La région Grand Est et plusieurs institutions étaient réunies cette semaine pour établir le "diagnostic" de la mobilité régionale. Malgré l'envie d'améliorer la situation, leurs prévisions ne sont pas forcément réjouissantes. Notamment sur l'axe vers le Luxembourg.

Quel mobilité demain entre la Lorraine et le Luxembourg? Face à un trafic routier grandissant et un ferroviaire qui sature en heures de pointe, de nombreux élus français doivent trouver comment permettre aux infrastructures de supporter la hausse des déplacements.

Réunis mercredi à Pont-à-Mousson, deux ans après le lancement du grenelle des mobilités par Elisabeth Borne, ils ont présenté un état des lieux de la mobilité d'aujourd'hui... Et les solutions à prendre pour demain.

Dans le nord de la région, leur bilan accorde au Luxembourg une place particulière. Alors qu'il attire déjà plus de 112.000 frontaliers, il déséquilibre toute la région. Notamment sur la question de la mobilité, puisque c'est le sujet du jour.

A31: ON FONCE DANS LE MUR

Avec des pointes à plus de 100.000 véhicules par jour autour de Metz, et une saturation qui n'est plus à prouver au nord de Thionville, l'A31 est au bord de l'asphyxie. Tout indique qu'entre 2030 et 2050, le moindre pépin provoquera "des perturbations sur l'intégralité de l'axe" s'alarme le grenelle des mobilités.

À court terme, aucune amélioration n'est envisageable: la mise en service de l'A31bis n'est pas attendue avant les années 2030. Au grand dam des usagers. "Nous n'avons pas besoin d'une énième étude" a résumé le maire de Nancy, Mathieu Klein. "Il faut l'engager vite."

D'ici là, le trafic aura continué de croître. Et une fois la 3e voie ouverte, un terrible paradoxe s'enclenchera: puisqu'il sera plus avantageux de se déplacer en voiture, davantage d'automobilistes choisiront de prendre l'A31, dont les voies seront à nouveau saturées et paralysées. Les frontaliers et tous les résidents en demande de mobilité locale en souffriront. Sur l'autoroute et sur les réseaux secondaires proches.

Même si c'est l'ambition affichée, difficile alors de "faciliter la vie des citoyens en réduisant le temps passé sur les routes", comme le souhaite Bruno Théret, président du Conseil économique et social de la Grande Région.

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LE RÉSEAU EXPRESS FRONTALIER EST "AMBITIEUX"

La solution autoroutière étant à la fois indispensable et insuffisante, le Grand Est tente de multiplier les échappatoires.

Côté rail, les investissements sont bien lancés. Des rames ont été achetées et ont commencé à circuler sur la ligne Nancy-Metz-Luxembourg. À court terme, l'extension des quais - sur fonds français et luxembourgeois - permettra de faire circuler des trains "triples" en 2024 (contre des "doubles" aujourd'hui).

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La gare de Thionville bénéficiera d'un plus grand nombre de trains une fois le réseau express métropolitain lancé. / © Thomas Toussaint / Archives RTL

À plus long terme, d'ici 2030, les autorités françaises ambitionnent de transformer la ligne Nancy-Metz-Luxembourg en réseau express métropolitain. Un projet "ambitieux" qui sera un "succès", garantissent les élus. Il offrira un train toutes les sept minutes à Thionville (et des gares intermédiaires mieux desservies). Il ne suffira pourtant pas à absorber la demande.

D'autres enjeux, comme le covoiturage ou la mobilité à vélos, sont également mentionnés mais sont "occultés" par ces deux projets d'envergure. Pour ne citer que quelques exemples, la possibilité d'automatisation des rames de TER est à l'étude. La simplification des voies à Thionville également. L'amélioration de la desserte des gares par des pistes cyclables. Il faudra aussi mettre fin à "l'autosolisme" et covoiturer, rappelle-t-on.

Gros bémol du volontarisme affiché en France: les projets sont à "long terme" alors que les problèmes sont "immédiats". Compte tenu du dynamisme luxembourgeois, la mobilité entre la France et le Luxembourg devrait donc continuer à se dégrader avant de pouvoir vraiment s'améliorer.