Désormais, les Français ne peuvent plus ramener qu'une cartouche de tabac du Luxembourg, contre quatre auparavant. Mais apparemment, pour certains buralistes frontaliers, cela ne va pas changer grand chose...

Il y a quelques jours, la France a décidé de réduire la quantité de tabac que ses ressortissants peuvent ramener des pays voisins. Et pas qu'un peu: de 1 kilo à 250 grammes le volume de tabac autorisé par personne, soit une cartouche contre quatre auparavant. Gare donc à ne pas revenir du Luxembourg les bras chargés de tabac, au risque d'être sévèrement réprimandé par les douanes...

Pourtant, cette mesure ne semble pas provoquer un enthousiasme démesuré chez les buralistes français que nous avons rencontré. Déjà parce que beaucoup ont abandonné depuis longtemps le tabac! Comme Murielle Rogowski, qui gère le bureau de tabac La Mu Presse à Audun-le-Tiche depuis près de 20 ans: "Le dernier buraliste qui vendait du tabac à Audun-le-Tiche a fermé il y a 10 ou 15 ans... Avant, il y en avait trois sur le secteur!"

Avec le Luxembourg voisin qui écrase les prix, "ça ne servirait à rien de maintenir cette activité" constate-t-elle. D'ailleurs, même si "par miracle" les prix du tabac luxembourgeois s'alignaient sur ceux de la France, "je ne me remettrais pas à en vendre". Comme tant d'autres buraliste, elle tire la majorité de ses revenus des jeux d'argent: "60% de mon chiffre d'affaire, c'est la Française des Jeux."

"LA MESURE NE SERA PAS RESPECTÉE"

Nous avons discuté avec une autre buraliste du secteur (qui préfère rester anonyme), qui, elle, vend du tabac. "Cela reste une solution de dépannage pour les gens, sinon ils vont au Luxembourg." Un dépannage qui a grimpé en flèche pendant la crise sanitaire, car les frontaliers ne pouvaient plus passer la frontière... "Mais avec le déconfinement ils ne sont pas restés" soupire-t-elle.

La limitation des "importations" de tabac luxembourgeois ne lui donne pas de grands espoirs: "La mesure ne sera pas respectée. Les vendeurs de tabac luxembourgeois ne vont pas contrôler l'origine de leur client". Bien sûr, il y a la peur des douanes et des sanctions. "Mais il faudrait que les douanes fassent plus de contrôles à la frontières, sinon ça ne changera rien, les frontaliers prendront toujours du tabac au Luxembourg" prédit-elle.

De l'autre côté de la frontière, à la Tabathèque d'Esch-sur-Alzette (rue Jean-Pierre Bausch), on ne note en tout cas aucun changement particulier depuis cette mesure: "non, il y a toujours autant de clients. On a été fermé jusqu'au 11 mai, mais ensuite ça a repris comme d'habitude" nous explique un responsable. La file d'attente pour le tabac et l'alcool ne désemplit effectivement pas.

Cependant, Roland Clerbaut, le président de la fédération des stations-service au Luxembourg, nous confiait récemment que le secteur s'attendait à une baisse du "tourisme" au tabac: "les stations-services vont sûrement le sentir passer dans leur chiffre d'affaire, mais il est encore trop tôt pour le mesurer".