Un rapport de la Cour des comptes préconise "un renouvellement conceptuel et pratique" de la politique publique de sécurité routière. La France devrait abandonner une longue tradition où seule la répression de l'usager est majoritairement utilisée.

Pour faire face à la mortalité sur la route, la France a depuis les années 2000 largement axé sa politique de sécurité routière sur la seule responsabilité des usagers. Une habitude renforcée par la mise en place "du contrôle sanction automatisé" avec les radars. Un rapport de la Cour des comptes sortie en juillet 2021 qui se base sur les données de 2008 à 2019 pointe les limites de cette doctrine. Un rapport salué par les associations d'automobilistes.

Tout en soulignant que le choix de la priorité accordée aux usagers de la route apparaît rétrospectivement "pertinent au regard des données de l’accidentologie, des objectifs poursuivis et des leviers d’action les plus efficients dont dispose l’État", le document préconise "un renouvellement conceptuel et pratique".

LA MORTALITÉ NE BAISSE PLUS DEPUIS 2013

Loin des 18 000 morts de 1972, le nombre de tués sur les routes de l'hexagone stagne depuis plusieurs années. Après une forte baisse entre 2008 et 2013, de 69,4 à 52,2 morts par million d'habitants, environ 3.200 personnes meurent chaque année lors sur la route depuis 2013. Un bilan loin des ambitions gouvernementales visé en 2012 avec un objectif fixé à 2.000 morts par an en 2018.

Portée par la mise en place des systèmes automatiques de contrôle tel que les radars de vitesse dans les années 2000, la politique de répression des comportements des usagers s’essouffle. "L'efficacité de la politique marque ainsi le pas", constate la Cour des comptes qui pointe le délaissement d'autres solutions.

Deux autres axes d'actions importants existent dans la lutte contre les accidents graves. Il est possible d’agir sur les infrastructures et les véhicules. Mais ces deux leviers sont plus complexes à actionner pour l'État, concède le rapport.

AGIR SUR LES INFRASTRUCTURES ET LES VÉHICULES

"S’agissant des infrastructures, la dynamique de décentralisation de la gestion routière a abouti à une segmentation des réseaux en fonction de la répartition des compétences entre collectivités publiques sans qu’une remontée suffisante d’informations ne permette de définir et de mettre en œuvre une stratégie d’ensemble de modernisation des infrastructures." Cette observation de la Cour des comptes montre la difficulté de l'État à rendre les routes moins dangereuses pour les utilisateurs.

L'organisme ajoute pour appuyer ses observations,  "Anticiper la défaillance possible du conducteur ne reflète pas une plus grande tolérance à l’égard des comportements déviants, mais impose d’aménager les infrastructures de façon à minimiser les conséquences matérielles et corporelles des accidents".

L'évolution des véhicules pour qu’ils soient plus sûrs a déjà progressé et elle repose "essentiellement sur la capacité d’innovation des constructeurs automobiles eux-mêmes". "L’État ne peut agir que de façon indirecte dans ce domaine, en s’engageant dans des coopérations public-privé, en soutenant les efforts de certification [...] et en adaptant la réglementation" constate le rapport.

OBTENIR L'ADHÉSION DES CITOYENS

Même si ces leviers semblent plus compliqués à mettre en place la Cour des comptes encourage la voie du changement de politique.

Pour les rédacteurs du document, un nouveau souffle en matière de sécurité routière passe aussi par différents changements. Ils demandent la prise en compte des nouveaux usages de la voie publique, comme l’augmentation des cyclistes ou des différences plus marquées entre ville et campagne. Les objectifs doivent aussi être moins axés sur la mortalité, mais aussi sur les autres dommages corporels.

La disparition d'une présence physique des forces de l'ordre au profit de système de contrôle est aussi remise en cause par l'abandon de la pédagogie au profit du tout répressif. Les législateurs sont aussi encouragés à mieux définir et expliquer les objectifs en matière de sécurité routière afin d'obtenir l’adhésion des citoyens. Un point important, car de nombreuses automobilistes ont le sentiment d'être devenus des vaches à lait.