Lourdement frappé par la crise au printemps, le Grand Est est pour l'instant épargné. Mais l'épidémie ne devrait pas oublier la région.

Berceau de la première vague de l'épidémie de Covid-19, le Grand-Est a jusqu'ici mieux résisté que d'autres régions à la résurgence de l'épidémie, ce que les soignants attribuent à un meilleur respect des gestes barrières, tout en redoutant un nouveau pic épidémique.

Strasbourg, Reims, Metz, Nancy où même Mulhouse, où avait été déployé un hôpital de campagne des armées au printemps: aucune de ces villes ne figure sur la liste des agglomérations placées sous couvre-feu.

Le festival Nancy Jazz Pulsation est même l'une des rares manifestations culturelles en France à continuer, jusqu'à samedi soir, à accueillir du public, et le stade de la Meinau devrait recevoir dimanche jusqu'à 5.000 supporters pour l'affiche Strasbourg-Lyon, quand d'autres rencontres se dérouleront à huis-clos.

Avec un taux d'incidence hebdomadaire (semaine 42) de 113,8 cas pour 100.000 habitants dans la région, contre 205,2 à l'échelle nationale, le Grand-Est est pour l'heure bien moins confronté que ses voisins à la deuxième vague de l'épidémie.

Une situation contrôlée qui s'observe dans le nombre modéré de patients atteints du Covid-19 pris en charge à l’hôpital: ils étaient 376 vendredi en secteur conventionnel, et 67 en soins intensifs, tous établissements confondus, bien loin des sommets atteints au printemps, avec 4.993 patients et 971 personnes en réanimation.

UN MEILLEUR RESPECT DES GESTES BARRIÈRE

Pour tenter d'expliquer cette moindre circulation du virus par rapport au reste du territoire national, les professionnels de santé avancent plusieurs hypothèses.

La plus largement partagée est celle d'un meilleur respect des gestes barrières et du port du masque, favorisé par "une prise de conscience plus aigüe des dégâts occasionnés par les formes graves du Covid-19" après la première vague, indique à l'AFP Julien Pottecher, chef du service de réanimation du CHU de Strasbourg.

Dans la région, "chacun rapporte le cas d'un proche, d'un ami ou d'un voisin qui est décédé du Covid-19, a été hospitalisé longtemps ou n'est pas encore tout a fait remis", relève-t-il.

Les données mise en ligne sur la plateforme Géodes de Santé Publique France tendent à accréditer cette thèse: les mesures d'hygiènes préconisées par les autorités sanitaires ont été davantage observées dans le Grand-Est qu'ailleurs en France. Ainsi, fin août (dernières données disponibles), le port du masque avait été adopté par 72% de la population régionale, contre 61% en Provence-Alpes-Cote d'Azur et 68,6% en France.

Parfois évoquée, la piste d'une plus forte immunité collective ne tient pas, selon Yves Hansmann, chef du service des maladies infectieuses au CHU de Strasbourg. "Les chiffres dont nous disposons tournent autour de 10 à 15% de la population qui disposerait d'une immunité", après une première contamination. "Or, on estime qu'il faut monter à environ 70% pour empêcher la circulation du virus, nous en sommes très loin".

Le président du syndicat national des biologistes, François Blanchecotte, met lui en exergue la réussite de la politique de tests en Grand-Est. "Sur cette région là, les laboratoires se sont investis énormément pour rendre les résultats en 24 heures. Les conditions étaient plus difficiles ailleurs".

LES INDICATEURS SE DÉGRADENT

Les autorités sanitaires régionales se gardent néanmoins de tout triomphalisme. Dans l'agglomération de Strasbourg, le seuil d'alerte renforcée vient d'être dépassé, avec 173,4 cas pour 100.000 habitants dans la semaine du 7 au 13 octobre, selon Géodes.

"Il y a eu une dégradation rapide cette semaine", concède Michel Vernay, épidémiologiste et responsable de la Cellule d'intervention Grand-Est pour Santé Publique France. "Nous avons le même parcours que les autres régions, mais avec quatre à six semaines de décalage dans le temps".

L'accélération de la circulation virale inquiète les équipes soignantes. "On a peu de patients Covid, mais ça nous pose déjà problème parce que l’hôpital est plein", s'alarme le professeur Christian Rabaud, président de la Commission médicale d'établissement du CHRU de Nancy.

"En mars on avait tout déprogrammé, mais là les opérations (hors Covid-19) sont maximales, notamment à cause du retard accumulé. On va avoir double boulot, alors que la problématique en termes de ressources humaines n'a pas du tout été solutionnée".