La décision du conseil municipal de Strasbourg d'accorder une subvention à une mosquée a fait polémique en France fin mars. Une dérogation au principe de laïcité rendue possible par le Concordat. Une exception que 52% d'Alsaciens-Mosellans voudraient voir abrogée selon un sondage Ifop.

En 1905, lors de l'adoption de la loi sur la séparation de l'État et de l'Église en France les deux départements de l'Alsace et la Moselle étaient allemands. Redevenus français, ces territoires ont conservé certains droits locaux selon le régime du Concordat. Les représentants des cultes (catholique, luthérien, réformé et israélite) sont rémunérés par l'Etat et les collectivités peuvent participer aux financements des édifices religieux.

Une particularité longtemps défendue par ses bénéficiaires. La dernière étude, vieille d'une vingtaine d'années, montrait que 95% de la population locale soutenait le concordat. Un sondage de l'Ifop montre une grande évolution. Aujourd'hui, 52% des Alsaciens-Mosellans sont pour son abrogation, un chiffre qui monte à 69% pour ceux qui se déclarent athées. Dans le reste de la France, c'est 78% des personnes interrogées qui voudraient voir disparaître cette particularité.

Le sondage de l'Ifop réalisé pour le Grand Orient de France s'est déroulé du 30 mars au 1er avril dans une période marquée par un débat autour du financement des cultes. Le conseil municipal de Strasbourg a voté le 22 mars la possibilité d'une subvention pour le chantier d'une mosquée. Contribution rendue possible par le concordat, mais qui a déclenché la colère du ministre de l'Intérieur et des Cultes Gérald Darmanin. Il reproche à la mairie le financement d'un projet "soutenu par une fédération qui a refusé de signer la charte des principes de France ", l'association turque Millî Görüs.

Un autre vote est prévu courant avril pour statuer sur la subvention pour la mosquée. Des "exigences en termes de solidité du plan de financement et d'adhésion sans équivoque aux principes républicains" ont été transmises aux porteurs du projet par la municipalité. Quel que soit le résultat, le débat sur le concordat et son adhésion par la population locale est relancé.

Les départements de Moselle, du Bas-Rhin et du Haut-Rhin présentent de nombreuses particularités juridiques par rapport au reste de la France: c’est ce qu’on appelle le droit local. Des différences issues de l’histoire mouvementée de la région. Des trains qui roulent à droite, des jours fériés supplémentaires... Retrouvez certaines de ces dispositions uniques en France dans notre reportage.