Un an après le début de la pandémie de Covid-19 en France, le président de Samu-urgences de France et chef des urgences de Metz-Thionville, le Dr François Braun, s'inquiète d'une "troisième vague fatale" en mars, car la deuxième n'a pas assez reflué et "les mauvaises habitudes du passé sont revenues".

"Très clairement, on craint cette troisième vague", a affirmé à l'AFP le Dr Braun, rappelant que malgré "les mesures prises" le virus continue de circuler "à un niveau élevé". "On ne va pas être en capacité d'absorber de la même façon cette troisième vague que la première et a fortiori la deuxième", assure-t-il.

"Au début, il y a eu la première vague, un tsunami dans le Grand Est. Mais, avec le confinement, le niveau était redescendu presque à zéro. Le fait est qu'il y a toujours eu en France un fond de Covid-19 et, depuis la fin de l'été, pour de multiples raisons, ça a ré-augmenté. On a appelé ça "la deuxième vague". Mais c'était plutôt une marée montante sur plusieurs mois", a expliqué celui qui est aussi chef des urgences du CHR de Metz/Thionville.

"Diverses mesures ont été prises mais cette vague n'est que peu descendue. Et la troisième, qui est annoncée pour mars, risque de nous noyer", a souligné le médecin, rappelant que les hôpitaux, actuellement, fonctionnent presque normalement, contrairement au printemps où, pendant le confinement, ils étaient en mode "anti-Covid". En plus, "les personnels soignants sont à bout de force".

François Braun, président de Samu-urgences de France (au centre à gauche) devant un TGV médicalisé en gare de Nancy en mars 2020. / © ALEXANDRE MARCHI / AFP

Pourtant lors des premiers jours de crise, le Dr Braun avait eu l'impression de vivre "l'âge d'or des urgences". "Tous les hôpitaux étaient organisés pour prendre en charge les patients Covid-19. Il y avait eu un arrêt des activités programmées et donc plus de problèmes pour les urgentistes pour trouver de la place: fluidité, pas d'attente aux urgences contrairement à d'autres pays, pas de contraintes financières", se remémore François Braun.

Pendant cette période initiale, les urgences, consacrées uniquement à la pandémie, avaient enregistré "une baisse de fréquentation de jusqu'à 40%".

Toutefois, cette période dorée n'a, au grand regret du patron de Samu-urgences de France, pas perduré. Manque de fluidité à la prise en charge, difficulté d'hospitaliser les malades, les deux grands maux des urgences, où travaillent environ 9.000 médecins en France (urgentistes, généralistes, pédiatres...), sont réapparus.

"On a vu les mauvaises habitudes revenir. A commencer par les hôpitaux de l'ouest de la France, les zones qui n'avaient pas été touchées de plein fouet par cette problématique du Covid-19. Au début de l'automne, les mauvaises habitudes étaient revenues partout en France", déplore l'urgentiste. L'administratif a repris le pas sur les médecins dans les hôpitaux.

François Braun comptait beaucoup sur le Segur de la santé pour soigner "des hôpitaux publics moribonds", "malades partout dans l'organisation, le financement..." "On voulait tout remettre à plat (...) et recommencer, l'équivalent de la réforme des ordonnances" de Robert Debré (1958) avec la création des CHU. Las, c'est "une déception": "Le Segur a soigné les symptômes, pas la maladie qui est plus profonde".

Quant à stopper la troisième vague? "J'entends le citoyen qui râle à cause des gestes barrières, du confinement. Mais qu'il vienne un peu à l'hôpital! Je pense à ceux qui n'ont pas de boulot. Pour eux, c'est infernal. Alors si chacun peut faire un petit peu...", lance-t-il.

Quant à la campagne vaccinale, le Dr Braun se montre très sévère avec la communication de l'Etat même s'il reconnaît que c'est compliqué, la France n'ayant pas assez de doses pour l'instant. "On va dans le mur", estime-t-il. "Je donne un billet qu'une personne qui n'a pas pu se faire vacciner dans un mois et chope le Covid portera plainte", anticipe-t-il. Et de relever qu'il "est difficile de faire comprendre que ça va venir progressivement".

"On a jeté les vaccins au milieu de la foule et servez-vous! Je crains dans les semaines qui viennent, en tous cas dans les dix jours, des émeutes dans les centres de vaccinations", affirme-t-il, comptant sur le troisième vaccin, "l'Astra-Zeneca fin janvier" pour calmer un peu les tensions.