C'est une offre d'emploi pas banale: un CDI pour conduire les voitures radars privées qui vont se déployer dans le Grand Est. Un job plutôt bien rémunéré... mais pas facile à assumer.

Qui veut être payé 22.000 euros par an pour conduire en moyenne 5h30 par jour? Présenté comme cela, le job a tout pour attirer les candidats. Mais pas sûr que les chauffeurs sélectionnés s'en vanteront, car leur mission sera de flasher les autres automobilistes.

Une trentaine de ces voitures-radar privatisées vont débarquer dans le Grand Est d'ici le deuxième semestre 2021. Mais en toute discrétion: il s'agira de Peugeot 308, Renault Mégane, Ford Focus et autres Seat Leon, bref, des modèles ultra-courants. Des radars infrarouges seront installés à l’avant comme à l’arrière, ce qui permet à la voiture de détecter  "soit un véhicule qui [la] croise, soit qui [la] double". Le radar s’occupe de tout, en flashant (discrètement, sans flash visible) les automobilistes à partir de 10 km/h au-delà de la vitesse autorisée.

Et Mobium, un des prestataires privés choisis par l'État, commence déjà à recruter des chauffeurs dans le Grand Est. Ils sont recherchés à Thionville (Moselle), Langres (Haute-Marne), Châlons-en-Champagne (Marne), Sélestat (Bas-Rhin) et Verdun (Meuse).

UN SALAIRE ATTRACTIF... MAIS DES HORAIRES VARIABLES

Ces postes sont en CDI et le salaire sera effectivement attractif: environ 1.800 euros par mois, sans compter les frais de repas, pour conduire en moyenne 5h30 par jour (mais la semaine comme le week-end et les jours fériés, et de jour comme de nuit).

Tout le monde peut postuler, même si des conditions sont requises: avoir minimum 10 points sur son permis, un casier judiciaire vierge, et avoir une conduite expérimentée et '"irréprochable". Il ne faudrait pas que le chauffeur se fasse lui-même flasher!
Pour la Sécurité Routière, l'objectif de cette privatisation est de "renforcer les contrôles sur les axes avec le plus d'accidents", mais aussi libérer du temps aux forces de l'ordre qui peuvent se concentrer sur d'autres missions.

UBERISATION DE LA SÉCURITÉ ROUTIÈRE

Mais selon la Ligue de défense des conducteurs, il faut aussi souligner que ces voitures privées rapportent gros. Pour l'État avant tout, puisque la Ligue estime que le gain net est en moyenne de 194.000 euros par an pour les caisses publiques.

D'ailleurs, le rendement des "flasheurs privés" serait plus de 10 fois supérieur à celui des voitures-radar de la police, estimé à 12.600 euros par an. Il faut dire que les forces de l'ordre passeraient en moyenne 1h12 dans ces véhicules (contre 5h30 pour les privés), et dresseraient 0,46 contraventions par heure (contre 2,09 par heure pour les privés).

Alors qu'on compte actuellement une quarantaine de ces voitures privées en France, et 360 voitures-radars de la police, le rapport de force pourrait rapidement s'inverser avec 450 véhicules privés sur les routes d'ici fin 2021. Une ubérisation de la sécurité routière qui ne fait que commencer?