Elles se multiplient en France, débarquant en toute discrétion dans le Grand Est: les voitures-radars privatisées font déjà un malheur. Il faut dire que l'État a tout intérêt à soutenir cette "ubérisation" de la verbalisation.

Testées en Normandie depuis 2018, les voitures-radar privatisées se déploient un peu partout en France. Cette année, elles arrivent même dans le Grand Est. Mais bonne chance si vous cherchez à les repérer: plus banalisées, tu meurs.

Les modèles sont en effet choisis parmi les "best-sellers" du marché, comprenez ceux qui passent le plus inaperçus: Peugeot 308, Renault Mégane, Ford Focus et autres Seat Leon.

Grâce à des radars infrarouges installés à l’avant comme à l’arrière du véhicule, la voiture-radar peut flasher "soit un véhicule qui [la] croise, soit qui [la] double", précise un haut fonctionnaire dans Le Parisien. Les trajets, eux, sont planifiés par les préfectures.

Selon la Ligue de défense des conducteurs, on en compterait une petite quarantaine aujourd'hui en France, contre environ 360 voitures-radars de la police. Mais le rapport de force pourrait rapidement s'inverser, car il est prévu d'en déployer près de 450 sur les routes d'ici fin 2021.

DIX FOIS PLUS RENTABLE QUE LES FORCES DE L'ORDRE

Et pourquoi un tel essor? Parce qu'il faut "renforcer les contrôles sur les axes avec le plus d'accidents", mais aussi libérer du temps aux forces de l'ordre qui peuvent se concentrer sur d'autres missions...

Mais aussi parce que - et c'est loin d'être négligeable-, ces voitures privées rapportent gros. Pour l'État avant tout, puisque la Ligue estime que le gain net est en moyenne de 194.000 euros par an pour les caisses publiques.

Si la Ligue ne donne pas plus de détail sur la part qui tombe directement dans la poche des chauffeurs privés (qui sont engagés par des sociétés liées contractuellement à l'État), elle précise néanmoins que les charges et autres frais de fonctionnement s'élèvent à près de 68.200 euros par véhicule privé.

Derniers chiffres éclairants: le rendement des "flasheurs privés" est plus de 10 fois supérieur à celui des voitures-radar publiques, estimé à 12.600 euros par an. Il faut dire que les forces de l'ordre passeraient en moyenne 1h12 dans ces véhicules (contre 5h30 pour les privés), et dresseraient 0,46 contraventions par heure (contre 2,09 par heure pour les privés).

Bref, avec un tel zèle des chauffeurs privés à mettre à l'amende d'autres civiles, on peut s'attendre à ce que l'"ubérisation" de la verbalisation ait de beaux jours devant elle.