hôpitaux parisiens jusqu'à l'automne.

Ouvert depuis lundi 17 janvier, ce dispositif régional permet aux établissements de proposer jusqu'à fin février un CDD de six ou ou neuf mois, non renouvelable, avec une rémunération attractive. Concrètement, l'infirmière intérimaire gagnera 3.085€ brut/mois avec une prime exceptionnelle de 4.000€ pour un CDD de six mois et une prime de 7.000€ pour un CDD de neuf mois pour un temps plein.

Côté français Ces conditions avantageuses ont fait bondir certaines organisations, pointant comme le Collectif inter-hôpitaux "le sentiment d'injustice aux sein des équipes" en place, où "les jeunes infirmières gagnent moins de 2.000 euros mensuels". Avec le risque que cette "nouvelle étape de la logique d'uberisation du métier" s'avère en définitive "redoutablement efficace pour chasser les titulaires". Une crainte partagée par la CGT-Santé, qui prédit que "ce dispositif favorisera la fuite" des soignants et réclame "de l'argent pour (les) salaires, pas pour les "mercenaires"".